Les Mi’gmaqs de Listuguj ont poursuivi leur blocus pour une troisième journée de suite mercredi.

Le barrage ferroviaire de Listuguj se poursuit

LISTUGUJ – Le blocus ferroviaire des autochtones de Listuguj s’est poursuivi mercredi pour une troisième journée de suite, en Gaspésie. Une conversation entre les préfets Éric Dubé et Nadia Minassian d’une part et les manifestants d’autre part n’a pas permis de dénouer l’impasse, liée aux événements de Wet’suwet’en, en Colombie-Britannique.

Président de la Société du chemin de fer de la Gaspésie, M. Dubé et Mme Minassian, administratrice de ce transporteur sous contrôle municipal, auraient bien voulu que les Mi’gmaqs bloquant la voir ferrée depuis lundi soient sensibles à l’impact régional de leur barrage, qui empêche du ciment, du bois d’œuvre et des copeaux de sortir de la Gaspésie.

«On n’a pas eu besoin de demander. On a compris que c’est rendu général. L’enjeu est lié à ce qui se passe dans l’Ouest (en Colombie-Britannique) et à la présence policière en Ontario (à Belleville). Ça risque de durer tant que la crise ne sera pas réglée à l’échelle nationale. C’est ce qu’ils nous ont laissé entendre (…) Ils se supportent à l’échelle du pays », précise Éric Dubé.

Les Mi’gmaqs appuient les chefs héréditaires de Wet’suwet’en et leurs supporteurs, évincés par la police le 6 février afin de libérer une route utilisée par TC Energy pour construire un gazoduc dans le nord de la Colombie-Britannique.

M. Dubé réclame une intervention politique mieux inspirée des gouvernements canadien et québécois pour dénouer la crise actuelle.

«Ça (la crise) démontre la vulnérabilité du Canada. On a vu des barrages ferroviaires érigés à deux endroits stratégiques, dont Belleville, paralyser une grande partie du trafic de marchandises au pays», note-t-il.

Parce que la Société du chemin de fer de la Gaspésie (SCFG) est un client quotidien du CN, M. Dubé a discuté avec des gens de cette firme dans la journée et il en est ressorti inquiet.

«J’en comprends que même après une seule semaine, l’impact des manifestations sera plus important que deux semaines de grève au CN en novembre. La grève au CN, on savait qu’elle s’en venait. Ces manifestations sont arrivées la semaine passée comme une poignée de sable dans l’engrenage. Personne n’était préparé», précise-t-il.

La SCFG perd 15 000 $ de revenus de transport par jour en raison du blocus de Listuguj. «Certains revenus seront déplacés, comme ceux des copeaux qui partent en camion depuis hier au lieu de partir par train. Si ça dure un mois, Ciment McInnis fera transporter son ciment par camion. Dans le cas du convoi de pales éoliennes prévu pour la fin de la semaine, ce sont des revenus déplacés», dit-il.

Un détour emprunté

Ailleurs au Québec, des observateurs de la scène ferroviaire ont remarqué mercredi que le CN a acheminé un train de conteneurs venant du port de Montréal vers Toronto, mais en passant par Joliette, la Tuque, Senneterre, Rouyn-Noranda et en empruntant à partir de cette ville le réseau d’Ontario Northland, un chemin de fer desservant le nord de l’Ontario et offrant un accès à Toronto. Le CN n’a pas retourné les appels du Soleil afin de fournir des informations au sujet de ce détour considérable permettant toutefois d’éviter le blocus de Belleville.