Laura Schwab, présidente d’Aston Martin Amériques, a donné vendredi une conférence à l’événement Women Who Drive, en marge des festivités entourant le Grand Prix de Montréal.

Laura Schwab, présidente d’Aston Martin Amériques: l’art d’ouvrir des portes

MONTRÉAL — Le milieu de l’automobile, notamment celui des voitures sport de prestige, est sans conteste un milieu d’hommes. Sachez que la marque Aston Martin — aux États-Unis, au Canada, au Mexique et en Amérique du Sud — est représentée par une femme depuis près de quatre ans.

Laura Schwab occupe le poste de présidente d’Aston Martin Amériques et Le Soleil a pu la rencontrer la semaine dernière à la veille d’une conférence qu’elle a donnée vendredi en marge des festivités du Grand Prix de Formule 1 de Montréal.

Women Who Drive est l’initiative de la seule concession Aston Martin au Québec et de sa directrice générale, Cheryl Blas. «Women Who Drive est l’incarnation de notre engagement quotidien à propulser l’excellence et l’innovation à tous les niveaux et à soutenir d’autres femmes qui partagent les mêmes idées», a expliqué Mme Blas.

«Souvent durant mon parcours professionnel, je regardais qui se trouvaient dans certains bureaux et je me demandais comment je pourrais y arriver, alors tous ceux qui ont occupé ces postes étaient des hommes», raconte Laura Schwab qu’on a rencontré avec Mme Blas. 

«Il n’y avait pas de modèle féminin dans le monde de l’automobile. Des fois, je me suis sentie un peu seule, mais heureusement que j’ai eu quelques mentors. Et malgré ce soutien, parfois j’ai ressenti le syndrome de l’imposteur [rires...]. Je me disais : “Ils vont découvrir que je ne connais pas tant de choses sur l’industrie!” Mais finalement avec le travail acharné, j’en savais autant sinon plus que les autres sur l’industrie», ajoute-t-elle.

«Ma principale motivation aujourd’hui est d’essayer d’aider à ouvrir des portes pour que des femmes puissent se dépasser», ajoute celle qui pourtant ne se considère pas tant comme «un modèle». «Je pense à ma fille de deux ans et demi et si je peux lui servir de modèle pour elle ou pour les autres que je chéris et leur ouvrir des portes, ça vaut la peine de se lever tous les matins pour y arriver.»

«Des événements comme Women Who Drive démontre qu’il est possible pour des femmes de se dépasser dans des mondes d’hommes comme celui de l’automobile.»

Parcours particulier

Comment cette Américaine a pu gravir les échelons et se retrouver à un tel niveau dans la marque longtemps associée à la filière James Bond? «Nous avons seulement 20 minutes, je vais essayer de faire ça bref!» rigole-t-elle.

Lorsqu’elle était jeune, elle était très compétitive. «Mes parents ont essayé de canaliser toute cette énergie dans les sports... Après avoir eu mon diplôme — je jouais aussi au tennis à l’université —, je n’avais aucune idée de ce que je voulais faire.»

Le premier réflexe de Mme Schwab, dans la mi-vingtaine, était d’essayer de prendre ce qui la passionnait et d’en faire des opportunités d’emplois. Et son diplôme en droit des affaires ne lui a pas donné le goût de devenir avocate. 

«J’ai donc quitté le Kentucky et déménagé en Californie. Un jour, j’ai envoyé mon CV dans une firme en Californie qui cherchait quelqu’un de travaillant, d’énergique et qui connaissait quelque chose au sujet d’Internet. C’était à la fin des années 90. Ils étaient en avance sur leur temps et étaient dans l’industrie automobile. Ils m’ont demandé : “Qu’est-ce que vous connaissez d’Internet?” Je leur ai répondu que je ne connaissais rien, mais que j’étais travaillante. Ils m’ont donné le travail. Un emploi à 20 000 $US par année, mais qui a été la porte d’entrée dans l’industrie.»

Ce qui l’a amené à travailler pour Land Rover à travailler sur leur premier site Web dans le début des années 2000. «Durant toutes ces années chez Land Rover, tous les emplois que les gens ne voulaient pas, je les ai faits... [rires...] À ce moment, mes patrons disaient qu’Internet n’allait pas vraiment lever et me suggéraient d’aller en apprendre un peu plus sur l’industrie automobile. Dans mes 10 premières années, j’ai déménagé six fois, car je prenais à peu près tous les postes possibles et inimaginables en marketing et en opération de ventes. […] À l’époque, je ne savais pas comment cela fonctionnait dans les concessions. J’ai même travaillé les soirs et les fins de semaine pour en apprendre plus.»

De fil en aiguille, elle a occupé des postes de haut niveau au marketing chez Jaguar Land Rover et a vécu en Angleterre durant cinq ans.

En 2015, elle reçoit un message dans LinkedIn d’un ami qui était un haut responsable du marketing chez Aston Martin. «Il me demandait si je n’étais pas intéressée de visiter leur usine à Gaydon. Je lui disais : “Qui ne voudrait pas? ” Après avoir visité l’usine, j’ai rencontré Andy Palmer [le pdg d’Aston Martin] qui me révélait les plans d’avenir de la marque. Je me demandais bien pourquoi il me disait tout ça avant qu’il me dise que mon parcours dans le monde de l’automobile était suivi et que je serais la candidate idéale pour un poste chez eux. Je lui ai demandé : “Mon Dieu, c’est une entrevue pour un emploi?” Je n’étais pas préparée à ça...»

Après avoir demandé de quel type d’emploi il s’agissait, M. Palmer lui a répondu : «Pour le poste de présidente d’Aston Martin pour les Amériques.»

Tout de suite après cette rencontre inattendue, Mme Schwab a tout raconté à son mari — maniaque de voitures — et lui a dit : «On s’en retourne aux États-Unis!»

Passer d’une préposée à l’entrée de données chez Land Rover à celui de présidente de zone d’une marque légendaire comme Aston Martin, «c’était surréel», conclut-elle.

+

UNE BOURSE D'ÉTUDES POUR LES FEMMES

La tenue de l’événement Women Who Drive, vendredi dernier, a été l’occasion de dévoiler la création d’une bourse d’études qui soutiendra financièrement «deux étudiantes à temps plein prometteuses aspirant à une carrière dans un domaine où les femmes demeurent sous-représentées».

Les Moteurs Décarie offrira dès la prochaine année universitaire une bourse à deux étudiantes de l’École de gestion John-Molson de l’Université Concordia. Seules les résidentes du Québec sont admissibles.

Le concessionnaire de voitures Aston Martin et Bentley, mais aussi de Jaguar et Land Rover à Montréal, s’est engagé à verser une partie des recettes des ventes de voitures Aston Martin pour cette bourse d’études. Une page de don de l’École de gestion John-Molson sera également créée pour encourager les particuliers à faire un don.