Les nouvelles frégates de la Marine canadienne seront construites au chantier maritime Irving à Halifax.

L’appel d’offres pour la conception des nouvelles frégates contesté

OTTAWA — La construction de nouveaux navires militaires canadiens devra encore attendre: un tribunal commercial a ordonné à Ottawa de suspendre le contrat déjà attribué pour leur conception.

Le gouvernement fédéral avait annoncé le mois dernier que le géant américain de la défense Lockheed Martin l’avait emporté sur deux entreprises rivales dans l’appel d’offres extrêmement délicat visant à concevoir de nouvelles frégates et de nouveaux destroyers pour la Marine canadienne, un contrat total de 60 milliards $.

Le projet de Lockheed était basé sur une toute nouvelle classe de navires de combat conçus pour la Marine britannique, la «frégate de type 26». Lockheed négocie maintenant le contrat final avec le gouvernement canadien et le chantier maritime Irving, de Halifax, qui construira ces navires.

Mais l’un des deux autres soumissionnaires, Alion Science and Technology, de la Virginie, a demandé au Tribunal canadien du commerce extérieur et à la Cour fédérale d’annuler la décision du gouvernement. Alion soutient que la soumission de Lockheed ne répondait pas aux exigences énoncées par la Marine canadienne et aurait dû être écartée en raison de sa non-conformité. Selon Alion, sa propre proposition, basée sur une frégate néerlandaise, répondait aux exigences de la Marine.

Le Tribunal canadien du commerce extérieur a demandé au gouvernement, tard mardi, de reporter l’adjudication de tout contrat dans ce dossier jusqu’à ce qu’il détermine la validité de la plainte d’Alion sur le fond.

Alion affirme, par ailleurs, n’avoir reçu aucune information sur les motifs pour lesquels l’offre de Lockheed Martin avait été retenue. 

Lockheed et Services publics et Approvisionnement Canada ont refusé de commenter, car l’affaire est devant le Tribunal du commerce et la Cour fédérale.

Un modèle éprouvé?

Le gouvernement prévoit de construire 15 nouveaux navires de guerre, à partir des trois ou quatre prochaines années, pour remplacer les vieilles frégates canadiennes, mais aussi les destroyers de la classe Iroquois déjà retirés. Ces nouveaux navires de combat doivent constituer la colonne vertébrale de la Marine pendant la majeure partie de ce siècle.

L’offre de Lockheed, qui fabrique également le chasseur furtif F-35 et d’autres équipements militaires, était controversée dès le lancement de l’appel d’offres pour la conception des navires, en octobre 2016.

Le gouvernement fédéral avait d’abord indiqué qu’il souhaitait un «modèle mature» pour sa nouvelle flotte de navires de guerre, ce qui était largement interprété comme «un navire déjà construit et utilisé par une autre marine». Mais les frégates de type 26 sont encore à l’étape de la construction au Royaume-Uni, et leur conception n’a donc pas encore été testée.

Des représentants de l’industrie ont également soutenu que les dés étaient pipés dès le départ en raison des liens étroits qui unissent déjà Irving et l’entreprise britannique BAE, qui a conçu le «Type 26» et qui s’est associée à Lockheed pour offrir cette frégate au Canada. Irving a également travaillé avec BAE en 2016 sur une offre finalement infructueuse visant à entretenir les nouveaux navires de patrouille et de ravitaillement dans l’Arctique de la Marine canadienne.

Ottawa et Irving ont à plusieurs reprises rejeté ces critiques, affirmant avoir mené de nombreuses consultations avec l’industrie et utilisé divers pare-feu et dispositifs de protection pour garantir un choix parfaitement équitable.

Les responsables gouvernementaux ont reconnu le mois dernier la menace de poursuites judiciaires, devenue une tactique de prédilection des entreprises qui perdent des contrats de défense, mais ils ont exprimé leur confiance de pouvoir se défendre avec succès.