Dix-sept ans après avoir fondé le magasin Laliberté, soit, l'entrepreneur Jean-Baptiste Laliberté fait construire en 1884 l'édifice sur la rue Saint-Joseph.

Laliberté, aussi âgé que le Canada!

Chaque jour à 9h30, sauf l'été, car il prend des vacances, Jacques Morisset se présente au magasin Laliberté dans le quartier Saint-Roch. «Bonjour très chère!»
À 93 ans, l'homme d'affaires est l'un des plus âgés présidents d'entreprise de la région de Québec. Mais pas question de manquer son rendez-vous quotidien avec ses employés. Même la fin de semaine, l'homme sourire aux lèvres se présente au boulot. Toutefois, la visite est plutôt en après-midi.
M. Morisset fait partie de la longue histoire de 150 ans de la bannière Laliberté. Une histoire qui débute d'ailleurs quelques semaines avant la signature de l'Acte de l'Amérique du Nord britannique, qui faisait du Canada un pays. L'aventure débute avec Jean-Baptiste Laliberté. Un homme qui souhaitait devenir professeur. 
Être «son propre patron»
Petit retour dans le temps. Issu d'une famille modeste du faubourg Saint-Roch, M. Laliberté étudia à l'École normale Laval, fondée en 1857. Il cessa ses études pour apprendre d'un artisan du quartier la fabrication des chapeaux et des manteaux de fourrure. En 1867, âgé de 24 ans, il démarre son entreprise. Il ouvre son premier commerce à proximité de la rue du Pont, dans le quartier Saint-Roch. 
«Il voulait devenir son propre patron», indique l'historien Jean-Marie Lebel, qui raconte l'histoire de Laliberté dans un livre. «Il avait emprunté de l'argent d'un ami».
Les années passent et le magasin se forge une réputation et une clientèle fidèle. Après 17 ans, soit en 1884, l'entrepreneur fait construire l'édifice de Laliberté, sur la rue Saint-Joseph.
«Trente ans après son ouverture, l'entreprise compte 250 employés», raconte au Soleil M. Lebel. «C'était un entrepreneur talentueux. Il était reconnu à travers la province. [...] Lorsque Timothy Eaton a commencé à faire des catalogues à Toronto dans les années 1880, M. Laliberté a également emboîté le pas. Et aujourd'hui, le commerce produit toujours des catalogues», poursuit-il.
L'homme d'affaires demeure à la barre de l'entreprise jusqu'en 1926, année de sa mort. «En 1926, il valait 600 000 $. C'est beaucoup pour l'époque», dit M. Lebel. Son garçon, John Laliberté, prend alors les rênes de la compagnie jusqu'en 1943. «L'entreprise est vendue à un groupe d'actionnaires du Québec. Laliberté devient un magasin à grande surface [sur plusieurs étages] avec des vêtements et des meubles», poursuit l'historien. 
Le pari des nouveaux propriétaires s'avère toutefois un échec. La faillite est évitée de justesse. Faute de moyens, la compagnie est vendue en 1950 à François Morisset. Ce dernier était propriétaire d'un concessionnaire Chrysler-Dodge dans la région.
«Il a acheté le commerce en rabais et il a fait confiance aux employés. Le magasin a repris vie. Aujourd'hui, nous sommes à la troisième génération de Morisset», avance M. Lebel, dont le livre a été présenté aux médias jeudi.
François Morisset est demeuré le grand patron jusqu'en 1972 où Jacques Morisset lui succéda. Il occupe toujours la chaise de président. 
Période sombre
En 1995, n'étant plus rentable, la compagnie Laliberté a été contrainte de revoir sa stratégie d'affaires pour survivre. Elle a choisi de miser principalement sur la fourrure, les manteaux et la mode féminine et masculine. Seulement 25 des 105 employés ont conservé leur emploi durant cette période sombre.
Les étages supérieurs du commerce sont alors transformés en 51 lofts locatifs et 6 lofts commerciaux. Toutefois, l'atelier de fourrure demeure et c'est aujourd'hui le plus vieux dans la capitale.
Bien que Jacques Morisset soit toujours le grand patron, ses enfants, Lucie, Suzon, Louise et Jean-François sont maintenant les copropriétaires du commerce qui compte 35 employés.
Pour la directrice générale de l'établissement, Lucie, l'avenir s'annonce prometteur pour l'entreprise et il n'est pas question de déménager Laliberté qui est «enraciné dans le quartier».
«Nous étudions la possibilité de vendre nos produits en ligne. C'est comme partir un nouveau commerce», confie la femme d'affaires. «Nous avons un immeuble qui est prêt à recevoir cinq ou six étages supplémentaires. Est-ce que cela sera pour d'autres lofts ou même un hôtel? C'est possible...» conclut-elle.