Dirigée par la première ministre Rachel Notley, l'Alberta a adopté lundi une loi donnant les pouvoirs au gouvernement provincial de couper les livraisons de carburants à la Colombie-Britannique.

L’Alberta veut restreindre la quantité d’hydrocarbures qui quittent la province

EDMONTON — Le gouvernement de l’Alberta a déposé lundi un projet de loi qui permettrait au ministère de l’Énergie de contrôler le débit du pétrole, de l’essence et du gaz naturel livrés à l’extérieur la province.

Une fois le projet adopté, la ministre Marg McCuaig-Boyd pourrait ordonner aux camionneurs, aux exploitants de pipelines et aux transporteurs ferroviaires de limiter le volume de produits qui sont livrés, ou préciser le moment auquel ils doivent être livrés.

Les contrevenants à la loi s’exposeraient à des amendes pouvant aller jusqu’à 1 million $ par jour pour les individus et jusqu’à 10 millions $ par jour pour les entreprises.

«Ce projet de loi envoie un message clair: nous utiliserons tous les outils à notre disposition pour défendre les Albertains [et] défendre nos ressources», a déclaré lundi Mme Notley, avant la présentation du projet de loi en chambre.

Les oléoducs existants sont presque à capacité maximale. Le projet vise à donner le pouvoir à la province de contrôler ce qui est envoyé — et l’endroit où c’est envoyé — pour s’assurer de la rentabilité, a expliqué la première ministre.

L’Alberta et la Colombie-Britannique sont engagées dans une lutte politique intense au sujet de l’oléoduc Trans Mountain.

Le projet d’expansion de la canalisation vers la côte ouest a été approuvé par le gouvernement fédéral, mais la Colombie-Britannique le conteste devant les tribunaux.

La première ministre de l’Alberta, Rachel Notley, refuse de dire que le projet de loi est une mesure de représailles contre la Colombie-Britannique, mais elle affirme que son gouvernement s’est engagé à exercer des pressions sur sa voisine récalcitrante.

Des recours envisagés

Le ministre de l’Environnement de la Colombie-Britannique, George Heyman, a dit que sa province examinerait de près le projet de loi albertain.

«Je ne compte pas sur l’Alberta pour qu’elle pose des gestes extrêmes et illégaux, mais si elle le fait, nous sommes préparés à défendre les intérêts des Britanno-Colombiens avec tous les moyens juridiques disponibles et devant les tribunaux», a-t-il déclaré.

Le gouvernement envisagera de contester le projet de loi en cour si celui-ci provoque une augmentation des prix de l’essence dans la province.

«S’ils font cela, nous examinerons exactement le projet de loi qu’ils présentent et si nous croyons qu’il est défaillant... nous les amènerons certainement devant les tribunaux», a-t-il assuré.

Le chef du Parti conservateur uni de l’Alberta, Jason Kenney, s’est réjoui que le gouvernement semble suivre son conseil de «fermer les vannes» pour démontrer des conséquences économiques réelles.

«Je ne veux pas de guerre commerciale, mais si la Colombie-Britannique commence une guerre commerciale, nous y mettrons fin», a-t-il indiqué.

Environ 80 000 barils de carburants raffinés sont envoyés chaque jour en Colombie-Britannique.

La plupart des ressources énergétiques de la Colombie-Britannique envoyées de l’Alberta proviennent de l’oléoduc existant de Trans Mountain. Si l’Alberta diminue le débit de pétrole, les Britanno-Colombiens pourraient observer une hausse immédiate du prix de l’essence à la pompe.

Le premier ministre de la Colombie-Britannique, John Horgan, conteste le projet d’élargissement, même si le gouvernement fédéral a approuvé le projet de 7,4 milliards $ en novembre 2016. M. Horgan s’inquiète des possibles déversements et de l’impact sur les côtes de la province.

Le projet de Kinder Morgan, qui a fait l’objet de plusieurs contestations judiciaires, triplerait la quantité de pétrole envoyée en Colombie-Britannique.

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LES OPPOSANTS DE TRANS MOUNTAIN REDOUBLENT D'ARDEUR

Plusieurs communautés des Premières Nations de la Colombie-Britannique, ainsi que les municipalités de Vancouver et Burnaby, redoublent d’efforts pour contester le projet d’élargissement de l’oléoduc Trans Mountain.

En conférence de presse, lundi, le maire de Burnaby Derek Corrigan a déclaré que le projet «court-circuitait» le processus juridique en cours. Il croit que la désobéissance civile ne fera qu’augmenter avec le temps.

M. Corrigan a dit être «embarrassé» que le premier ministre canadien et la première ministre d’une province courbent l’échine devant une multinationale américaine qui ne respecte pas les règles pour construire son oléoduc, selon lui.

Le premier ministre Justin Trudeau a rencontré dimanche les premiers ministres de la Colombie-Britannique et de l’Alberta pour tenter de dénouer l’impasse. Après la rencontre, il a promis de fournir les outils financiers et législatifs pour garantir la construction du projet.

Le grand chef Stewart Phillip, président de l’Union des chefs autochtones de la Colombie-Britannique, a assuré que l’opposition au projet était large et bien enracinée.

Il estime que les Premières Nations ont le droit constitutionnel et juridique de protéger la santé et le bien-être de leurs proches. Il plaide que s’il y avait un déversement au sol ou dans l’eau, ce serait catastrophique.

Kinder Morgan, le promoteur de Trans Mountain, a cessé toute dépense non essentielle sur l’oléoduc alors que le gouvernement fédéral tente de rassurer les investisseurs sur l’avenir du projet.