Les deux propriétaires de la ferme Ô Jardin de M. Plante, Jean-Michel Plante et Annik Lachance. Le fils de Mme Lachance, Merveil, donne lui aussi un coup de main pour les récoltes.

L’affaire est dans le sac... compostable

Utiliser des sacs de plastique pour les légumes dans ses paniers bio, c’était nécessaire, mais un peu contre nature pour la ferme Ô Jardin de M. Plante. Trouver une autre option n’a pas été simple : les producteurs ont donc décidé de se lancer dans la vente de sacs compostables.

Producteurs de paniers bio depuis 11 ans, dont 7 à Saint-Édouard-de-Lotbinière, Jean-Michel Plante et Annik Lachance fournissent des paniers bio à quelque 650 familles.

Sur leurs terres, la variété de légumes est impressionnante : des carottes, des patates, des tomates, des concombres, mais aussi des courges et des melons, pour ne nommer que ceux-là. Au passage du Soleil, on récoltait du basilic, qui embaumait les champs.

Ces sacs compostables seront utilisés à compter du mois de septembre.

Mais en raison de l’hygiène et de la meilleure conservation des aliments, ou pour éviter que les haricots ne s’éparpillent partout dans le sac réutilisable qui sert de panier, l’entreprise utilise des sacs de plastique pour certains légumes. Une façon de faire qui déplaisait à certains clients et qui ne cadrait pas avec les valeurs des propriétaires non plus.

Ils se sont donc mis à faire des recherches pour trouver des sacs compostables qui conviennent aux produits alimentaires, dans la province comme ailleurs au Canada. Sans succès. «On était rendus à les magasiner en Chine», explique Mme Lachance, ce qui ne faisait plus de sens, puisqu’ils cherchaient à diminuer leur empreinte écologique.

Pour l’alimentation

Mme Lachance a donc insisté un peu auprès de son fournisseur québécois de sacs à ordures compostables. Elle ne pouvait pas croire que l’entreprise n’était pas capable d’en produire. On l’a référée au responsable des projets spéciaux, qui a accepté de relever le défi.

«Il n’est pas facile de travailler avec des résines végétales. Elles sont très instables et il n’est pas facile de faire des plus petits sacs», explique Mme Lachance.

L’entreprise de solutions de plastique, qu’elle préfère ne pas nommer, a donc «décidé de se lancer dans la certification alimentaire et de repenser la configuration de leurs sacs et plein d’autres détails», précise l’entrepreneure, qui a aussi une entreprise de hamacs Mahamac.

Finalement, après quelques mois, l’entreprise montréalaise leur est revenue avec un produit. S’il restait encore quelques ajustements, les sacs seront fin prêts pour septembre.

La ferme embauche maintenant cinq travailleurs étrangers (bientôt six). D’ailleurs, quelques plants de tomatillos sont cultivés juste pour eux. Pour faire leur salsa verde...

Seul hic, il fallait que la ferme en achète un demi-million, l’équivalent d’environ trois ans de paniers pour les Plante-Lachance.

L’idée d’acheter les sacs en gros et de les revendre à d’autres producteurs qui ont les mêmes besoins a alors germé.

Un test fait à la ferme. Cette photo montre deux bok choy, une semaine après leur cueillette, un ayant été conservé dans un sac de plastique, l'autre laissé à l'air libre.

Ainsi est né Aliments Terre. La Société d’aide au développement des collectivités (SADC) de Lotbinière a par ailleurs aidé à financer le projet, à l’aide d’un prêt.

Déjà, quelques personnes ont levé la main, dont un producteur du Marché Jean-Talon, quelques autres fermes et le Centre d’expertise et de transfert en agriculture biologique et de proximité du cégep de Victoriaville, détaille Mme Lachance. Elle s’attend à ce que la demande fasse boule de neige.

Ne pas jeter ni recycler!

Sur les sacs d’Aliments Terre, la mention est très claire : il doit être composté, et non jeté, ni recyclé. Si on le recycle, il risque en effet de corrompre le lot de plastique recyclé. Et si on le jette, il créera du méthane, explique Jean-Michel Plante. Ils contribueront donc à causer des gaz à effet de serre. Il faut vraiment qu’il soit composté. C’est pourquoi les producteurs demanderont à leurs abonnés de leur retourner les sacs en prenant leurs prochains paniers. Eux les enverront au compostage.

Il ne faut pas confondre les sacs compostables, faits avec une résine végétale, avec les sacs oxobiodégradables ou dégradables, qui eux ne sont pas compostables.

Un nouveau bâtiment pour les tâches a été construit pour répondre à la demande. On y entrepose les légumes et y assemble les paniers.

Selon le site de Recyc-Québec, «les sacs oxobiodégradables retrouvés sur le marché sont faits de plastique conventionnel auquel on a ajouté un additif. La dégradation est activée par les rayons UV du soleil, par la chaleur ou par un stress mécanique. Les sacs de cette nature retrouvés par erreur dans la collecte des résidus organiques constituent des contaminants qui peuvent affecter la qualité des composts.»

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ENRAYER LES IRRITANTS DES PANIERS BIO

Avec 650 paniers livrés chaque semaine dans une cinquantaine de points de vente sur les deux rives, Ô Jardin de M. Plante est l’un des plus gros producteurs de paniers bio de la province.

Il aura d’ailleurs fallu construire un tout nouveau bâtiment cette année pour suffire à la tâche. 

Pourquoi une telle popularité? Ce n’est sûrement pas étranger au fait que Jean-Michel Plante et Annik Lachance se soient attaqués à certains irritants de ces paniers. Premièrement, on a multiplié le nombre de points de chute pour que ça soit pratiquement aussi simple pour le consommateur que de passer à l’épicerie. 

Au lieu d’offrir une courte fenêtre d’une heure ou deux pour aller chercher son panier, on a fait des ententes avec des commerces. Selon les endroits, les clients ont de l’heure du midi jusqu’en soirée pour aller prendre leur commande.

Fini les légumes rares qui étaient souvent moins appréciés des clients et plus difficiles à apprêter. On mise sur les fruits et légumes les plus populaires. Et pour assurer une plus grande variété, ils en achètent d’autres producteurs au besoin. Cette semaine par exemple, les abonnés ont droit à des bleuets bio de La Durantaye dans Bellechasse.

Flexibilité

Évidemment, avec autant de points de chute, les producteurs ne sont pas sur place pour discuter avec les clients. Ceux qui le souhaitent peuvent toutefois aller directement à la ferme les samedis, sur rendez-vous. En début de saison, Mme Lachance appelle aussi chaque client, pour voir quelles sont leurs attentes et s’ils ont des commentaires à formuler. 

La ferme table aussi sur la flexibilité. Ainsi, il est possible d’arrêter la livraison jusqu’à huit semaines, si on part en vacances par exemple, ce que permettent peu de producteurs. Il suffit d’aviser trois jours à l’avance. Le système informatisé permet de faire le tout facilement. 

On peut aussi demander d’ajouter certains légumes ou fruits produits à la ferme ou ailleurs (même des fruits exotiques), mais qui sont tous bio. On ne peut toutefois pas modifier le contenu des paniers, sauf du plus gros format.

Les producteurs acceptent aussi jusqu’à quatre versements plutôt qu’un seul. 

Avec autant de familles à nourrir, la ferme embauche maintenant cinq travailleurs étrangers (bientôt six) pour aider les propriétaires et le fils de 15 ans de Mme Lachance, Merveil. D’ailleurs, quelques plants de tomatillos sont cultivés juste pour eux. Pour faire leur salsa verde...

Un exemple de paniers que les clients reçoivent.