Label Pizzo free: produits sans mafia ajoutée

Claudette Samson
Claudette Samson
Le Soleil
Il y a manger bio, il y a manger équitable, et désormais, il y a manger non corrompu. Une jeune entreprise de Québec important des produits de Sicile a entrepris de distribuer des aliments pizzo free, c'est-à-dire pour lesquels aucune taxe n'a été versée à la mafia.
Encore peu connu ici, le mouvement Addiopizzo, de son nom italien, est né à Palerme en 2004. Un groupe de jeunes gens qui voulait ouvrir un pub a voulu ouvertement s'opposer au racket auquel un grand nombre de commerçants se pliaient. Le lendemain, des milliers d'autocollants tapissaient les murs, poteaux et vitrines de la ville, portant le message suivant : «Un peuple entier qui paie le pizzo est un peuple sans dignité.»
Aujourd'hui, le mouvement rassemble 685 membres. Ils sont avocats, coiffeurs, épiciers, producteurs agricoles... Car en Sicile, dit Yves Laurent, copropriétaire de l'entreprise d'importation de produits siciliens Etna, tous les types de commerce subissent des pressions pour verser la taxe mafieuse.
La campagne Contre le racket, change tes habitudes s'adresse quant à elle aux consommateurs.
Et Etna, dans tout ça? La petite entreprise est née en 2008, dans la foulée d'un voyage. «On avait beaucoup aimé ce qu'on y avait mangé, et on pensait en trouver ici. On est allés dans la Petite Italie [à Montréal], mais il n'y avait rien qui venait de la Sicile», explique Dominique Chabot, associée et conjointe d'Yves. D'où l'idée d'importer eux-mêmes des denrées biologiques, artisanales et équitables, directement de la ferme.
Affichage discret
Mais en Sicile, où les conditions de travail et de salaires sont bonnes, il est vite apparu que l'équité passait par d'autres chemins. De fil en aiguille, les nouveaux commerçants ont entendu parler d'Addiopizzo.
Pour l'instant, leurs seuls produits pizzo free sont l'huile d'olive Valdibella, issue d'une coopérative agricole, et trois types de miel de l'apiculteur Guiseppe Coniglio. Toutefois, seule l'huile porte un très petit label à l'arrière de la bouteille. C'est que s'afficher trop ouvertement pizzo free n'est pas sans risque, et bien des commerçants ont peur, explique le couple.
Un autre produit devrait arriver bientôt, soit des olives cultivées sur des «terres libérées», c'est-à-dire confisquées à la mafia par l'État et redistribuées à des citoyens ou des groupes sociaux.
Autrement, Etna distribue quelques autres produits biologiques, des confitures, des sauces crues et des tomates séchées dans l'huile. Peut-être sont-ils pizzo free, on ne le sait pas, disent les importateurs. «C'est un sujet tabou, on ne demande pas à quelqu'un s'il paye le pizzo ou pas», explique Dominique.
Toutefois, le couple connaît bien ses fournisseurs, avec lesquels se sont développés des liens de confiance et d'amitié.
D'après leurs recherches, ils sont les seuls au Canada à vendre ouvertement des aliments pizzo free. Pour connaître les points de vente (Québec, Lévis, Montréal, Berthier-sur-Mer, en Beauce et au Saguenay), consulter www.etna.ca.
Pour en apprendre davantage sur le mouvement Addiopizzo, www.addiopizzo.org
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