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L'abandon de l'indice de hausse de loyer dénoncé

La décision de la Régie du logement de ne plus publier les indices annuels d'estimation des augmentations de loyer est inacceptable, dénoncent en choeur les associations de locataires, qui y voient un gain des lobbys de propriétaires.
L'outil de calcul des hausses de loyer, actualisé annuellement par la Régie du logement, était dans le passé accompagné d'indices d'estimation des augmentations permettant aux locataires d'évaluer rapidement si la hausse demandée par leur propriétaire était démesurée.
Or, ces estimations d'augmentations moyennes ont disparu dans la publication de l'outil de calcul 2017, dévoilé vendredi.
«Il n'y a eu aucune annonce que ça allait disparaître. C'est une information cruciale que tout le monde attend chaque année. C'est inacceptable que le gouvernement n'ait jamais consulté pour ça. C'est un grave recul», dénonce la porte-parole du Front d'action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU), Véronique Laflamme.
Les locataires ont désormais comme seule option pour déterminer si la hausse demandée est légitime que d'utiliser l'outil de calcul en tant que tel, une sorte de long questionnaire sur leur situation. Ce questionnaire détermine effectivement la hausse exacte que devrait subir le locataire, mais il nécessite du temps et, surtout, des informations précises que ne fournissent pas tous les propriétaires, explique Mme Laflamme.
Un penchant pour les propriétaires
La disparition des estimations d'augmentations moyennes était demandée depuis longtemps par les lobbys de propriétaires, rappelle-t-elle, sommant le ministre des Affaires municipales et de l'Occupation du territoire, Martin Coiteux, de répondre de cette décision. «On sait très bien que le gouvernement Couillard et la Régie ont un penchant pour les associations de propriétaires.»
Une accusation qu'a balayée de la main le porte-parole de la Régie du logement, Denis Miron, dans Le Devoir, samedi. «La Régie ne réagit pas ainsi aux lobbys des propriétaires. L'estimation moyenne des augmentations de loyer était mal comprise et trop souvent interprétée comme des recommandations de la Régie, malgré tous les avertissements que la Régie publiait à cet égard», a-t-il expliqué.
Un argument calqué sur celui avancé depuis longtemps par les propriétaires, réplique Véronique Laflamme. Il a toujours été clair, selon elle, que les taxes résidentielles et scolaires, de même que des travaux majeurs pouvaient faire varier l'estimation des augmentations moyennes. L'estimation permet néanmoins de donner une idée générale aux locataires.
Le FRAPRU n'est d'ailleurs pas seul à avoir été choqué de la disparition des indices d'estimation des augmentations. Le Regroupement des comités logement et associations de locataires du Québec (RCLALQ), l'autre grand organe provincial de locataires, a également interpelé publiquement le ministre Coiteux et la Régie du logement.
Vigilance demandée
Une journée d'actions est déjà annoncée pour le 2 février. À Québec, le Bureau d'animation et information logement (BAIL) y prendra part.
D'ailleurs, les locataires de Québec devront être particulièrement vigilants cette année, rappelle Jonathan Carmichael, du BAIL, en l'absence d'estimations des augmentations. C'est qu'avec le gel de taxes pour le secteur résidentiel dans la Capitale-Nationale, l'augmentation des loyers s'annonce, en principe, minime.
«C'est assez rare un gel de taxes et ça peut permettre aux locataires de souffler un peu», ajoute-t-il, encourageant les locataires sceptiques de la légitimité de leur hausse de loyer à communiquer avec le BAIL ou d'autres regroupements du même type.