Au moment de la réouverture de l'usine Stadacona, en août 2012, la papetière White Birch s'engageait à investir 46 millions $ afin d'augmenter la productivité et la compétitivité de l'usine.

La tempête est terminée à l'usine Stadacona

Régulièrement, l'usine Stadacona de la papetière White Birch affiche des postes.
Ces temps-ci, elle recherche un analyste au développement informatique, un ingénieur électrique, un ingénieur mécanique, un superviseur de production et du personnel administratif de remplacement.
Est-ce un signe que l'entreprise a retrouvé sa vitesse de croisière après les épisodes houleux du début de la décennie marquée successivement par une faillite, par la vente de ses actifs au consortium Black Diamond, par un conflit de travail, par une poursuite des retraités contre leur syndicat et par une cessation des opérations de l'usine entre décembre 2011 et août 2012?
Difficile d'obtenir le point de vue de la direction de l'usine Stadacona. Les nombreux appels du Soleil sont malheureusement restés sans réponse.
Pourtant, l'entreprise pourrait se vanter d'avoir conclu, le printemps dernier, de nouvelles conventions collectives avec les trois syndicats représentant les papetiers, les employés de production et le personnel de bureau.
«La partie patronale nous a approchés avant la fin des conventions collectives qui devaient normalement arriver à échéance en 2018», explique le représentant national du syndicat Unifor à Québec, Sébastien Pageau, en précisant que les trois sections locales avaient entériné les nouveaux contrats de travail le 19 avril dernier.
Projet d'investissement
La concrétisation d'un important projet d'investissement pour l'usine de Québec expliquait l'empressement patronal à rouvrir les conventions collectives.
Dans une première phase - qui est actuellement en cours - la papetière injecte 6 millions $ pour permettre le démarrage de la machine à papier numéro 1. Ce projet devrait permettre la consolidation des 330 emplois existants - l'usine Stadacona comptait 600 travailleurs au moment de sa fermeture en décembre 2011 - et la création de 40 nouveaux postes.
Sur sa planche à dessin, l'entreprise peaufine différents projets totalisant des investissements supplémentaires de 12 millions $ permettant, entre autres, le maintien des équipements, l'amélioration des procédés et la réduction des coûts.
Rappelons qu'au moment de la réouverture de l'usine, en août 2012, l'entreprise s'engageait à investir 46 millions $ afin d'augmenter la productivité et la compétitivité de l'usine. Pour l'aider à remettre l'usine sur ses rails, White Birch a bénéficié d'un prêt remboursable de 35 millions $ sur 15 ans d'Investissement Québec pour la modernisation de ses équipements et d'une aide de 3,7 millions $ du ministère de l'Emploi et de la Solidarité sociale pour la formation de la main-d'oeuvre. Or, Le Soleil a appris que l'entreprise n'a jamais touché un sou de ce prêt. Les 35 millions $ sont restés sur la table.«Aucun paiement n'a été émis», confirme Chantal Corbeil, porte-parole médias et conseillère en affaires publiques à Investissement Québec. «Sans doute que la compagnie Papiers White Birch a jugé qu'elle n'avait pas besoin de ce prêt.»Par contre, la papetière a utilisé 2,1 des 3,7 millions $ offerts à l'époque par le ministère de l'Emploi et de la Solidarité sociale pour la formation de la main-d'oeuvre.Au moment de la reprise des activités de la compagnie, les travailleurs avaient accepté une réduction salariale de 10 % et un gel salarial pendant neuf ans. 
Dans leurs nouveaux contrats de travail, les syndiqués ont obtenu, le 1er mai dernier, une augmentation salariale de 2 %. 
Pour les quatre prochaines années, les salariés de l'usine Stadacona toucheront des augmentations de 1 % de plus que celles qui seront accordées aux travailleurs de l'industrie à l'occasion des prochaines négociations qui dérouleront en 2018 pour l'établissement d'un «règlement modèle». 
De l'avis de Sébastien Pageau, «la situation actuelle est évidemment plus positive à Stadacona qu'elle l'a déjà, mais il reste toujours un fond d'amertume. Les travailleurs ont de la mémoire, vous savez. Disons, en général, que le climat de travail est bon. Il y a un bon dialogue avec la partie patronale.»
S'il y a autant d'embauches à l'usine de Québec, c'est notamment en prévision des nombreux départs à la retraite qui surviendront dans les prochains mois et les prochaines années, signale le représentant national d'Unifor.
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L'usine Bear Island, en Virginie, fermée
Par ailleurs, White Birch a annoncé, à la mi-mai, la fermeture de son usine de production de papier journal Bear Island située à Ashland en Virginie.
Une décision qui provoque la mise à pied de 165 travailleurs.
La production de papier journal est transférée dans les trois usines de White Birch ayant pignon sur rue dans la Belle Province, soit celles de Québec (Stadacona), de Rivière-du-Loup (F.F. Soucy) et de Gatineau (Papier Masson).
Le président de White Birch, Christopher Brant, a invoqué des conditions de marchés difficiles, la baisse de la demande et les coûts élevés pour justifier la décision.
Utilisant un mélange de bois et de fibres recyclées, les machines à papier de Bear Island produisaient 240 000 tonnes métriques de papier journal par année pour des clients américains et d'un peu partout à travers le monde.
À titre comparatif, l'usine Stadacona fabrique du papier journal et des grades de papier commercial avec une capacité annuelle combinée de plus de 250 000 tonnes métriques, rapporte la compagnie sur son site Internet.
«Lors des négociations pour le renouvellement des conventions collectives, l'employeur ne nous a jamais informé des intentions de White Birch de fermer Bear Island», signale Sébastien Pageau, le représentant national d'Unifor pour le Québec.