Jean-Francois Bergeron, copilote de la mise en place de la SQDC.

La SQDC un an plus tard: au tour des produits comestibles

MONTRÉAL — Après avoir tourné la page sur un démarrage marqué par des ratés et alors qu’elle accélère le déploiement de son réseau de succursales, la Société québécoise du cannabis (SQDC) doit maintenant se préparer à l’arrivée des produits comestibles à base de cannabis, qui est «un peu rapide», de l’avis de son président-directeur général, Jean-François Bergeron.

Selon lui, leur introduction constitue le principal défi de la société d’État alors qu’il y a maintenant un an jour pour jour, jeudi, que la consommation de la marijuana à des fins récréatives a été légalisée au Canada.

«Franchement, on aurait pu se laisser du temps pour bien finir le travail de la première phase et pas seulement au Québec, a expliqué M. Bergeron au cours d’une entrevue avec La Presse canadienne. On aurait pu prendre le temps de mieux absorber la légalisation avant d’avoir à introduire d’autres produits, qui, évidemment, ajoutent une couche de complexité, tant au niveau de la logistique que du contrôle de la qualité.»

Vers la mi-décembre, les consommateurs auront accès à une offre élargie. Mais au Québec, le gouvernement Legault a décidé d’interdire la vente des chocolats, jujubes et autres confiseries qui contiennent du cannabis. Ainsi, selon M. Bergeron, l’offre de la SQDC devrait être «très limitée au départ» et devrait se traduire, notamment, par des breuvages comme des thés, différents types d’eau gazéifiée ainsi que des bières non alcoolisées.

«Je vois ça non seulement d’un bon œil, mais je pense que c’est la bonne façon d’introduire des nouveaux produits que les producteurs ont de la difficulté à produire», a dit le dirigeant de la SQDC, lorsqu’invité à se prononcer sur l’approche du gouvernement Legault en matière de produits comestibles.

À son avis, Québec pourra adopter sa réglementation afin de permettre la vente de nouveaux produits comestibles au cannabis si cela est nécessaire.

En ce qui a trait aux produits solides, la quantité de tétrahydrocannabinol (THC) ne pourrait être supérieure à 5 milligrammes (mg) par unité et à 10 mg par emballage, alors que la limite sera de 5 mg par emballage pour les liquides.

La SQDC, dont les débuts ont été marqués par des tablettes vides et des ruptures de stock en raison de problèmes d’approvisionnement, ne devrait pas être confrontée à des turbulences similaires avec les produits comestibles en raison de l’offre plus restreinte, selon M. Bergeron.

«Pour moi, ce n’est pas une course, a-t-il dit. Nous allons introduire les produits progressivement, à mesure que les producteurs nous feront la démonstration qu’ils sont capable de livrer la marchandise.»

Lentement, mais sûrement

La société d’État, qui a affiché un profit de 1,4 million $ sur des ventes de 45,1 millions $ au premier trimestre terminé le 22 juin dernier, aimerait être en mesure de prendre jusqu’à 35 % du marché noir — comparativement à environ 18 % à l’heure actuelle — d’ici la fin de son exercice financier, le 31 mars. Des boutiques ouvertes tous les jours, un approvisionnement constant et un réseau qui devrait passer de 21 à 43 succursales devraient l’aider à atteindre son objectif.

Si certains s’inquiètent de voir le marché noir continuer à détenir une part de marché d’au moins 60 %, M. Bergeron croit qu’il faut faire preuve de patience.

«Je crois que de penser qu’on irait chercher le marché noir en un an ou deux, c’était un peu ne pas comprendre le marché, a dit le dirigeant de la SQDC. Il faut se laisser le temps de déployer le réseau et de convaincre les consommateurs. Quand on découvre ce qu’est la SDCQ aujourd’hui, ce qu’elle aurait dû être dès le jour un, je pense qu’on ne retourne pas vers le marché noir.»

Au cours des deux prochaines années, M. Bergeron aimerait maintenir la cadence avec l’ajout d’environ 30 succursales par exercice financier, ce qui permettrait à la SQDC de miser sur un réseau d’une centaine de points de vente, en plus de sa boutique en ligne.

Au premier trimestre, la SQDC a obtenu un prix de vente moyen, taxes incluses, de 8,25 $ le gramme en succursales et de 8,46 $ en ligne.

Selon les données les plus récentes de Statistique Canada, à l’échelle nationale, le prix moyen de la marijuana légale a reculé de 3,94 % au troisième trimestre, à 10,23 $ le gramme. Il s’agit de sa première baisse de prix depuis la légalisation du cannabis, en octobre dernier. Toutefois, le prix moyen du cannabis illégal est tombé à 5,59 $ le gramme au troisième trimestre, soit une baisse de 5,9 %.

M. Bergeron a souligné que le prix moyen obtenu par la SQDC était pour l’ensemble des produits offerts, ce qui n’est pas le cas pour la moyenne du marché noir.

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EN ARBITRAGE POUR LES SALAIRES

Un an après l’ouverture de la première succursale de la Société québécoise du cannabis, la société d’État et le SCFP se sont entendus sur le choix d’un arbitre, qui aura pour mandat de déterminer les salaires des employés, a appris La Presse canadienne. Ces employés touchent 14 $ l’heure à l’embauche, avec une augmentation de 25 cents l’heure après 1040 heures de travail, a précisé en entrevue jeudi Mathieu Dumont, coordonnateur du service de syndicalisation au Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP). Le débat qui devra être tranché est celui du point de comparaison pour ces salariés : doivent-ils être comparés aux employés du commerce de détail dans le secteur privé, comme le soutient la SQDC, ou à ceux d’autres sociétés d’État à vocation commerciale comme la Société des alcools, comme le soutient le SCFP? La Presse canadienne