Les crevettiers de Rivière-au-Renard n'ont toujours pas pris le large et les employés d'usines de transformation comme Pêcheries Marinard doivent prendre leur mal en patience.

La saison de la crevette tarde à démarrer

Vingt jours après le début officiel de la pêche à la crevette, c'est le calme plat sur les quais de débarquement de Rivière-au-Renard et de Matane, en Gaspésie. Les pêcheurs font le pari de laisser languir les usines dans l'espoir d'obtenir un meilleur prix pour leurs prises.
La pêche est ouverte depuis le 1er avril. Il est d'usage que les négociations entre pêcheurs et usines de transformation s'étirent après cette date, mais pas autant.
Les crevettiers s'attendent à «un raffermissement des prix», alors que les quotas ont diminué de 62 % au nord-est de Terre-Neuve (la zone 6), la Mecque canadienne de la crevette ces dernières années. «Il y a des années où si la zone 6 avait été un pays, ç'aurait été le deuxième producteur mondial! Ça a un effet sur l'offre mondiale et ça va se répercuter sur les prix», estime le directeur de l'Office des pêcheurs de crevette du grand Gaspé, Patrice Element.
Les prix offerts par les usines «ne nous conviennent pas du tout» et les pêcheurs préfèrent contenir leur impatience, ajoute M. Element. «Quand on va s'entendre, les quais vont se vider vite, mais on est sûrs que le jeu en vaut la chandelle.»
Les usines font une lecture différente : «Les prix baissent sur les marchés. On a des inventaires en Gaspésie et il y en a aussi au Nouveau-Brunswick, à Terre-Neuve, en Europe», indique Jean-Paul Gagné, le négociateur des usines.
«Il y a une baisse des quotas à Terre-Neuve, mais une hausse au Groenland. Le volume mondial ne va pas nécessairement baisser», poursuit M. Gagné. «Actuellement, on n'est pas là sur le marché de la crevette fraîche. Les Maritimes ont pris notre place. Et il y a des employés d'usine qui ne peuvent pas travailler.»
En Gaspésie, 200 pêcheurs capturent la crevette sur une cinquantaine de navires et 600 travailleurs, dans quatre usines, la décortiquent.
Des années fastes
L'industrie québécoise de la crevette vient de vivre des années fastes. En 2016, les crevettiers québécois ont débarqué 16 500 tonnes de crevettes d'une valeur de plus de 47 millions de dollars, non loin du record de 49,5 millions en 2015. 
Les prix au débarquement ont atteint un record de 1,31 $ la livre l'an dernier. La crevette pêchée dans les eaux québécoises prend surtout le chemin de l'Europe et des États-Unis.
Le stock donne toutefois des signes de déclin, environ 30 % en moins dans les sous-zones fréquentées par les Québécois comme Anticosti et Sept-Îles. Pêches et Océans a diminué de 11,5 % les captures autorisées dans le golfe du Saint-Laurent en 2017.
Pêche difficile
La crevette est plus difficile à capturer cette année, observe Nicol Desbois, l'un des rares à avoir commencé à pêcher avec deux crevettiers basés à Sainte-Anne-des-Monts. «Les prises ne sont pas au rendez-vous. On fait des voyages de six jours et les bateaux rentrent avec 35 000 à 40 000 livres. Avant, c'était 70 000 à 80 000 livres.»
Au banc des accusés, la température et les prédateurs. Les eaux profondes du golfe sont plus chaudes de 1°C par rapport aux années 1990, assez pour nuire à la crevette. Le retour de poissons de fond comme le sébaste est en soi une bonne nouvelle, mais la crevette représente une partie de sa diète.
M. Desbois relativise : «On a vu pire dans les années 80. Quand on prenait 15 000 livres de crevette dans une semaine, on était tout heureux.»
L'an dernier, les négociations entre pêcheurs et usines s'étaient conclues le 18 avril, une date déjà tardive. Cinq navires avaient décidé de livrer leurs premiers voyages de la saison à Terre-Neuve.
Avec la collaboration spéciale de Johanne Fournier
Report de la pêche du homard en Gaspésie
Les administrateurs du Regroupement des pêcheurs professionnels du sud de la Gaspésie (RPPSG) ont décidé mercredi matin de retarder d'au moins quatre jours l'ouverture de la capture du homard dans le secteur compris entre New Carlisle et Gaspé, en raison des conditions météorologiques prévues pour samedi, date initiale de mise à l'eau des casiers. Un autre appel-conférence aura lieu lundi matin, afin de voir si un autre report est nécessaire, précise O'Neil Cloutier, directeur du RPPSG. L'ouverture dans les secteurs Bonaventure-Miguasha et Mont-Louis-Gaspé était déjà prévue pour le 29 avril ou le 6 mai. Chaque report a un impact économique pour les homardiers, parce qu'ils bénéficient d'un meilleur prix en amorce hâtive de saison.  Avec Gilles Gagné (collaboration spéciale)