Deux travailleurs brésiliens, Marcos Lopes et Renan Leal, sont à l’emploi d’AMEC Usinage. Quatre de leurs compatriotes les rejoindront en 2018.

La rétention de la main-d'œuvre, un défi en fabrication métallique industrielle

«Geneviève, ça fait trois mois que je travaille ici. Ça ne progresse pas assez vite mon affaire. Je veux avoir plus de responsabilités. L’usine située de l’autre côté de la rue m’offre 1,50 $ l’heure de plus. Je t’annonce officiellement que je pars.»

Cette confidence, Geneviève Paré l’entend régulièrement. Elle est directrice du développement des affaires et du développement organisationnel chez AMEC Usinage, une entreprise de Saint-Augustin qui fait travailler une soixantaine de personnes.

Et qui voit filer des contrats, car elle n’a pas suffisamment de main-d’œuvre pour répondre à la demande de ses clients.

Geneviève Paré est aussi coprésidente de Perform, le comité sectoriel de main-d’œuvre dans la fabrication métallique industrielle, un secteur comptant 84 000 travailleurs au Québec répartis dans 3000 entreprises générant un chiffre d’affaires d’un peu plus de 20 milliards $. 

Perform vient de publier les résultats de son enquête sur le recrutement et les besoins de formation dans le secteur de la fabrication métallique industrielle dans la région de la Capitale-Nationale.

Personne ne tombera en bas de sa chaise en apprenant que le recrutement de la main-d’œuvre spécialisée est le premier facteur qui influence actuellement la croissance des entreprises. Suivi de la situation économique.

Au troisième rang, c’est le roulement du personnel qui cause des cheveux gris aux employeurs.

«Jamais les entreprises n’ont montré autant de préoccupation à l’égard du phénomène de roulement de la main-d’œuvre», constate Mme Paré.

Il y a quelques années encore, les employeurs se cassaient davantage la tête avec les variations dans les marges bénéficiaires ou le protectionnisme américain que la rétention de leurs travailleurs.

«Ce n’est plus le cas. Aujourd’hui, les salariés ont le choix comme jamais auparavant. S’ils sont malheureux chez un employeur, ils n’ont qu’à traverser la rue pour en trouver un autre qui va les accueillir les bras ouverts», explique Mme Paré. «C’est aussi une affaire de génération. Ne parlez pas d’un plan de formation de cinq ans à un jeune. Ils sont impatients. Ils veulent vivre constamment de nouvelles expériences. Au bout de six mois, ils veulent déjà passer à autre chose.»

Pas de relève sur les bancs d’école

Par ailleurs, l’enquête montre que le nombre de diplômés dans les écoles est nettement insuffisant pour répondre aux embauches prévues. Il y aurait seulement 13 finissants en techniques d’usinage pour environ 90 postes à pourvoir.

«En janvier, la formation en techniques d’usinage au CFP de Neufchâtel ne s’est pas mise en route en raison du fait qu’il fallait 19 inscriptions. À peine huit candidats avaient manifesté leur intérêt. Seront-ils encore sur les rangs à la rentrée en août prochain? Nous, chez AMEC, nous avons décidé de prendre les devants. Nous en avons embauché deux et nous les formons», explique Geneviève Paré en soulignant que l’entreprise doit se tourner de plus en plus vers le recrutement international.

Déjà deux travailleurs brésiliens sont à l’emploi d’AMEC. Quatre de leurs compatriotes les rejoindront en 2018.

Finalement, l’enquête de Perform met en lumière la difficulté des entreprises à libérer des ressources pour former les nouveaux travailleurs.

«Il y a deux obstacles à la formation de la main-d’œuvre : le manque de temps et de personnel pour organiser la formation et le remplacement des personnes à qualifier sans ralentir la production.»