La région de Québec souffre du manque de relève entrepreneuriale [VIDÉO]

Une étude commandée par la Chambre de commerce et d’industrie de Québec (CCIQ), en partenariat avec Raymond Chabot Grant Thornton et Desjardins, démontre que le retard des plans de relève entrepreneuriale dans la région de Québec a un impact économique total de 200 millions $.

Les investissements freinés représentent quant à eux 97 millions $. «Plus de la moitié des dirigeants [54 %] confirment que les investissements sont affectés en contexte de relève. C’est ce qui mine le développement de nos entreprises», a souligné Éric Dufour, vice-­président, associé et leader national en relève entrepreneuriale chez Raymond Chabot Grant Thornton. 

La présidente et chef de la direction de la CCIQ, Julie Bédard, ne s’alarme pas outre mesure des résultats du sondage, mais si Québec veut rester une ville dynamique économiquement, l’ensemble des acteurs va devoir prendre le problème à bras le corps, et apporter des solutions pour aider les entrepreneurs. 

«Des gens sont capables de reprendre une entreprise, même s’ils ne souhaitent pas en créer une. Les investissements sont également nécessaires, c’est ça qui va intéresser la relève.»

Autre fait marquant du sondage réalisé auprès de 1827 entrepreneurs du 25 janvier au 25 février, seulement 10 % d’entre eux connaissent les programmes pour les aider dans leur plan de relève. «Pourtant, le financement est une étape cruciale pour la réussite du processus de transfert. Il faut informer les gens, les prendre par la main. C’est normal qu’il y ait de la résistance, c’est toute leur vie là-dedans», a mentionné Richard Quinn, directeur principal en transfert d’entreprise chez Desjardins. 

Aspects humains

Au-delà de l’aspect financier et de l’aspect fiscal, beaucoup d’entrepreneurs sont préoccupés par les aspects humains dans la planification de la relève. 

«On a des différences générationnelles. Les jeunes aujourd’hui veulent une qualité de vie. Avant, il y avait une personne à la tête de l’entreprise, maintenant ça prend deux ou trois personnes», a relaté M. Dufour.

Il y a tout de même une bonne nouvelle à tout ça. Les entrepreneurs souhaitent à 60 % parler de la relève avec leurs employés. 

«En ce moment, les gens changent facilement de travail, mais si on forme une équipe pour parler de la relève, ça va créer de la rétention chez les employés. Ça peut être aussi un bon moyen de contrer la pénurie de main-d’œuvre», a fait valoir M. Dufour.     

Pistes de solution 

Pour pallier cette problématique, le rapport de l’étude recommande entre autres d’améliorer la transmission de l’information pour permettre aux entrepreneurs de connaître les programmes de soutien financier existants. «Les entrepreneurs sont tout mêlés, ils ne savent pas à quelle porte frapper», insiste M. Dufour.

Le rapport préconise également de valoriser une approche progressive en maximisant la bonne cohabitation intergénérationnelle, et de mettre en place un programme et un plan de formation pour préparer des repreneurs-entrepreneurs.

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INIQUITÉ FISCALE DANS LES TRANSFERTS D'ENTREPRISES ENTRE GÉNÉRATIONS

La Fédération des chambres de commerce et d’industrie du Québec rencontrera la semaine prochaine le gouvernement fédéral pour demander l’équité fiscale au niveau des transferts intergénérationnels d’entreprise.

Pour l’instant, il est plus intéressant pour un entrepreneur de vendre à un étranger que de transférer son entreprise à son enfant. «Un entrepreneur qui vend à son voisin d’en face, c’est 860 000 $ d’exemption par rapport à vendre à son enfant. Beaucoup d’entrepreneurs considèrent que c’est une injustice», déplore Éric Dufour, vice-président, associé et leader national en relève entrepreneuriale chez Raymond Chabot Grant Thornton. 

Selon M. Dufour, de nombreux entrepreneurs retardent leur plan de relève pour attendre un changement fiscal. «En permettant une exonération fiscale, le gouvernement va favoriser la croissance et les investissements. Il va encaisser des impôts qui sont pour l’instant dormants dans les PME.»