L'amélioration du fonctionnement du marché du travail mise sur la formation des travailleurs.

La productivité, la bouée de sauvetage

Déclin démographique. Vieillissement des travailleurs. Rareté de main-d'oeuvre spécialisée. Dans un tel contexte de turbulence, le marché du travail québécois n'est pas sorti du bois. Pas moins de 1,4 million de postes seront à pourvoir au sein des entreprises d'ici 2020, dont 1,1 million pour remplacer tous les départs à la retraite. Pour le président de la Commission des partenaires du marché du travail, Jean-Luc Trahan, le défi est périlleux, mais «le Québec est prêt à faire face à la musique.»
«Par ailleurs, c'est clair que si l'on veut maintenir notre niveau de vie au Québec, il faudra que la productivité augmente au sein des organisations», constate M. Trahan. «Je ne dis pas que les salariés québécois ne travaillent pas suffisamment d'heures au cours d'une semaine comparativement à leurs collègues des autres provinces. Je dis tout simplement qu'il va falloir s'organiser mieux pour être plus productif.»
«S'organiser mieux», pour celui qui préside la destinée de l'instance nationale de concertation qui rassemble tous les acteurs (employeurs, travailleurs, établissements d'enseignement, organismes communautaires et gouvernementaux) préoccupés par l'amélioration du fonctionnement du marché du travail, ça veut surtout dire miser sur la formation des travailleurs. Le gouvernement du Québec a annoncé, lundi, la création du programme Accompagnement des entreprises pour la relance de l'emploi, qui ajoutera 55 millions$ à l'enveloppe de 214 millions$ consacrée aux besoins de formation des entreprises.
Un investissement pas une dépense
«Il faut cesser de considérer la formation des travailleurs comme une dépense, mais plutôt comme un investissement», insiste Jean-Luc Trahan au cours d'un entretien accordé au Soleil. «Quand une entreprise achète un nouvel équipement pour se donner un avantage concurrentiel sur les marchés nationaux et internationaux, on considère cette démarche comme un investissement. Ce n'est pas le cas lors de l'implantation, par exemple, d'un programme de formation visant à améliorer la productivité des travailleurs. Dans ce cas-là, c'est une dépense», expose-t-il, en disant espérer que son message sera entendu par les autorités des institutions bancaires afin qu'elles accordent de «meilleures conditions» de financement aux entreprises qui prennent le virage de la productivité et de l'amélioration des compétences de leurs salariés.
Les grandes entreprises et les PME
Si les grandes entreprises ont généralement les ressources nécessaires pour mener des projets d'amélioration de la productivité et de formation continue de leur main-d'oeuvre, il en va autrement pour les PME qui, bien souvent, n'ont personne pour veiller aux fonctions de gestion des ressources humaines. Jean-Luc Trahan estime que les grandes entreprises ont un rôle d'«accompagnateur» à jouer auprès des PME, notamment auprès de leurs fournisseurs. «À mon avis, les grands donneurs d'ordres qui se donnent les moyens pour devenir des entreprises de classe mondiale doivent montrer le chemin à leurs fournisseurs pour que ces derniers deviennent des PME de classe mondiale», indique M. Trahan.
Le président de la Commission des partenaires du marché du travail ne fait pas de cauchemars en pensant aux 1,3 million de postes qu'il faudra pourvoir d'ici 2020.
«Le défi sera d'assurer la juste adéquation entre la formation et les emplois disponibles. Pour cela, il faudra être plus imaginatif dans nos façons de faire, notamment pour guider les jeunes vers les secteurs pour lesquels les besoins de relève sont plus élevés.» Le site Tout pour réussir (www.toutpourreussir.com) - un portail d'information sur les métiers qui demandent une formation professionnelle ou une formation technique et qui offrent d'excellentes perspectives d'emploi - représente, aux yeux de M. Trahan, un recueil d'information qui plaît aux jeunes et qui répond aux questions des parents.
Vigilance
En conclusion, Jean-Luc Trahan croit que le Québec est «mieux équipé que jamais» pour affronter les prochains bouleversements sur le marché du travail, bien que la vigilance devra être de mise. «De 40 % au début des années 90, le pourcentage de Québécois ne possédant pas de diplôme a chuté à 16 %. Et le pourcentage de ceux qui ont effectué des études postsecondaires a grimpé de 37 % à 65 %.»