Le première ministre Pauline Marois a pris part jeudi au dévoilement de la politique de souveraineté alimentaire du Québec en compagnie du ministre de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation, François Gendron.

La politique de souveraineté alimentaire déjà durement critiquée

La politique de souveraineté alimentaire du gouvernement québécois n'est pas aussitôt née qu'elle est déjà la cible de critiques cinglantes de la part des spécialistes. Et d'abord, disent-ils, quelle politique?
Dans une lettre expédiée au Soleil et publiée aujourd'hui sur notre site Web, l'ancien sous-ministre à l'Agriculture Michel R. Saint-Pierre y va d'une charge à fond de train. Et son propos est partagé presque à 100 % par l'agroéconomiste Michel Morisset de l'Université Laval.
Bien que farcie de bons sentiments - qui s'opposerait à la promotion de l'achat local? -, cette politique n'en est pas une parce qu'elle passe à côté des vrais problèmes, disent-ils.
Michel Saint-Pierre, qui a produit un rapport sur les programmes de soutien à l'agriculture, estime qu'elle ne résout aucunement le problème de surendettement dans lequel se trouvent les agriculteurs. Il attribue ce surendettement à un accès au crédit trop facile puisque le programme de stabilisation du revenu est là pour colmater les brèches.
Il avance que 90 % des revenus des agriculteurs sont sécurisés par ce programme ou par la gestion de l'offre - lait et volaille - qui leur garantit un prix. Pourquoi les banques se priveraient-elles de prêter?
Il critique également l'universalité de ces programmes qui s'adressent aussi bien aux meilleurs de la profession qu'à ceux qui en arrachent, sans que l'on soutienne ces derniers pour qu'ils améliorent leur productivité. Ils sont également disponibles pour toutes les régions, qu'elles soient près des grands centres et prospères ou excentriques et moins bien pourvues.
Gouvernements blâmés
L'Union des producteurs agricoles a selon lui tout pour se réjouir car rien ne changera du système actuel. Ce n'est toutefois pas cette organisation qu'il blâme pour ce peu de résultats mais tous les gouvernements qui se sont succédé et n'ont pas eu le courage de brasser la cage Dans la même ligne, Michel Morisset souligne que «l'agriculture coûte un milliard de dollars au Québec et on ne questionne absolument rien». Le temps est venu de faire des réaffectations et de remettre en question une grande partie des programmes, y compris celui de l'assurance stabilisation des revenus agricoles, dit-il.
Qualifiant la politique de souveraineté alimentaire de texte politico-idéologique, il lui reproche de ne pas dire où s'en vont l'agriculture et la transformation alimentaire, non plus que sur les moyens qui seront pris pour améliorer les revenus des fermiers ou les salaires et les conditions de travail en usine.
Car on oublie trop facilement que la majeure partie des produits agricoles québécois est destinée à la transformation, dit-il. Les transformateurs ont d'ailleurs critiqué sévèrement la politique car elle ignore complètement leurs besoins. Et ils ont raison, martèle-t-il, car c'est par la transformation que passera la croissance de ce secteur.
Il estime également que la politique est basée sur une prémisse complètement fausse, «à savoir que les Québécois veulent absolument manger québécois». Bien sûr, ils ne sont pas contre la vertu, mais ils veulent surtout payer le moins cher possible. Les magasins à escompte sont d'ailleurs les seuls à enregistrer une croissance et accaparent maintenant plus du tiers des ventes, illustre-t-il.