Les avis divergent sur l'effet que la déréglementation du prix du lait aurait sur les consommateurs.

La pertinence de réglementer le prix du lait en audience publique

La Régie des marchés agricoles et alimentaires (RMAAQ) tiendra une audience publique le 29 janvier pour déterminer si les prix du lait doivent être encore réglementés au Québec. Ce dossier est revenu régulièrement à la surface ces dernières années et fait craindre à certains une guerre des prix. Les avis divergent sur l'effet que cela aurait sur les consommateurs.
Le prix minimal et maximal du lait est réglementé depuis des décennies au Québec. Une part de ce prix est fixée par la Commission canadienne du lait et touche les producteurs laitiers; l'autre part est fixée par la Régie et s'adresse aux transformateurs, aux distributeurs et aux détaillants. C'est cette seconde portion qui est remise en cause.
La Régie justifie sa démarche par des décisions récentes qui «font ressortir une évolution quant à la portée du Règlement sur les prix du lait de consommation et un manque de clarté quant aux objectifs à poursuivre».
«On veut voir où on s'en va», dit le secrétaire par intérim de la RMAAQ Éric Andriamanjay.
En fait, les questionnements de la Régie remontent à aussi loin que 2005. Quels sont les objectifs poursuivis avec la réglementation et sont-ils atteints? Est-ce que la réglementation est le meilleur moyen d'y arriver? Quels seraient les impacts de la déréglementation? Telles sont les questions qui seront abordées avec les représentants des consommateurs, de l'industrie laitière et des détaillants.
Bien qu'il y ait certains désaccords sur les indices utilisés pour fixer les prix, le principe même d'un tel encadrement semble toujours faire consensus parmi les intervenants. «C'est un peu avec surprise qu'on a vu ça ressortir», dit Pierre-Alexandre Blouin, porte-parole de l'Association des détaillants en alimentation du Québec.
Cette association ne cache pas son inquiétude devant un possible abandon du règlement.
Accessibilité menacée?
À première vue, la perspective d'offrir le lait à bas prix peut sembler alléchante pour les consommateurs et même pour les commerçants. Mais l'expérience dans d'autres juridictions démontre que cette situation tourne vite à l'avantage des gros détaillants qui s'en servent comme produit d'appel et réduisent considérablement les prix. Rapidement, les petits commerces de proximité ne parviennent plus à suivre la parade et abandonnent la vente du produit. Pour les consommateurs, c'est l'accessibilité du produit qui est touchée.
À l'Association d'économie familiale (ACEF) de Québec, qui représente les consommateurs dans ce dossier, on ne croit pas que ces derniers y gagneraient au change.
Il est vrai que les Québécois payent leur lait un peu plus cher qu'ailleurs, admet le coordonnateur Denis Falardeau. Ce système a toutefois l'avantage d'être stable malgré les aléas des cycles économiques. Lorsque les gros détaillants se servent du lait comme produit d'appel, il se crée rapidement des monopoles et les gros ont alors beau jeu de rehausser les prix, dit-il.
Il croit également que ce système permet la survie de petites laiteries qui assurent de l'emploi dans les régions.
Idéalement, par contre, l'ACEF aimerait bien que la capacité de payer des consommateurs soit prise en considération dans les indices de calcul, mais elle reconnaît ne pas savoir comment cela pourrait s'appliquer.
Dans le passé, le Conseil des industriels laitiers, qui représente les gros transformateurs, a penché en faveur de la réglementation. Il n'a pas été possible de parler à son représentant hier, mais Agropur, qui en fait partie, se dit en faveur du maintien tout en attendant les résultats de la consultation pour la suite des choses.
Le chercheur Sylvain Charlebois, qui enseigne les politiques alimentaires à l'Université de Guelph en Ontario, croit quant à lui que la déréglementation profiterait aux consommateurs. C'est aussi la position traditionnelle de l'Institut économique de Montréal.
Dans un document préparatoire à la séance publique, la Régie des marchés agricoles précise que «l'accessibilité au lait pour les consommateurs et la rentabilité des entreprises impliquées dans la distribution et la vente de lait de consommation sont les deux grands enjeux posés par l'intervention de la Régie dans la réglementation des prix».
Ce document peut être consulté sur la page d'accueil du site www.rmaaq.gouv.qc.ca sous l'onglet Nouvelle.