Les fabricants ont connu une baisse simultanée de la demande et une augmentation des perturbations de la chaîne d’approvisionnement au cours des premières semaines de la pandémie.
Les fabricants ont connu une baisse simultanée de la demande et une augmentation des perturbations de la chaîne d’approvisionnement au cours des premières semaines de la pandémie.

La pénurie de main-d’oeuvre chez les fabricants canadiens aggravée par la pandémie 

Tara Deschamps
La Presse Canadienne
TORONTO - Quatre-vingts pour cent des fabricants canadiens interrogés dans un nouveau sondage font face dans l’immédiat à une pénurie de main-d’'oeuvre et de compétences qui a été aggravée par la pandémie de COVID-19.

Une enquête de Manufacturiers et Exportateurs du Canada auprès de 563 entreprises de 19 secteurs, dont les conclusions ont été dévoilées mardi, a montré que le besoin de travailleurs qualifiés augmentait rapidement depuis des années, mais que les prestations gouvernementales liées à la COVID-19, les problèmes de santé et les responsabilités familiales rendaient la situation encore plus difficile.

«Notre déficit de compétences qui existait avant a été tout simplement exacerbé par la pandémie et nous devons nous assurer que tout le monde travaille pour intégrer cette prochaine génération de travailleurs dans le secteur», a déclaré le président de MEC, Dennis Darby.

Son organisation, qui représente plus de 2500 entreprises à travers le pays, a indiqué que 70 % des fabricants affichaient une pénurie de main-d’oeuvre et de compétences en 2018, comparativement à 40 % en 2016.

MEC croit que les mesures de soutien du gouvernement aux Canadiens pendant la pandémie pourraient décourager des gens de chercher un emploi dans le secteur manufacturier. D’autres peuvent ne plus être intéressés par le secteur manufacturier ou ne pas vouloir travailler du tout parce qu’ils craignent pour leur santé et leur sécurité durant la pandémie ou parce qu’ils ont des obligations de garde d’enfants, affirme l’organisme.

Programme national de garderies 

Un programme national de garderies et plus de soutien pour les femmes, les immigrants et les travailleurs étrangers temporaires aideraient à inverser les tendances, a déclaré M. Darby.

«Nous devons également avoir un engagement très solide pour former réellement les personnes dont les emplois ont peut-être été déplacés d’autres secteurs pour pouvoir occuper des emplois dans le secteur manufacturier», a-t-il soutenu.

Il est important de s’attaquer rapidement à ces problèmes, car le manque de travailleurs qualifiés entrave la croissance et limite la capacité des fabricants à innover et à investir dans la technologie dont ils auront besoin pour répondre aux besoins futurs et rester concurrentiels, a ajouté M. Darby.

Des fabricants plus durement touchés

Le rapport contient également un aperçu de l’impact de la pandémie sur les fabricants.

Il montre que beaucoup de fabricants ont connu une baisse simultanée de la demande et une augmentation des perturbations de la chaîne d’approvisionnement au cours des premières semaines de la pandémie.

Alors que 30 % des fabricants ont vu la production revenir au niveau de février dernier et que 6 % pensent qu’ils atteindront ce seuil d’ici la fin de l’année, tout le monde n’a pas cette chance.

Environ 10 % des fabricants interrogés se disent très pessimistes quant aux perspectives de leur entreprise, incluant 5 % qui prévoient que leurs ventes ne reviendront jamais au niveau d’avant la pandémie.

«Dans des industries qui apportent beaucoup de produits d’outre-mer, beaucoup de ces chaînes d’approvisionnement ont ralenti et elles ne sont pas encore complètement rétablies», a souligné M. Darby.

L’Alberta est confrontée au pire de la pandémie en raison des impacts qu’elle a vus sur le secteur pétrolier et gazier, mais les régions du sud-ouest de l’Ontario ou du Québec ont également connu une baisse de la demande, a-t-il indiqué.

Partout au pays, tous les fabricants ont été contraints de s’adapter rapidement pour protéger leur personnel.

Environ 60 % des fabricants interrogés achètent des équipements de protection individuelle pour assurer la sécurité des travailleurs. Leurs coûts moyens d’EPI sont estimés à 201 500 $, mais devraient atteindre 373 400 $ d’ici la fin de l’année.