Lorsque Cliffs Natural Resources a mis en veilleuse la mine Scully au Labrador, elle avait encore quelques années d'exploitation devant elle.

La mine Scully pourrait profiter d'une hausse du prix du fer

La mine Scully au Labrador pourrait-elle profiter du redressement du marché du fer pour enfin trouver preneur? Trois groupes ont dans leur mire l'acquisition de la vieille mine de fer, mise en veilleuse en 2014 par Cliffs Natural Resources, a appris Le Soleil.
Les installations minières de Wabush n'ont toujours pas séduit d'acheteur dans la foulée de la restructuration légale du géant américain, amorcée en janvier 2015. L'État, on le sait, a acheté les actifs stratégiques de Pointe-Noire à Sept-Îles, d'où est expédiée la production, et Champion Iron Mines a mis la main sur la jeune mine du lac Bloom, à Fermont.
Mais rien n'a encore abouti pour Scully à Wabush, qui date quand même de 1965. Voilà qu'on apprend néanmoins, à la lumière des documents déposés devant le tribunal, que le contrôleur, qui supervise la liquidation des biens, «discute» avec «trois parties» qui «ont exprimé leur intérêt pour l'acquisition de mine Wabush [Scully]».  
C'est connu que MFC Industrial, une société d'investissements qui possédait des intérêts dans le fonds minier de Scully, est en lice pour l'achat. Par contre, un joueur s'est aussi manifesté tard en octobre et un autre, qui faisait partie d'un groupe intéressé, a choisi en janvier d'engager une négociation «séparément», explique le contrôleur.   
Impossible de connaître les plans de ces sociétés, ce qu'elles visent ou ce qu'elles souhaitent réellement acquérir du vaste site minier. «Je pense que c'est vraiment plus le potentiel des résidus qui est examiné que la réouverture pure et simple de la mine», avance l'avocat Luc Dion, ex-président de Développement économique Sept-Îles. 
«Il reste des tonnes et des tonnes de résidus miniers dans lesquelles il y a des unités de fer déjà concentrées. [...] Il existe aujourd'hui des technologies pour aller récupérer ce fer-là, donc il y aurait un potentiel intéressant, surtout quand le marché du fer a un niveau concurrentiel», explique-t-il, rappelant la qualité du produit de la fosse du Labrador. 
C'est vrai également que la tonne de fer se négocie autour de 80 $, presque le double du prix de janvier 2016. «Il y a une conjoncture qui est particulière, le fer semble reprendre de la force, ça fait en sorte que ce qui avait été évalué pour les actifs restants de Wabush peut, peut-être, redevenir d'actualité», estime Me Dion. 
Des effets à Sept-Îles 
Les effets d'une éventuelle reprise à Wabush, peu importe leur ampleur, seront ressentis jusqu'à Sept-Îles, la porte de sortie pour les expéditions. Le matériel devra également transiter via les installations de Pointe-Noire, maintenant propriété de Québec. «[Des activités à Scully] auraient un impact majeur pour la région», soutient Luc Dion. 
«Notre tissu de PME est bâti pour soutenir l'industrie minière», ajoute l'avocat qui évalue que les entreprises de Sept-Îles et Port-Cartier «ont un avantage concurrentiel» avec leurs «connaissances» du secteur. L'arrivée d'un nouveau propriétaire à Wabush combiné à celui de l'État et Champion «vient aussi diluer le risque sur les épaules» des PME. 
Sept-Îles a lourdement été affecté par le départ de Cliffs Natural Resources à la fin 2014. Dans les bonnes années, au-delà de 400 travailleurs étaient à pied d'oeuvre à Pointe-Noire pour «sortir» la production des mines Scully et Bloom. L'arrêt de la mine Scully a aussi renvoyé à la maison quelque 400 employés au Labrador. 
Lundi, la Cour supérieure a octroyé un nouveau délai au contrôleur de Cliffs, cette fois jusqu'au 30 juin, le temps de «conclure» différentes transactions et pour arriver à une proposition aux créanciers. Un autre sursis «raisonnable», selon Me Dion, dans le contexte où notamment «des millions sont en cause».