La Foire de l'emploi des régions de la Capitale-Nationale et de la Chaudière-Appalaches se tient jusqu'à 17h, samedi, au Centre de foires.

La longue attente des immigrants en quête d'un emploi

Franklin Che court les supermarchés de l'emploi dans la région de Québec : Lévis, Montmagny, Québec.
Le Camerounais débarqué dans la capitale en janvier 2016 n'a rien à redire de l'attitude des employeurs québécois à son égard.
«L'accueil est chaleureux. Je l'apprécie beaucoup. Je perçois qu'ils veulent me donner une opportunité. Par contre, j'aimerais que ça se traduise par des gestes concrets», expose l'homme de 37 ans rencontré par Le Soleil, vendredi, à l'occasion de la première journée de la Foire de l'emploi des régions de la Capitale-Nationale et de la Chaudière-Appalaches qui se tient jusqu'à 17h, samedi, au Centre de foires d'ExpoCité.
Bilingue, Franklin Che recherche un emploi de technicien en génie de l'environnement.
Il détient une maîtrise en génie sanitaire et de l'environnement de l'École Polytechnique de Crète, à La Canée, en Grèce.
Il a occupé des postes de technicien en environnement en Grèce et un emploi de technicien de laboratoire en chimie à l'Université du Nouveau-Brunswick. Il a également travaillé en Alberta.
Il est actuellement agent dans un centre d'appels.
Franklin Che reconnaît que la quête d'un gagne-pain correspondant à sa formation scolaire et à ses années d'expérience acquises sur le marché du travail est «difficile». Les employeurs ne cessent de lui répéter qu'il est «surqualifié», que sa qualification professionnelle dépasse largement celle qui est nécessaire pour le travail à accomplir.
Pourtant, il se dit prêt à commencer au bas de l'échelle. «Pour grandir dans la compagnie. Pour obtenir l'expérience québécoise qu'il me manque.»
Franklin Che l'avoue. S'il avait fait ses études au Québec, son emploi de rêve, il l'aurait déjà. «Je ne crois pas que c'est à cause que je suis un immigrant», précise-t-il.
Permis requis
Tout le monde le sait, pour exercer au Québec une profession - comme celle d'ingénieur - ou pour porter un titre professionnel régi par le Code des professions, une personne doit détenir un permis et être membre en règle de l'ordre professionnel responsable de cette profession.
Or, pour un immigrant, l'obtention de ce permis est un chemin de croix.
Dès son arrivée au Québec, M. Che s'est inscrit à un programme d'accès rapide à l'Ordre des ingénieurs du Québec, une initiative du Centre R.I.R.E. 2000 pour aider les ingénieurs formés à l'étranger à se préparer aux examens et aux formations qui leur permettront d'améliorer leur profil d'employabilité dans le contexte du marché de l'emploi québécois. 
Il attend maintenant la suite des choses en fréquentant les salons d'emploi et en allant chercher auprès d'organismes comme GIT Services-conseils en emploi les meilleures stratégies pour attirer l'attention des employeurs.
Devant un mur
Christèlle (nous taisons, à sa demande, son nom de famille) attend, elle aussi, la suite des choses.
Les raisons de son attente : l'obtention de la reconnaissance de sa diplomation et l'accès à son ordre professionnel.
La Camerounaise de 27 ans est arrivée à Québec avec son enfant - son conjoint viendra bientôt les rejoindre - en août 2016 avec, dans ses bagages, avec un baccalauréat en enseignement secondaire et une maîtrise en microbiologie.
Elle travaille aujourd'hui dans un hôtel.
Pour la Foire de l'emploi, elle a préparé deux CV: l'un pour remettre aux employeurs lui proposant un poste dans son domaine d'études, l'autre pour intéresser les patrons qui lui offriront un gagne-pain pour lui permettre de payer ses factures chaque fin de mois.
«Comme Franklin, je me trouve face à une barrière. D'un mur qu'il faut percer. Il faut pousser constamment. C'est très long pour obtenir la reconnaissance de nos diplômes et pour accéder à un ordre professionnel. Au moins, quand ma formation sera finalement reconnue, je pourrai commencer à postuler pour des postes correspondant à mes aspirations», explique la jeune femme, qui a choisi le Québec pour y trouver un meilleur travail que celui qui lui était offert son pays.
«Je suis optimiste. Dans quelques mois ou quelques années, tout sera possible. Je pense que ça ira bien. Ma profession est en demande. Il y a des postes disponibles.»
«Il y a un gros cheminement à faire», constate Jean-Luc Gélinas, directeur général du Service d'orientation et d'intégration des immigrants au travail.
Pas racistes, juste «inconfortables»
Racistes, les employeurs de Québec? Non. Juste «inconfortables» avec la diversité culturelle.
Jean-Luc Gélinas est directeur général du Service d'orientation et d'intégration des immigrants au travail. Le SOIT. 
La mission de l'organisme est d'accompagner les individus et les entreprises afin de concrétiser l'«intégration sociocommunautaire» et la réussite professionnelle des personnes immigrantes et ainsi répondre aux besoins de main-d'oeuvre des entreprises.
«Il y a un gros cheminement à faire», constate M. Gélinas lorsque Le Soleil lui demande d'exprimer sa pensée sur l'état des relations entre les employeurs de la région de Québec et les chercheurs d'emplois issus de l'immigration. «C'est en évolution, mais ce n'est vraiment pas évident pour les immigrants.»
Certains d'entre eux entendent à répétition, comme refus d'embauche, qu'ils n'ont pas suffisamment d'expérience de travail au Québec.  «Pourtant, les compagnies en embauchent des jeunes Québécois fraîchement sortis de l'école qui, eux non plus, n'ont pas d'expérience de travail au Québec!» fait-il remarquer.
Taux de chômage comparable
Les données de Statistique Canada montrent, pourtant, que le taux de chômage des immigrants à Québec est pratiquement identique à celui de la population en général. Ailleurs, au Canada, ce n'est pas le cas. Il peut être deux ou trois fois supérieur.
«Ça ne veut pas dire que tous les immigrants évoluent dans leur domaine de compétence», relève M. Gélinas, en soulignant que le marché de l'emploi dans la région de Québec est tellement vigoureux qu'il y a du boulot pour tous ceux et celles qui veulent travailler. Et les immigrants veulent travailler.
La reconnaissance des diplômes et de l'expérience de travail acquis à l'étranger des nouveaux immigrants complique évidemment l'existence des Québécois venus d'ailleurs. Le directeur général du SOIT rappelle que 70 % des immigrants ont fait des études supérieures. Un pourcentage supérieur à celui des natifs du Québec.
«Il y a généralement un empressement à embaucher des immigrants pour les employeurs qui ont des postes à pourvoir de toute urgence. Lorsqu'il n'y a pas une grande difficulté à recruter du personnel, les employeurs ont tendance à embaucher des gens du Québec», avance Jean-Luc Gélinas.
«Nos employeurs sont très sélectifs. Toutefois, il est impératif de changer notre façon de penser quand nous nous retrouvons, comme c'est le cas depuis quelques années, devant une situation de rareté de la main-d'oeuvre», ajoute-t-il.  
Sécuriser les employeurs
«Vous savez, quand je parle aux entrepreneurs, je n'ai pas l'impression de converser avec des gens racistes, mais plutôt avec des interlocuteurs inconfortables. Ils ne sont pas habitués de travailler avec des immigrants.
«Il y a un travail de fond à faire avec les entreprises pour les sécuriser et pour les accompagner dans leurs démarches d'embauche des immigrants.»
Selon lui, les patrons ne sont pas suffisamment conscients de la valeur ajoutée que peut apporter un immigrant au sein d'une organisation. «Ces gens-là n'ont pas peur du changement. Ils ont tout laissé derrière eux pour venir au Québec. Ils sont généralement les premiers à se placer en mode solution quand un pépin survient.»
Vendredi, à l'ouverture de la Foire de l'emploi, le ministre de l'Emploi et de la Solidarité sociale et ministre de responsable de la région de la Capitale-Nationale, François Blais, et le président et chef de la direction de la Chambre de commerce et d'industrie de Québec, Alain Aubut, ont fait appel à l'ouverture d'esprit des chefs d'entreprises à l'égard des personnes immigrantes.
Pour les aider à cheminer, la Chambre vient de publier un répertoire des ressources présentes à Québec pour favoriser l'attraction et l'inclusion des personnes issues des communautés culturelles dans leur entreprise.