La fin du lock-out chez ABI: fait marquant de 2019 dans le monde du travail

MONTRÉAL — La fin du lock-out à l’Aluminerie de Bécancour, le 2 juillet, constitue certes l’élément marquant de l’année 2019 dans le monde du travail. Le conflit de travail, déclenché par la direction, aura duré un an et demi.

Ils étaient 1030 à avoir été mis en lock-out, le 11 janvier 2018; ils étaient environ 900 encore actifs, au moment de voter sur l’offre patronale finale, à l’été 2019.

Le président du syndicat local des Métallos-FTQ, Clément Masse, propulsé sous les projecteurs par l’importance du conflit pour le Centre-du-Québec, avait d’ailleurs démissionné après le vote, puisque ses membres n’avaient pas suivi sa recommandation de rejeter ces offres. M. Masse avait d’ailleurs conclu que les travailleurs avaient fini par accepter les offres patronales «par épuisement», plus que parce qu’elles leur paraissaient bonnes.

En plus du coût économique et social pour la région, ce lock-out exceptionnellement long a soulevé la question du rôle du contrat d’hydroélectricité à tarif avantageux dans la durée du conflit. L’employeur pouvait en effet ne pas respecter son engagement d’acheter le bloc d’électricité qui lui était réservé, parce que son contrat assimilait un lock-out à un cas de force majeure, au même titre qu’un tremblement de terre.

Deux grèves marquantes

Deux importantes grèves ont marqué l’année — l’une pour ses conséquences, l’autre pour sa cause.

Celle de 3200 employés du CN, chefs de train, agents de train et de triage, membres du syndicat des Teamsters, a duré une semaine en novembre. L’enjeu principal : des questions de santé et sécurité au travail.

Les retards dans les livraisons de propane ont fait mal aux producteurs de grain et inquiété les propriétaires d’établissements chauffés au propane. Les gouvernements du Québec et du Canada étaient sur les dents, mais les parties ont fini par s’entendre, évitant une loi spéciale.

La grève des préposés aux bénéficiaires dans des résidences privées pour personnes âgées a reçu un rare soutien populaire pour un débrayage. Et pour cause : ces travailleurs qui prennent soin de personnes âgées gagnent en moyenne 13,50 $ l’heure. Le salaire minimum est de 12,50 $ l’heure.

Ces membres du Syndicat québécois des employés de service, affilié à la FTQ, revendiquent 15 $ l’heure à l’embauche et 1 $ l’heure d’augmentation pour chaque année du contrat de travail.

Pourtant, il y a pénurie de préposés aux bénéficiaires au Québec, au point où des établissements tentent d’en recruter à l’étranger et où le gouvernement du Québec a offert des bourses de 7500 $ dans l’espoir d’attirer davantage de candidats dans le métier.

Pour le SQEES, la solution passe par l’adoption d’un décret par le gouvernement du Québec, afin d’établir des conditions de travail minimales pour tous les travailleurs dans ce secteur.

Pas de front commun

La négociation du secteur public, qui commencera véritablement au retour des Fêtes, s’annonce laborieuse en 2020, car même si le gouvernement du Québec affiche d’importants surplus, le premier ministre François Legault a dit vouloir limiter les hausses de salaire à l’inflation, sauf exception — comme les préposés aux bénéficiaires et les enseignants du primaire et du secondaire, pour qui les premiers échelons de salaire doivent être supprimés.

Qui plus est, les forces syndicales sont divisées. La CSQ, la CSN et la FTQ n’ont pas réussi à reconstituer un front commun et ont donc présenté des demandes distinctes, comme les autres grands syndicats du secteur public.

Seules la FIQ et l’APTS ont fait alliance. La Fédération interprofessionnelle de la santé et l’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux négocieront ensemble, face à Québec, pour les 131 000 membres qu’elles représentent : infirmières, infirmières auxiliaires, travailleuses sociales, techniciennes en laboratoire, psychologues et autres.

Journées sans TSO

L’année 2019 a aussi été marquée par deux «Journées sans TSO» de la FIQ. Les infirmières ont ainsi pu passer 24 heures sans être forcées de faire des heures supplémentaires obligatoires, le 8 avril et du 15 au 16 novembre.

En plus du temps supplémentaire obligatoire, les infirmières s’impatientent aussi de voir les suites qui seront données aux projets pilotes sur les ratios infirmière-patients, destinés à alléger leurs tâches et à dispenser de meilleurs soins.

Syndicalisation à la SQDC

La campagne de syndicalisation à la Société québécoise du cannabis est devenue une véritable saga. La lutte à trois est devenue une lutte à deux. Il ne reste en lice que le Syndicat canadien de la fonction publique, affilié à la FTQ, et le Syndicat des employés de magasins et de bureaux de la Société des alcools, rattaché à

la CSN.

Pour donner une idée de la vigueur de la bataille : le 21 octobre, il y avait eu 125 requêtes en accréditation déposées depuis l’ouverture des succursales, un an plus tôt, alors qu’il n’y avait que 23 succursales ouvertes.