La ministre de l’Énergie de l’Alberta Sonya Savage
La ministre de l’Énergie de l’Alberta Sonya Savage

La distanciation muselle l’opposition aux oléoducs, admet une ministre albertaine

EDMONTON — La ministre de l’Énergie de l’Alberta estime que l’actuelle pandémie représente un bon moment pour construire un pipeline, alors que les restrictions de santé publique limitent les manifestations.

Sonya Savage a eu ce commentaire vendredi dans un balado hébergé par l’Association canadienne des entrepreneurs en forage pétrolier. La ministre albertaine était interrogée sur l’avancement du projet d’expansion de Trans Mountain, qui est en cours de construction entre Edmonton et Vancouver.

«C’est le moment idéal pour construire un pipeline, car vous ne pouvez pas tenir une manifestation de plus de 15 personnes», déclare Mme Savage. «Construisons-le», lance-t-elle, provoquant les rires de l’intervieweur.

La ministre de l’Énergie suggère ensuite que les turbulences économiques causées par la pandémie favorisent la construction de pipelines.

«Les gens ne vont pas faire preuve de tolérance et de patience envers les manifestations qui entravent le travail des gens», déclare-t-elle dans ce balado mis en ligne sur le site de l’association. «Les gens ont besoin d’emplois et ces types de manifestations idéologiques qui entravent [la marche économique] ne seront pas tolérés par les Canadiens ordinaires.»

Le porte-parole de la ministre Savage a confirmé dans un courriel l’authenticité du balado. «Nous respectons le droit à des manifestations légitimes, a déclaré Kavi Bal. Je voudrais noter que les limitations des rassemblements publics [...] n’ont profité à personne — pas plus aux promoteurs de projets qu’aux groupes qui s’y opposent.»

L’Alberta et la Colombie-Britannique ont rehaussé à 50 le nombre maximum de personnes qui peuvent se rassembler à l’extérieur.

Irfan Sabir, porte-parole de l’opposition néo-démocrate en matière d’énergie, n’a pas été surpris par les commentaires de Mme Savage, qui sont fidèles selon lui à la position de ce gouvernement conservateur. «Le Parti conservateur uni a déjà utilisé la pandémie comme excuse pour suspendre la surveillance environnementale, a-t-il dit. Combinée aux derniers commentaires de la ministre, cela nuira à la réputation de l’industrie énergétique de l’Alberta et entravera notre capacité à attirer des investissements et à commercialiser nos produits.»

Intolérance à la désobéissance civile

Le gouvernement conservateur de Jason Kenney a un bilan mitigé à l’égard des manifestations et au traitement réservé aux manifestants. Le premier ministre a défendu le droit de manifester d’un homme récemment arrêté au Parlement alors qu’il protestait contre les décrets de santé publique.

Le gouvernement Kenney tolère moins la désobéissance civile. En février dernier, il a déposé un projet de loi qui prévoit des amendes sévères et de possibles peines de prison aux manifestants qui endommagent ou même interfèrent avec le fonctionnement d’un large éventail d’infrastructures énergétiques — bien que de tels actes soient déjà illégaux. Le projet de loi a été adopté et attend la sanction royale pour entrer en vigueur.

Une autre loi, entrée en vigueur en décembre, prévoit un durcissement des sanctions imposées aux militants pour les droits des animaux qui entrent par effraction dans des fermes d’élevage.