Le déshabillage complété, il faut équiper le «canot» de plus de 20 000 tonnes pour le transformer en pétrolier ravitailleur. Celui-ci sera nommé Resolve.

La Davie en avance dans sa mission Resolve

Son cadeau de Noël, cette année, Yan Paquin le recevra au mois de mars. L'attente en vaudra la peine, assure le contremaître qui supervise les travaux d'acier sur le pétrolier ravitailleur d'escadre Resolve présentement en construction au Chantier Davie Canada à Lévis.
Seuls le moteur - qui occupe trois étages - la coque et l'hélice de l'ancien <em>Asterix</em> ont été épargnés. «Une fois démantelé, le porte-conteneurs a l'allure d'un gros canot !» note Spencer Fraser, le directeur général de Federal Fleet Services, une société soeur de Davie.
Son joujou arrivera alors sur une barque en provenance de la Finlande. Une timonerie de 2400 tonnes.
Yan Paquin est impatient de charger la superstructure sur le pont principal du Resolve.
«C'est comme si nous prenions l'un des deux traversiers que nous fabriquons pour la Société des traversiers du Québec et que nous le déposions sur le ravitailleur!»
L'installation de la timonerie nécessitera une précision d'horloger.
«Une fois que nous l'aurons levée à l'aide d'une grue, il va falloir s'assurer qu'elle prendra sa place au bon endroit. Une fois délicatement déposée, elle ne pourra être déplacée. Notre marge d'erreur sera inexistante», explique Yan Paquin.
En guidant Le Soleil dans l'enchevêtrement d'échelles et d'échafaudages qui meublent le porte-conteneurs Asterix - qui se transforme actuellement en un navire de ravitaillement en mer et qui portera le nom Resolve - le contremaître qui gère une équipe de 200 soudeurs, assembleurs, mécaniciens, plombiers et électriciens ne cache pas sa fierté devant le boulot accompli depuis un peu plus d'un an.
«Nous sommes en mission! Nous voulons réaliser la conversion de l'Asterix dans les délais prévus et espérer, par la suite, que d'autres contrats nous seront accordés. Nous savons que la survie de Davie passe par le Resolve
L'étranger observe
Parole de Spencer Fraser, Davie est en avance sur l'échéancier.
Tout près de 60 % des travaux sont exécutés, et le constructeur naval s'attend, comme prévu, à remettre le Resolve entre les mains de la Marine royale canadienne en décembre 2017.
«Nous nous sommes empressés à prendre de l'avance avant l'arrivée de l'hiver», explique le directeur général de Federal Fleet Services, une société soeur de Davie au sein du holding Inocea, qui est propriétaire du chantier de Lévis depuis 2012.
Inocea n'a pas intérêt à se traîner les pieds. Le financement de la conversion de l'Asterix, une affaire de 350 millions $, c'est lui qui l'assume.
«C'est nous qui prenons tous les risques. Pas le gouvernement fédéral. Pas les contribuables canadiens», martèle Spencer Fraser.
Une fois complété, le pétrolier ravitailleur sera loué à la Marine royale pour la somme d'environ 55 à 65 millions $ par année.
Ayant pignon sur rue à Ottawa, Federal Fleet Services veille à mener à bon port le projet Resolve et à tirer sur la manche du gouvernement fédéral pour l'exécution de contrats pour la construction ou la conversion de navires. Deux projets ont été soumis aux libéraux de Justin Trudeau : l'un pour la construction d'un brise-glace, l'autre pour un navire de soutien multifonctionnel.
De la prospection se fait également du côté des armateurs privés et des sociétés publiques qui gèrent des flottes de traversiers, dont Marine Atlantic.
«On nous observe ailleurs sur la planète», mentionne Spencer Fraser. «Au moins deux autres pays s'intéressent sérieusement à ce que nous sommes en train de réaliser avec le Resolve
Comme un jeu de blocs 
Yan Paquin explique que les premiers mois ont été consacrés à une sorte d'effeuillage quasi intégral de l'Asterix.
Seuls le moteur - qui occupe trois étages - la coque et l'hélice ont été épargnés. «Une fois démantelé, le porte-conteneurs a l'allure d'un gros canot !» note Spencer Fraser.
Le déshabillage complété, il faut équiper le «canot» de plus de 20 000 tonnes pour le transformer en pétrolier ravitailleur.
Comme dans un jeu de blocs, des modules sont installés, un à un, à l'aide de grues. «Des modules? J'en compte 77. Dix-huit sont de grande taille, dont les neuf réservoirs à partir desquels les frégates de la Marine royale tireront leur carburant en haute mer», précise Yan Paquin.
Faire de la conversion de navire commercial, ce n'est pas la pratique courante dans les chantiers maritimes canadiens.
«C'est une bonne affaire, surtout lorsqu'il s'agit d'un bateau de la qualité de l'Asterix. Construit en 2010 en Allemagne où les standards de qualité sont très élevés. Avec la conversion, tu n'as pas l'impression d'avoir à réinventer la roue. Tu travailles dans l'existant. La coque du bateau, nous n'y touchons même pas. Seulement du sablage et de la peinture. Ça accélère le processus.»
Les premiers essais à quai à bord du Resolve se feront à compter du mois de juin. Puis, en septembre, ça sera l'étape des exercices de ravitaillement en mer qui se déroulera sur la côte Est.
Le ravitailleur Resolve en quelques chiffres
2010 Année de construction, en Allemagne
20 millions $ Coût d'achat par le Federal Fleet Services en 2015 
26 000 tonnes Poids du porte-conteneur
182,5 mètres Sa longueur, soit deux terrains de football américain
25,2 mètres Sa largeur
20 à 25 noeuds Sa vitesse
350 personnes Capacité d'accueil (y compris un équipage de 150 personnes)
Ce que l'on trouvera à bord du navire
Des installations permettant le ravitaillement en mer des produits solides et liquides, soit jusqu'à 7000 tonnes de carburant et 450 tonnes d'eau potable par jour
Deux grues permettant de charger et de décharger des conteneurs
Un héliport
Deux hangars d'avion
Des garages pour  stationner des véhicules
Un hôpital pouvant  recevoir 60 patients
De l'hébergement pour loger le personnel en service et des dortoirs pour les opérations de secours humanitaires