À l’usine de PCM Innovation à Sainte-Claire, les travailleurs fabriquent des moules et des gabarits qui sont utilisés dans la construction des avions. Selon son pdg Jean-François Hamel, de tels équipements risquent d’être en demande par les constructeurs après la sortie de crise, qui devrait amener ceux-ci à investir.
À l’usine de PCM Innovation à Sainte-Claire, les travailleurs fabriquent des moules et des gabarits qui sont utilisés dans la construction des avions. Selon son pdg Jean-François Hamel, de tels équipements risquent d’être en demande par les constructeurs après la sortie de crise, qui devrait amener ceux-ci à investir.

La crise de la COVID-19 affecte différemment les entreprises d’usinage de pièces pour l’aérospatiale

Paul-Robert Raymond
Paul-Robert Raymond
Le Soleil
L’industrie de l’aéronautique et de l’aérospatiale subit les contrecoups de la crise de la COVID-19, en plus de se trouver dans une période de tumulte qui date d’avant le Grand confinement. Par conséquent, la vague s’est fait ressentir différemment pour deux entreprises québécoises d’usinage de pièces pour l’aérospatiale qui ont chacune leur réalité.

Une a dû ralentir de façon notable ses activités, l’autre a subi un léger ralentissement, mais a repris le collier rapidement après le début des mesures de confinement. Dans la chaîne d’approvisionnement de l’industrie aérospatiale, ces entreprises jouent le rôle de tierce partie. Elles reçoivent les commandes directement des avionneurs ou des fabricants de second ordre et intégrateurs.

À Sainte-Claire de Bellechasse, l’impact de la crise de la COVID-19 a été «important» pour PCM Innovation, qui se spécialise dans l’usinage de pièces pour les domaines de l’aérospatiale et du transport ferroviaire, notamment. «L’aérospatiale va vivre des impacts à moyen terme de la situation. Dans notre cas, il faut dire que 2019 avait été une année annonciatrice de défis, parce qu’il y avait les difficultés importantes de Boeing, avec son [programme] 737 MAX, évidemment Bombardier aussi avec ses défis. Nous, on est fournisseurs directement de ces gens-là au Canada, mais aussi de leur chaîne d’approvisionnement. Déjà,qu’il y avait un fléchissement en 2019 et la COVID est venue s’ajouter à ça», explique Jean-François Hamel, pdg de PCM Innovation.

En ce moment, le volume actuel de l’usine est de 50 à 55 % par rapport à son volume de l’an dernier et la production a été arrêtée pendant six à huit semaines, selon M. Hamel. Il ajoute que sur la presque centaine d’employés de l’usine de Sainte-Claire, environ 55 à 60 sont de retour au travail. «C’est la même chose pour l’usine de Montréal et nos usines canadiennes», ajoute-t-il. «Par contre, aux États-Unis, ça roule à 100 %. La différence, c’est le côté militaire et l’approvisionnement pour la défense qui n’a pas du tout fléchi en ce qui concerne la demande.»

Diversification

Plus près de Québec, les effets des mesures de confinement ont été moindres pour AMEC Usinage de Saint-Augustin-de-Desmaures. La diversification de ses activités a sauvé la mise, selon Geneviève Paré, directrice du développement des affaires et développement organisationnel. Question d’assurer le «cashflow de l’entreprise».

«On s’en est bien sortis, mais ça a été beaucoup de travail au début», dit-elle. «Dès la fermeture générale annoncée le 24 mars, nous, on a tout de suite fait la demande pour être considéré comme une entreprise essentielle, parce que, oui, on fabrique dans le secteur aéronautique, mais on est aussi dans trois autres secteurs. On est dans l’optique, dans l’énergie et le médical. On travaille, entre autres, pour Hydro-Québec. On fait des pièces essentielles pour la transmission d’énergie. Et dès cette journée-là, Hydro-Québec nous a demandé de rester ouverts parce qu’on est un fournisseur unique et mondial pour ces pièces-là.» Les activités dans le secteur aéronautique et aérospatial représentent environ 30 % des activités d’AMEC qui fournit plusieurs avionneurs comme Boeing, Airbus, Bombardier et Gulfstream.

D’ailleurs, selon les explications de Mme Paré, l’aviation d’affaires a été moins touchée par la crise de la COVID-19, si on compare avec l’aviation commerciale. «C’est surprenant... Ça a été moins dramatique qu’on le pensait. Je crois que les pays asiatiques ont été touchés avant nous, que ça a baissé un peu dans l’aviation d’affaires, mais que ça a repris de ce côté.»

AMEC a connu des pertes de revenus, mais «rien de dramatique», confirme la directrice. Parmi ses 65 employés, 25 avaient été mis à pied temporairement. Il ne reste que neuf personnes qui sont toujours en mise à pied temporaire. «J’ai des employés qui ont été mis à pied que pendant quatre jours.» Mme Paré ajoute qu’AMEC fonctionne toujours 24 heures par jour, sept jours par semaine, notamment pour répondre aux besoins de la production pour le secteur médical, dont certains nouveaux produits qui n’ont pas encore été dévoilés publiquement. Cela a nécessité des réaménagements dans les horaires de travail.

Déjà sensibilisées à des mesures d’hygiène strictes en raison de la nature de leur production, ces deux entreprises ont tout simplement eu à les augmenter. Chez AMEC, l’implantation des mesures d’hygiène et de distanciation physique s’est faite de façon graduelle. «Ce n’est pas comme les entreprises qui vont ouvrir demain matin et qui doivent tout faire ça d’un seul coup», assure Mme Paré.

Une fraise automatisée qui produit une pièce devant être installée dans un avion.

Espoir

Nul ne peut deviner comment se fera la reprise des activités. «Quelle sera la vitesse de la reprise? Et sa force dans les mois à venir... Aujourd’hui, on vit avec un carnet de commandes qui était celui devant être fait durant l’hiver et le printemps. […] On est un peu sur les vapeurs de ce carnet de commandes là. Mais la question pour tout le monde dans l’aérospatiale est : “Est-ce que les carnets de commandes vont se regarnir?”» demande M. Hamel.

Mais le pdg de PCM Innovation garde espoir. «On est surtout un fournisseur de solutions industrielles. On va fournir des équipements, des gabarits, des lignes d’assemblage. Donc, des produits d’ingénierie pour les fabricants. Pour qu’eux puissent fabriquer leurs avions. On est surtout dans ce domaine-là. On est dans la colonne des investissements, pas dans la colonne des opérations courantes. Là où on a beaucoup d’espoir, pour faire une sortie de crise, en général les gens se remettent à investir. Ils innovent. Ils prennent des chemins inexplorés. Et ça pour PCM, ça a toujours été assez bon. Ça a été bon en 2008, lors de la crise financière. Ça a été bon en 2001, lors de la crise du 11 septembre. On espère qu’aujourd’hui, ça va être la même chose.»

Bien avant la crise de la COVID-19, PCM s’était tourné vers l’industrie de la construction navale. «Parce qu’au Canada, c’est quelque chose qui est en plein essor présentement, avec les 40 milliards $ de contrats du gouvernement fédéral. Et ce sont des technologies qu’on possède et où on peut être utile dans cette chaîne d’approvisionnement», conclut-il.