Le local situé au coin des rues Saint-Joseph et Caron est fermé depuis le 3 mars.

La coop Les Grands Rangs
 au bord de la faillite

La coopérative Les Grands Rangs dans le quartier Saint-Roch est en grave difficulté financière. Ses membres seront appelés samedi à se prononcer lors d'une assemblée générale spéciale sur une proposition de faillite, devant un surendettement devenu insurmontable.
Cette épicerie qui devait tenir lieu de point de rencontre entre les urbains et les producteurs agricoles a ouvert ses portes en juin 2012. Le local situé au coin des rues Saint-Joseph et Caron est maintenant fermé depuis le 3 mars. Dans la porte, deux messages du Clocher penché, le restaurant bistro voisin qui gérait La lunchéonnette, un comptoir lunch installé à même la coopérative connu pour ses grilled cheese «décadents». Le restaurant remercie ses clients et annonce qu'il offrira bientôt ses mets prêts-à-manger sous vide dans divers points de vente.
Le chef cuisinier Mathieu Brisson, rencontré au restaurant situé de l'autre côté de la rue, indique que ses associés et lui ont choisi de se retirer devant l'avenir incertain de la coopérative. La décision a été annoncée au conseil d'administration au début décembre. Finalement, la coop a fermé ses portes en même temps, constate-t-il.
Mauvaise gestion
Charles Trottier est copropriétaire de la Fromagerie des Grondines et un membre producteur de la coopérative Les Grands Rangs. Il est l'un de ceux qui ont pris le relais au conseil d'administration en novembre quand il est devenu évident que le bateau coulait.
«C'est un problème de surendettement dès le départ et de mauvaise gestion [qui expliquent la mauvaise situation financière]», explique-t-il.
Au moment de l'ouverture en 2012, l'initiateur du projet et président de la coop, Éric Proulx, de la ferme Tourilli, avait indiqué au Soleil que les coûts de rénovation du local, dont la coopérative était locataire, avaient totalisé 600 000 $. Celui-ci fait la part belle au bois et à la brique et a d'ailleurs reçu un Mérite d'architecture pour la rénovation d'un bâtiment ancien.
«Il y a eu des dépassements de coûts dès le départ dans la construction», souligne M. Trottier qui croit qu'un propriétaire privé aurait été plus mesuré dans ses ambitions.
La coopérative doit 260 000 $ à court terme. Des sommes de quelques centaines à quelques milliers de dollars sont dues à une soixantaine des 96 membres producteurs, argent qui n'existe pas. Le nouveau conseil recommandera la faillite, mais c'est l'assemblée générale qui est souveraine. Si les membres proposent plutôt un plan de relance, ils devront élire un nouveau C. A. pour le mener à bien, dit Charles Trottier.
En cas de faillite, il convient que personne ne reverra la couleur de son argent. Quelques fournisseurs sont très petits et ce manque à gagner peut leur être préjudiciable. «Il ne faudrait pas que la coop entraîne des gens vers des problèmes», espère le fromager.
La coop compte aussi 382 membres consommateurs qui ont versé une part sociale de 100$ chacun. Eux non plus ne reverront pas leur mise en cas de faillite.
Le Soleil n'a pas réussi à joindre l'ancien président Éric Proulx pour obtenir sa version des faits.