Un article publié en 2017 dans la revue scientifique «Nature Climate Change» a calculé que pour stabiliser le changement climatique à deux degrés Celsius, de 120 milliards à 160 milliards de tonnes de CO2 devront être aspirées de l’air et stockées sous terre.
Un article publié en 2017 dans la revue scientifique «Nature Climate Change» a calculé que pour stabiliser le changement climatique à deux degrés Celsius, de 120 milliards à 160 milliards de tonnes de CO2 devront être aspirées de l’air et stockées sous terre.

La captation du CO2 attire plusieurs joueurs

Quelque part dans l’ouest du Texas, au cœur d’un des champs pétrolifères les plus productifs du continent, une entreprise canadienne construit une usine qui, elle l’espère, finira par aspirer de l’air un million de tonnes de carbone pompé hors du sol tout autour.

L’usine révolutionnaire de Carbon Engineering est l’un des nombreux projets qui espèrent contribuer à la lutte contre le changement climatique en transformant son principal moteur – le dioxyde de carbone – pour une utilisation à d’autres fins utiles.

Des responsables dans des laboratoires et des salles de conférence du monde entier commencent à se rendre compte qu’il faut faire plus que réduire les émissions pour que le monde reste viable. De grandes quantités de carbone déjà présentes dans l’atmosphère devront être éliminées.

Un article publié en 2017 dans la revue scientifique Nature Climate Change a calculé que pour stabiliser le changement climatique à deux degrés Celsius, de 120 milliards à 160 milliards de tonnes de CO2 devront être aspirées de l’air et stockées sous terre. Cela s’ajoute aux réductions d’émissions prévues dans l’Accord de Paris.

De telles actions coûteraient beaucoup d’argent. C’est pourquoi des entreprises telles que Carbon Engineering sont si importantes, explique l’économiste spécialisé en énergie Mark Jaccard. L’utilisation du CO2 pour fabriquer des produits commercialisables doit contribuer à financer la mise à niveau massive de la technologie pour éliminer le CO2 et l’injecter de manière permanente dans le sous-sol.

« On doit trouver un produit que l’on pourra fabriquer jusqu’à ce que l’humanité soit prête à l’utiliser pour sa véritable raison d’être, qui est de capturer et d’enterrer le carbone », a déclaré M. Jaccard, de l’Université de la Colombie-Britannique.

Carbon Engineering extrait déjà du CO2 de l’air et le transforme en carburant dans son usine pilote de Squamish, en Colombie-Britannique. À Halifax, CarbonCure Technologies injecte du CO2 dans le béton.

De nombreuses entreprises injectent déjà du CO2 dans le sol pour forcer plus de pétrole à la surface – une mesure qui, si elle est bien réalisée, peut constituer une activité carboneutre. D’autres entreprises utilisent le gaz pour créer des produits chimiques utiles, des nanotubes de carbone ou des plastiques.

« Il y a un certain nombre de technologies que nous essayons de faire progresser », a indiqué Wes Jickling, de la Canadian Oilsands Innovation Alliance. Le groupe participe à la gestion du Carbon XPrize, un prix de 20 millions $ pour la meilleure conversion de CO2 en un produit commercialisable.

Le marché de ces produits est estimé à 1000 milliards $ par année.

La question est de savoir si cela est suffisant pour stimuler l’innovation et la construction assez rapidement pour commencer à réduire le CO2 atmosphérique avant que le réchauffement ne dépasse 1,5 degré Celsius. Ce niveau risque d’être atteint dans un peu plus d’une décennie, selon le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat des Nations unies.

La technologie d’enfouissement du carbone, connue sous le nom de séquestration, est bien connue et est utilisée sur des sites à grande échelle en Alberta et en Saskatchewan. Mais en 2018, la British Royal Society a constaté que le rythme de construction de telles installations devait être accéléré au moins 100 fois pour atteindre l’objectif climatique de l’ONU.

La fabrication de produits à partir de CO2 crée également ce qui est connu dans les cercles climatiques comme l’alibi moral. Si nous pouvons aspirer le gaz de l’air, pourquoi s’embêter à en émettre moins ?

Nous ne pouvons pas compter sur une solution miracle pour nous sauver, fait valoir Jason Switzer, directeur de l’Alberta Clean Technology Industry Alliance.

« Il ne fait aucun doute que nous ne pouvons pas différer les choix difficiles », a-t-il souligné.

Le monde doit émettre beaucoup moins de carbone et en retirer une grande partie déjà présente dans l’atmosphère, a martelé M. Jaccard. Construire une industrie basée sur l’élimination du CO2 dans l’air est le meilleur moyen de développer des moyens peu coûteux et efficaces de le faire.

« Les gens doivent trouver les moyens d’obtenir suffisamment de soutien pour ces technologies dont ils savent que nous allons avoir besoin », a-t-il souligné.