Michael Sabia, le président et chef de direction de la Caisse de dépôt et placement du Québec, a indiqué que contrairement à 2008, lors de la crise financière, le gestionnaire de régimes de retraite a désormais de la flexibilité et les liquidités nécessaires pour profiter d’un repositionnement du marché.

La Caisse de dépôt prête pour une correction

Bien qu’elle ait réalisé sa meilleure performance en quatre ans grâce à un rendement de 9,3 %, la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ) estime que les marchés sont plus fragiles, ce qui ouvre la porte à une correction.

Selon son président et chef de la direction, Michael Sabia, les gains boursiers des dernières années sont davantage attribuables aux prévisions plutôt qu’aux résultats concrets des entreprises, ce qui peut rendre les marchés plus vulnérables à une hausse inattendue des taux d’intérêt ou des risques géopolitiques.

Néanmoins, celui-ci estime que le portefeuille plus résilient de la Caisse ainsi que sa stratégie axée sur les résultats à long terme permettraient au bas de laine des Québécois de tirer profit d’une éventuelle correction boursière.

«Advenant une correction, et Dieu seul est capable de la prévoir, nous serons prêts», a-t-il expliqué, mercredi, au cours d’une conférence de presse visant à faire le point sur la performance de la CDPQ en 2017.

Contrairement à la crise financière de 2008, le gestionnaire de régimes de retraite a désormais de la flexibilité et les liquidités nécessaires pour profiter d’un repositionnement du marché, a fait valoir son grand patron.

M. Sabia a souligné le risque d’une augmentation plus accélérée des taux d’intérêt aux États-Unis afin d’atténuer les pressions inflationnistes.

De plus, estime-t-il, le Canada doit éviter une réaction impulsive à la baisse du taux d’imposition des sociétés américaines et continuer à agir raisonnablement dans le cadre des litiges commerciaux en vigueur avec son voisin du sud.

«Je ne crois pas qu’il est urgent d’apporter des modifications au système fiscal canadien», a affirmé le dirigeant de la CDPQ.

Performance satisfaisante

Malgré des «marchés en transition» découlant d’une croissance mondiale synchronisée et des inquiétudes liées au resserrement des politiques monétaires en raison de craintes liées aux pressions inflationnistes, M. Sabia s’est montré satisfait du rendement de la dernière année, qui a dépassé d’un dixième de point de pourcentage l’indice de référence de 9,2 %.

«Pour 2017, le portefeuille a réagi presque exactement comme prévu», a-t-il affirmé.

Sur un horizon de cinq ans, le rendement annualisé de l’institution s’est élevé à 10,2 %, ce qui, d’après M. Sabia, permet à l’institution d’atteindre ses objectifs à long terme.

En date du 31 décembre, l’actif net de la Caisse atteignait 298,5 milliards $, ce qui constitue une progression de 27,5 milliards $ sur un an.

Au total, deux des trois principales catégories d’actifs du gestionnaire de régimes de retraite ont dépassé leur indice de référence.

Le secteur des actions a progressé de 13,6 %, avec un résultat d’environ 17,6 milliards $, alors que l’indice de référence était de 13,3 %. Du côté du revenu fixe, la performance a été de 3,5 %, ou 3,1 milliards $, soit 0,7 point de pourcentage de plus que l’indice de référence.

En ce qui a trait au rendement des actifs réels - comme les immeubles et les infrastructures -, le rendement s’est établi à presque 4 milliards $, ou 8,7 pour cent. Toutefois, l’indice de référence était fixé à 9 pour cent.

Pour 2017, les rendements des déposants de la CDPQ, comme la Régie des rentes, les employés du secteur public et la Société de l’assurance automobile du Québec, ont oscillé entre 8 % et 10,9 %.

La Caisse dit avoir poursuivi sa diversification à l’international au cours des cinq dernières années grâce à de nouveaux investissements totalisant 105 milliards $. Au total, 190 milliards $ de son actif sont déployés à l’étranger.

Ciment McInnis

Quant à sa présence au Québec, l’institution dit avoir procédé à des investissements de 6,7 milliards $ l’an dernier, pour faire passer à 63,4 milliards $ son empreinte sur l’économie de la province.

«Depuis trois ou quatre ans, nous avons complètement restructuré notre stratégie avec l’objectif de mettre un accent sur le secteur privé, a dit M. Sabia. Selon nous, c’est le moteur du développement économique et de la croissance.»

Environ 2 milliards $ ont été investis par l’entremise de placements privés, dont 395 millions $ dans Cogeco Communications, 350 millions $ dans Alimentation Couche-Tard et 350 millions $ dans Osisko.

Par ailleurs, le premier vice-président Québec, Christian Dubé, a confirmé que la Caisse était en train d’évaluer ce qu’il adviendrait de sa participation dans la cimenterie de Ciment McInnis, inaugurée en septembre dernier et dont la facture a dépassé 1,5 milliard $.

«Il y a une douzaine de partenaires qui ont signé une entente de confidentialité», a-t-il dit, en réponse à une question.

M. Dubé a rappelé que l’objectif de la CDPQ n’était pas d’être l’exploitant d’une cimenterie. Avant de prendre une décision, l’institution souhaite compléter la construction d’un terminal de distribution situé dans le Bronx, à New York, ce qui devrait être fait en juin. 

+

PROJET DU REM: LA CDPQ SE DÉFEND D'AVOIR LAISSÉ TOMBER BOMBARDIER

La Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ) se défend d’avoir laissé tomber Bombardier dans le projet du Réseau électrique métropolitain (REM) en rappelant qu’elle avait «sauvé l’entreprise» grâce à son investissement de 1,5 milliard $US dans la division de matériel roulant de l’entreprise en 2015.

En agissant de la sorte, le bas de laine des Québécois a démontré l’importance de son appui à l’endroit de Bombardier et de ses employés, a estimé mercredi le président et chef de la direction de l’institution, Michael Sabia, en marge du dévoilement des résultats annuels.

«Franchement, grâce à cet investissement, nous avons sauvé la société, a-t-il lancé. Nous avons démontré l’importance de notre appui pour Bombardier et tous leurs employés.»

La Caisse avait acquis 30 % de Bombardier Transport en novembre 2015 quelques semaines après que le gouvernement Couillard eut injecté 1 milliard $US dans le programme de la C Series alors que Bombardier éprouvait de sérieuses difficultés financières.

M. Sabia était interrogé sur le dossier du REM alors que la multinationale québécoise a été coiffée par un consortium formé par Alstom et SNC-Lavalin pour la fourniture de matériel roulant, ce qui soulève d’importantes inquiétudes pour les 600 employés de l’usine de Bombardier Transport située à La Pocatière, dans le Bas-Saint-Laurent.

Faute de nouvelles commandes, près de la moitié de ces travailleurs pourraient perdre leur gagne-pain dès l’automne puisque le contrat pour les 468 voitures Azur du métro de Montréal sera complété en novembre.

Il n’y avait aucune exigence de contenu local dans le cadre des appels d’offres pour le projet de train électrique évalué à 6,3 milliards $ et dans lequel la CDPQ injectera 2,95 milliards $.

Bien que la Caisse soit un investisseur de Bombardier, en tant que gestionnaire du projet du REM, la responsabilité du gestionnaire de régimes de retraite était d’avoir «le meilleur projet au meilleur prix» pour répondre aux besoins des usagers, des déposants et des citoyens, a affirmé M. Sabia.

«Avec nos deux chapeaux, je pense que nous avons démontré un appui important à une société importante, et avec notre autre responsabilité, nous avons respecté toutes les règles du processus d’appel d’offres», a analysé le dirigeant de la Caisse.

Pas les mains vides

Même si Bombardier Transport a été écartée du REM, le premier ministre Philippe Couillard avait affirmé que La Pocatière ne se retrouverait pas les mains vides, faisant miroiter de nouveaux contrats en citant par exemple l’expansion du métro de Montréal et le projet de tramway à Québec.

Cela n’a toutefois pas été suffisant pour rassurer les travailleurs, élus et fournisseurs de la région de La Pocatière, qui ont exigé cette semaine une rencontre d’urgence avec M. Couillard pour faire le point.

Par ailleurs, puisque les ententes n’ont pas encore été finalisées avec les entreprises retenues pour les contrats du REM, M. Sabia a affirmé qu’il ne pouvait dire à quel endroit se fera l’assemblage des voitures. Alstom, qui exploite une usine à Sorel-Tracy, refuse également pour l’instant de dire où elle compte réaliser le travail.

Le grand patron de la Caisse a également estimé que l’une de ses meilleures décisions en 2017 était d’avoir rejeté en novembre les soumissions reçues pour le projet du REM, qualifiant ces dernières de «très problématiques».

«Nous avons été en mesure de trouver des solutions qui ont permis de sauver le projet parce que nous n’aurions pas pu aller de l’avant avec ce qui avait été reçu en novembre», a-t-il affirmé.