Sur cinq ans, le rendement du bas de laine des Québécois atteint 10,2 %, soit 1,1 point de pourcentage de plus que son indice de référence.

La Caisse de dépôt affiche sa moins bonne performance en cinq ans

La Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ) a une fois de plus battu son indice de référence en 2016, mais cela n'a pas empêché le bas de laine des Québécois d'afficher sa moins bonne performance annuelle en cinq ans en dégageant un rendement de 7,6% - soit 18,4 milliards $.
Mais dans un contexte de montée du protectionnisme et de risques géopolitiques élevés - notamment avec l'élection de Donald Trump aux États-Unis et la décision du Royaume-Uni de quitter l'Union européenne - la CDPQ a continué de jouer de prudence afin de bâtir un portefeuille «tout terrain» capable d'être stable et résilient.
«La Caisse n'est pas immunisée des marchés, a affirmé vendredi, en conférence de presse, son président et chef de la direction, Michael Sabia. Nous avons trouvé des bonnes façons de mitiger ces impacts, mais nous ne sommes pas immunisés.»
Le rendement en 2016 de l'investisseur institutionnel - dont l'actif net se chiffre à 270,7 milliards $ - a surpassé son indice de référence, fixé à 5,8%. L'an dernier, la performance avait été de 9,1%.
Bien que les marchés boursiers aient poursuivi leur progression malgré la situation géopolitique à l'échelle mondiale, M. Sabia a estimé qu'il y avait une «complaisance relative» à l'égard des marchés, ce qui, à son avis, justifie sa stratégie prudente.
«Est-ce qu'il va y avoir une vague de protectionnisme? Certains disent oui. Si ce scénario devait se produire, il s'agirait d'une grande menace pour la croissance économique mondiale déjà faible», a dit le pdg de la Caisse, dont le mandat vient d'être prolongé jusqu'en 2021.
Stratégie «différente»
Le dévoilement des résultats annuels de la Caisse coïncidait avec celui d'OMERS - le régime de retraite d'un demi-million d'employés municipaux de l'Ontario - qui affiché un rendement net de 10,3% pour 2016, ce qui a dépassé son indice de référence de 7,9%.
Questionné à ce sujet, M. Sabia a répondu qu'OMERS avait une stratégie «différente» qui a profité de la reprise sur les marchés canadiens.
«La nôtre est de diversifier les sources de rendement, a affirmé le grand patron de la Caisse. Notre exposition au Canada est d'environ 41%, donc [la majorité] de notre portefeuille est investie à l'extérieur. Pour nous, c'est le long terme qui compte. Ce n'est pas la performance d'une année à l'autre.»
M. Sabia a de plus souligné que sur cinq ans, le rendement de la CDPQ atteint 10,2% - soit 1,1 point de pourcentage de plus que son indice de référence -, ce qui représente une meilleure performance qu'OMERS.
À Montréal, le ministre des Finances, Carlos Leitão, a lui aussi préféré souligner la performance quinquennale de la Caisse.
«En 2016, l'appréciation du dollar canadien a ralenti l'appréciation des placements de la CDPQ à l'étranger», a-t-il expliqué, en point de presse, se disant «très satisfait» du rendement annuel de 7,6%.
Performance sectorielle
Au total, les trois grandes catégories d'actifs de l'investisseur institutionnel ont dépassé leur indice de référence.
Les actions ont progressé de 10,4%, avec un résultat de 12,3 milliards $. Le portefeuille d'actions canadiennes s'est particulièrement démarqué, avec un rendement de près de 23%. Le tiers de ce segment est composé de compagnies canadiennes, comme Alimentation Couche-Tard (TSX:ATD.B), Gildan (TSX:GIL) et Groupe CGI (TSX:GIB.A).
Le rendement des actifs moins liquides - comme les immeubles et les infrastructures - a été de 10,6%, ou de 4,4 milliards $.
Du côté du revenu fixe, l'année a été plus difficile avec une performance de 2,9%, ou 2,3 milliards $. L'élection de M. Trump a provoqué une hausse des taux et une diminution de la valeur des obligations, ce qui est venu peser sur les rendements.
Pour l'année 2016, les rendements des déposants de la CDPQ - comme la Régie des rentes, les employés du secteur public et la Société de l'assurance automobile du Québec - ont oscillé entre 6,3% et 8,2%.
Au cours des prochaines années, l'investisseur institutionnel désire que son exposition aux actifs moins liquides passe à 35%, comparativement à environ 28% actuellement, a dit M. Sabia. Cet objectif devrait être atteint en réduisant la taille du portefeuille à revenu fixe.
Présence québécoise
Quant au Québec, les actifs de la Caisse totalisaient 58,8 milliards $, soit un peu moins que les 59,7 milliards $ d'il y a un an. Cela s'explique par sa volonté de délaisser les obligations gouvernementales afin de favoriser les investissements privés dans les entreprises, qui représentent actuellement environ 63% de ses actifs québécois.
«C'est une façon d'encourager l'économie du Québec et de générer des rendements, a analysé M. Sabia. Le défi n'est pas la disponibilité du capital, mais dans l'expertise de trouver des façons d'accompagner des PME pour faciliter leur croissance et encourager leur internationalisation.»
En 2016, l'investisseur institutionnel a investi dans des entreprises comme Moment Factory, Fix Auto ainsi que le groupe Lasik MD.
«Pour Fix Auto, nous souhaitons que l'entreprise devienne le Couche-Tard [de la carrosserie], a souligné le premier vice-président pour le Québec, Christian Dubé, pour illustrer l'accompagnement fourni par la Caisse. Il y a actuellement environ 2000 points de service, l'objectif est d'en avoir 10 000.»


Rendement annuel de la CDPQ
• 2015: 9,1%
• 2014: 12%
• 2013: 13,1%
• 2012: 9,6%
• Rendement sur cinq ans: 10,2%