André Kirouac (à droite) a eu l’idée de fonder Club Jouet au début des années 1990. Le commerce ouvre d’abord ses portes de manière saisonnière en 1992, mais dès 1993, un magasin entrepôt accessible à longueur d’année fut ouvert. Aujourd’hui, c’est avec son fils Marc-André qu’il gère son entreprise.

Kirouac: 130 ans de commerce dans le sang

Le Soleil fêtait ses 120 ans en 2017. Dans la région de Québec, plusieurs autres entreprises peuvent se vanter d’avoir atteint et même dépassé cet âge vénérable. Nous vous présentons aujourd’hui le dernier reportage de cette série centenaire.

La famille Kirouac de Québec, celle derrière les boutiques de jouets de Québec qui ont eu pignon sur rue pendant les années 1880 jusqu’à aujourd’hui avec Club Jouet, a la fibre entrepreneuriale dans leur génétique même avant 1888.

Ces 130 ans dans le commerce de détail qui ont commencé sur la rue Saint-Pierre par le commerce des grains et de la farine avec le père de Joseph-Arthur Kirouac. Ce dernier, peut-on lire dans les archives de la famille, s’est associé à Odilon Pruneau pour fonder la maison Pruneau et Kirouac. Le commerce vendait articles religieux, des livres, des articles de bureau, de la papeterie, des jeux, même «de la bimbeloterie», lisait-on dans les annonces à la fin des années 1800 pour parler commerces des bibelots.

Et les archives qui parlent aussi d’une légende, celle d’un trésor bien caché depuis les débuts de la Nouvelle-France alors que le premier Kervoach arrivait ici. Trésor qui n’a jamais été découvert, précise-t-on.

En parlant avec André, le président actuel de la compagnie, et avec son fils Marc-André, directeur des opérations qui prendra la relève un jour, force est de constater que le trésor de la légende des Kirouac semble être le sens inné du commerce de cette famille.

Après le grain et la farine, les commerçants Kirouac ont vendu des objets religieux, chapelets, statues, images saintes, à la demande des autorités religieuses. Et comme la traversée entre la France et le Québec à l’époque mettait des semaines, ils se sont mis à vendre aussi des objets et des jouets fabriqués et sculptés par les marins pendant les longues semaines de la traversée, raconte André Kirouac en se remémorant les histoires de la famille.

Les dirigeants des trois premières générations de Kirouac sont morts avant d’atteindre la soixantaine. Même les trois premiers magasins ont été incendiés, de sorte que les commerces devaient renaître de leurs cendres pour que la tradition se perpétue.

Et les incendies ont fait leur œuvre néfaste aussi en 1971 lorsque le magasin de Limoilou est détruit par le feu, peut-on lire dans les journaux de cette époque. Guy, le père d’André, reconstruira une boutique plus grande encore.

«Mon père travaillait avec son oncle Marcel pour le magasin de Place Sainte-Foy, explique André. Nous étions à Sainte-Foy, là ou se trouve le centre commercial dans une boutique du grand marché avant la construction du centre commercial. Mon père était constamment sur la route à parcourir la province comme représentant pour la famille. Ma mère a voulu avoir son commerce elle aussi.»

Lorsque son père est décédé, sa mère a dirigé les affaires familiales, mais André se souvient d’un conseil de famille à l’époque, ses oncles et sa mère ont pris la décision de lui confier la direction de l’entreprise familiale. «Ce n’était pas dans mes plan, souligne-t-il. Je travaillais en foresterie pour CIP, en 1975. Ma mère m’a fait revenir à Québec et j’ai changé de carrière.»

Aujourd’hui, il songe à la retraite. Son fils Marc-André devrait prendre la relève. Mais comme son père avant lui, le commerce de détail n’était pas dans ses plans de carrière. «Je travaillais dans le Grand Nord comme opérateur de machinerie lourde. Depuis trois ans, je suis revenu dans les affaires de la famille», affirme-t-il avec un regard démontrant que le changement de plan lui sourit.

Histoire de jouets
En discutant des orientations prises au fil des ans, la création de boutiques un peu partout au Québec, à Québec, Montréal, Chicoutimi, Sainte-Marie, Thetford, jusqu’à la fermeture de la dernière boutique aux Galeries de la Capitale en 2013, André Kirouac lance : «Saviez-vous que les camions Tonka et les compagnies comme Mattel et Hasbro ont vu le jour après la Seconde Guerre mondiale ? Dans les usines qui fabriquaient des chars d’assaut et des camions militaires, les constructeurs se sont mis à fabriquer des jouets pour les enfants. C’est comme cela que ces grandes compagnies de jouets ont vu le jour», explique-t-il

L’entreprise a vécu de longues périodes de prospérité jusqu’à ce que les magasins à grande surface commencent à lorgner vers Québec. Il fallait réagir, avance André Kirouac. L’idée de fonder Club Jouet nait au début des années 1990 et le commerce ouvre ses portes de manière saisonnière dans les locaux de Club Piscine en 1992 pour tester le marché. «On faisait 50 % de notre chiffre d’affaires pour le temps de Fêtes», se souvient-il.

Les deux entités avaient leur saison forte. Puis, se fut l’ouverture à longueur d’année du magasin entrepôt, en 1993, pour faire face à la concurrence de Club Price, de Toy’R’Us et des autres. Mais aussi le début de la fermeture des petites boutique les unes après les autres jusqu’à la dernière à l’été 2013 alors qu’André se résigne à mettre la clé sous la porte. Les taxes municipales avaient quintuplé. Si le magasin avec la signature Kirouac disparaissait, la famille restait en affaire.

Quelques années avant, les Kirouac, habitués à distribuer leur marchandise dans leurs commerces, décident crée une division sous l’appellation Kirouac importation et distribution. Ainsi, la tradition familiale de commerçants ne s’éteignait pas, même si la signature Kirouac disparaissait devant les yeux du public.

Le magasin Kirouac de Limoilou. Il fut détruit par un incendie en 1971.

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PERSPECTIVES POUR LES JEUX ET LES JOUETS

Q    Quel diagnostic posez-vous sur l’industrie du jeu et des jouets ?

R    L’industrie se porte généralement bien. Il y a eu une période un peu plus difficile entre 1980 et 1984, mais tout le monde s’en est bien sorti, explique André Kirouac. Même dans la période de la crise financière des années 2000, les années ont été profitables, ajoute Marc-André.
Q    Le problème que le Québec pourrait vivre dépend du marché international francophone. Si la France et les autres pays n’aiment pas tel ou tel jeu, ce sera quasiment impossible d’avoir une version française pour un marché aussi petit que celui du Québec.
R    Comparativement au reste du Canada, les intérêts dans les jeux et les jouets sont assez différents. «Au Québec, nous somme des Latins et Noël fait partie des traditions», continue André Kirouac, mais Vancouver avec la population asiatique nombreuse, Toronto avec les immigrants de l’Inde ou du Pakistan, les traditions judéo-chrétiennes n’ont pas beaucoup de sens. Car «c’est dans La période des Fêtes que nous réalisons la majorité de nos ventes».
Le marché du Québec représente 33 % des ventes dans l’industrie. Le Canada ne compte que pour 10 % du marché dans l’Amérique du Nord pour les jeux et les jouets.
   Quels sont les projets d’avenir pour Kirouac et Club Jouet?
R    Ce sera de prospérer en étant à l’affût des nouveautés, répond André Kirouac. «Il faut continuer de s’adapter aux demandes des consommateurs, à ce qu’ils désirent.»
Dans cet esprit, Marc-André prend le relais en manifestant un intérêt pour le commerce en ligne. «On ne fait pas beaucoup d’argent avec les achats sur le Web, mais il faut être présent dans cette nouvelle tendance du commerce », expose-t-il. Avec un commerce qui pignon sur rue et la présence sur le Web, il estime être en mesure de répondre aux demandes de la clientèle.
Q    Quelle est la recette du succès dans votre entreprise?
R    C’est notre capacité de savoir nous adapter selon les époques, soutient André Kirouac. «Au début nous avions des objets religieux et la papeterie, incluant des jouets. Les objets religieux sont disparus vers la fin des années les années 1970 et nous avons suivi le virage.»
Il y a eu les nombreuses boutiques dans les villes, dans les quartiers, puis l’installation dans les centres commerciaux. Ensuite, les grandes surfaces sont venues bouleverser le marché.
«Lorsque nous avons pressenti ce virage avant l’arrivée de Club Price [Costco aujourd’hui], nous avons pris les devants avec notre propre magasin-entrepôt. Et nous avons eu raison », ajoute celui qui incarne la quatrième génération de Kirouac dans le monde des jouets.
Q    Quelles sont les perspectives dans votre secteur de marché?
R    Même si les jeux et les jouets sont vendus principalement dans le temps des Fêtes, Marc-André Kirouac estime que les perspectives sont bonnes.
«Il y aura toujours des enfants», lance-t-il mi-sérieux mi-moqueur. «Alors, notre commerce va continuer longtemps!»
Son père ajoute, lui qui a vu les périodes d’abondances et celles des crises, qu’au moment des ralentissements économiques, même des mises à pied massives dans les différentes régions, si les parents n’ont pas les sous pour les cadeaux de Noël à cause des pertes d’emploi, ce sont les grands-parents qui prennent la place, ou d’autres membres de la famille qui achètent les cadeaux. «On ne laisse jamais un enfant sans cadeau à Noël», confie-t-il. Il en veut pour preuve la crise du début des années 2000, une période qui fut très profitable malgré l’incertitude économique majeure.