Haute fonctionnaire de carrière dans l'administration publique fédérale, Jocelyne Bourgon entrevoit son rôle à la présidence du conseil d'administration d'iA Groupe financier comme une sorte de «gestionnaire d'interfaces». Elle est ici accompagnée par le président et chef de la direction d'iA, Yvon Charest.

Jocelyne Bourgon, première femme à la tête du C.A. d'iA Groupe Financier

Pour son 125e anniversaire, Industrielle Alliance sort des sentiers battus. Pour la première fois, une femme préside son conseil d'administration.
Son rôle de «pionnière», Jocelyne Bourgon commence à s'y faire.
Et à se plaire!
Haute fonctionnaire de carrière dans l'administration publique fédérale, elle avait été nommée, en 1994, greffière du Conseil privé et secrétaire du cabinet. En des termes plus clairs, sous-ministre du premier ministre de l'époque, Jean Chrétien. La fonctionnaire numéro un de l'imposante machine administrative du gouvernement fédéral.
Un poste stratégique qu'elle a occupé jusqu'en 1999 avant d'aller présider le Centre canadien de gestion, puis devenir ambassadrice du Canada auprès de l'OCDE. Jocelyne Bourgon a aussi été à la tête du Comité d'experts de l'ONU sur l'administration publique. 
Elle est aujourd'hui présidente et chef de la direction de Gouvernance publique internationale, un organisme qui se consacre à améliorer la capacité des organisations et institutions publiques à relever les défis du XXIe siècle. En tant qu'experte en matière de gouvernance et de réformes du secteur public, elle conseille les gouvernements de plusieurs pays à travers le monde.
Parité hommes-femmes
Au conseil d'administration d'Industrielle Alliance (iA Groupe financier), la parité entre les hommes et les femmes est chose faite. Ou presque. Huit hommes, incluant Yvon Charest, le président et chef de la direction, et sept femmes.
«Il y a eu manifestement un effort délibéré de la part de l'entreprise. Ça n'arrive pas tout seul, ces affaires-là», confie Jocelyne Bourgon, qui siège au conseil d'administration de la compagnie d'assurances et des services financiers depuis 2014.
La question est de mise.
Juge-t-elle que les organisations accordent suffisamment de place aux femmes dans les postes stratégiques au sein des équipes de direction ou des conseils d'administration?
«Au Canada, nous pouvons être fiers des progrès qui ont été réalisés. Le Canada a été le premier parmi les plus grands pays industrialisés à avoir une femme à la tête de son administration publique», explique Mme Bourgon. Après elle, une autre femme, Janice Charette, a occupé le poste de greffière du Conseil privé et secrétaire du cabinet de 2014 à 2016 sous le règne de Stephen Harper. «Une fois qu'une femme parvient à franchir ce premier pas, tout le monde trouve ça normal que d'autres l'imitent.»
Nombreux sont ceux et celles qui trouvent que les entreprises et les institutions pourraient se grouiller davantage pour permettre aux femmes d'accéder à des postes de niveau supérieur.
«C'est certain, il faut que les choses changent. En même temps, il faut prôner la patience en ce qui a trait à leur présence au sein des conseils d'administration des sociétés», explique Jocelyne Bourgon en précisant qu'il faut laisser le temps aux femmes diplômées - et elles sont de plus en plus nombreuses - d'acquérir de l'expérience nécessaire en gestion.
Elle aime rappeler qu'il n'y a pas si longtemps encore l'accès aux études supérieures pour les femmes n'était pas aussi facile qu'aujourd'hui.
Valeurs de gouvernance
Son rôle à la présidence du conseil d'administration d'iA Groupe financier, Jocelyne Bourgon l'entrevoit comme une sorte de «gestionnaire d'interfaces». 
«Je dois contribuer à l'émergence d'un consensus au sein du conseil d'administration qui est en interaction avec Yvon Charest et l'équipe de direction. Deux plaques dynamiques qui campent des rôles différents, mais convergents», résume celle qui se fait un point d'honneur, depuis son arrivée chez iA Groupe financier, de rencontrer le plus grand nombre de dirigeants possible. «Chaque rencontre, pour moi, fait partie d'un cycle d'apprentissage.»
Évidemment, l'intégrité, la cohérence, la reddition de comptes et la transparence font partie des valeurs de gouvernance qui sont chères à Jocelyne Bourgon.
Il faut ajouter à ces incontournables, la compétence et la confiance. «Une équipe forte n'est pas composée seulement d'individus forts. Une équipe forte, c'est une combinaison de talents qui, ensemble, mettent l'épaule à la roue. Dans une équipe extraordinaire, est-ce que tout le monde est extraordinaire de la même façon? Non. Une équipe extraordinaire, c'est une diversité de perspectives, de talents et de savoir qui, ensemble, font de la magie», insiste celle qui prend la relève de John LeBoutillier. Ce dernier présidait le conseil d'administration depuis 2005. 
«La confiance au sein d'un conseil d'administration, c'est fondamental. Ça se gagne tout le temps. La confiance, ce n'est jamais aveugle. Se poser des questions, les uns et les autres, ce n'est pas un manque de confiance ou de respect. C'est un signe d'une volonté de bâtir des relations fortes.»
Salaires : Éviter les «formules toutes faites»
En ce qui a trait à la rémunération des administrateurs et des hauts dirigeants, Jocelyne Bourgon ne fait pas confiance aux «formules toutes faites» comme celle voulant que le traitement des patrons ne dépasse pas le salaire moyen de leurs employés d'un tel taux de pourcentage. «Je me méfie des formules simples à des situations complexes.»
Pour elle, la rémunération des dirigeants doit évidemment se baser sur la performance financière de la société, mais ne doit pas occulter l'obligation d'offrir un traitement concurrentiel afin de pouvoir attirer les meilleurs talents et d'assurer le maintien de l'équité interne en matière salariale.
L'écart de rémunération entre les patrons et les employés ne se creuse pas à iA Groupe financier, assure Jocelyne Bourgon.
Jeudi, à l'occasion de l'assemblée annuelle des actionnaires, la compagnie d'assurance et des services financiers a même eu droit aux éloges du Mouvement d'éducation et de défense des actionnaires (MÉDAC), qui traque les entreprises qui démontrent une générosité excessive à l'égard de leurs dirigeants.
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Appel à stopper le «détournement» des contrats d'assurance
L'Industrielle Alliance (iA Groupe financier) et l'ensemble des compagnies d'assurances de personnes piaffent d'impatience de voir le gouvernement dépoussiérer la législation encadrant l'industrie des services financiers.
La fin de session à l'Assemblée nationale approche à grands pas, tient à rappeler le président et chef de la direction d'IA Groupe financier, Yvon Charest.
«Le projet de loi omnibus sur les lois financières est rédigé et prêt à passer à l'étape de l'adoption par les parlementaires. Allons, il est temps de franchir cette étape!» déclare le grand patron de la compagnie d'assurances et de services financiers de Québec.
Estimant que la mise à jour législative accuse déjà deux ans de retard, l'industrie multiplie les interventions auprès des cabinets du ministre des Finances, Carlos Leitão, et du premier ministre, Philippe Couillard, pour faire bouger la machine législative.
«Nous comprenons que la grève des juristes de l'État a bousculé l'agenda du gouvernement, mais nous insistons sur l'urgence d'agir», plaide Yvon Charest.
Entre autres, le projet de loi omnibus sur les lois financières va encadrer les conditions par lesquelles les assureurs pourront vendre leurs produits en ligne. Il va aussi alléger le cadre juridique des sociétés québécoises et faire en sorte qu'elles pourront se battre à armes égales avec les compagnies d'assurances et les banques à charte fédérale.
«Aussi», insiste Yvon Charest, «la loi va bloquer le rachat des polices d'assurance vie par des tiers à des fins commerciales et spéculatives. La cession de police à escompte est déjà interdite dans six provinces canadiennes. La Saskatchewan s'apprête à passer à l'action. Le Québec pourrait se retrouver la seule grande province au pays à tolérer le détournement des contrats d'assurance.»
L'Association canadienne des compagnies d'assurances de personnes (ACCAP) parle d'un phénomène «émergent» dans la Belle Province. Les promoteurs ciblent notamment les personnes âgées.
«Le promoteur prétend offrir au titulaire de la police d'assurance la possibilité de monnayer de son vivant la valeur de la police en lui offrant un montant légèrement plus élevé que la valeur de rachat lorsqu'il y en a une, mais certainement moindre que celui du capital-décès. Plus l'assuré décède rapidement après l'achat de la police par le promoteur, plus l'achat sera rentable», explique l'ACCAP.
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Surprise de 1,3 milliard $
La pilule est difficile à avaler pour les compagnies d'assurances.
Dans son budget 2016-2017, le gouvernement Couillard leur réservait une petite surprise : l'imposition d'une taxe compensatoire sur les primes d'assurances.
«La mesure devait être temporaire. C'était, en quelque sorte, la contribution de l'industrie à l'effort exigé pour mettre de l'ordre dans les finances publiques», explique Yvon Charest. 
Or, dans son budget 2017-2018, le ministre des Finances, Carlos Leitão, cachait une autre surprise aux assureurs. 
La taxe compensatoire, qui devait être réduite à 0,30 % des primes d'assurance à compter du 31 mars 2017, est maintenue à 0,48 % jusqu'au 31 mars 2022. Elle sera ensuite réduite à 0,30 % des primes à compter seulement du 1er avril 2022 au 31 mars 2024. Elle devrait, normalement, prendre fin par la suite.
«Au total, pour l'industrie, ça va nous coûter 1,3 milliard $», informe M. Charest. Seulement pour les trois premiers mois de l'exercice financier 2017, la mesure a coûté près de 5 millions $ en taxes additionnelles pour iA Groupe financier.
Selon Yvon Charest, le gouvernement avait besoin d'une source de revenus pour financer les allégements qu'il avait promis ailleurs. Il l'a trouvé dans la cour des assureurs.
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iA Groupe Financier en bref...
1892 : Année de fondation d'Industrielle Alliance
2000 : Inscription à la Bourse de Toronto
4 000 000 de clients
5500 employés
5,7 milliards $ de capitalisation boursière