Investissement Québec voit chuter depuis 2012 la valeur des actions acquises dans les sociétés pétrolières actives en Gaspésie.

Investissement Québec: les placements pétroliers en chute libre

CARLETON — Selon une compilation effectuée par le groupe écologiste Environnement vert plus, les placements d’Investissement Québec dans les entreprises pétrolières évoluant en Gaspésie ont perdu 92,24 % de leur valeur boursière depuis 2012. La valeur a été compilée le 7 novembre.

La perte de valeur totalise au moins 21 107 150 $, soit 11 589 690 $ pour les actions acquises de Pétrolia, et 9 517 460 $ pour les actions acquises de Junex. Pétrolia a plus tard été acquise par la firme albertaine Pieridae, tandis que Junex a d’abord été acquise par Cuda Pétrole et Gaz, une autre société albertaine dont l’actif québécois, et non les actions, a été acheté en septembre par Ressources Utica.

Une somme de 12 881 800 $ a été investie en actions dans la firme Pétrolia-Pieridae. Une première tranche de 10 millions $ a été injectée en mai 2012, pour les projets d’exploration Haldimand et Bourque, et Investissement Québec a acquis un second bloc d’actions valant 2 881 800 $ en septembre 2015, associé au projet Bourque. Mercredi, ces actions valaient 1 292 110 $, soit 10,03 % de leur valeur à l’achat.

Le cas de Junex-Cuda est pire, selon Pascal Bergeron, qui milite depuis des années pour que le bras financier de l’État québécois retire ses mises dans le secteur pétrolier gaspésien.

«Investissement Québec a injecté deux tranches de 5 millions $, une en 2012 et une en 2015, dans les projets de Junex à Galt. L’action valait encore 4 $ quand Cuda a acheté Junex [en juin 2018]. L’action vaut 38 cents. Les 10 millions $ valent 482 460 $ aujourd’hui», précise-t-il. C’est une perte de 95,18 % de la valeur initiale.

Environnement vert plus s’interroge aussi sur la valeur de deux autres placements d’Investissement Québec dans la filière pétrolière, à savoir 9 418 800 $ dans Pétrolia-Pieridae pour une quote-part dans le projet Bourque, un montant versé en septembre 2015 et mai 2016, de même que 8,4 millions $ de quote-part en août 2017 dans le projet Galt, de Junex-Cuda, ce projet maintenant mené par Ressources Utica. Une quote-part n’est pas du capital-actions, mais une proportion de participation dans un projet.

Exploitation par fracturation

«Dans le cas des 9,4 M$ de Pétrolia-­Pieridae à Bourque, l’argent a vraisemblablement été dépensé. Il y a eu deux forages et un forage coûte généralement autour de 5 M$. On ne connaît pas le pourcentage de la quote-part d’Investissement Québec dans le projet. L’autre élément, c’est que ce projet devra sans doute recourir à la fracturation pour qu’il y ait exploitation. Mais la fracturation ne jouit pas de l’acceptabilité sociale en Gaspésie. Donc, ou bien le gouvernement, par le biais d’Investissement Québec, retire son argent de ce projet, ou bien il force la réalisation d’un projet de fracturation pour espérer garder la valeur de son placement», analyse Pascal Bergeron.

Les pertes de valeur des placements d’Investissement Québec dans la filière pétrolière gaspésienne dépasseraient légèrement 30,5 M$ si cette mise de 9,4 M$ dans la propriété Bourque ne vaut plus rien.

Pascal Bergeron croit qu’Investissement Québec et sa filiale Ressources Québec peuvent encore sauver les 8,4 M$ de quote-part investis en 2017 dans le projet Galt, maintenant mené par Ressources Utica. La quote-part s’établit à 17,46% du projet.

«Il restait encore récemment environ 8,2 M$ de ce montant. Le gouvernement est sorti d’Anticosti et il peut sortir de Galt et récupérer une bonne partie de ses 8,4 M$. Un contrat, ça se rompt. Il est en mesure de briser ce contrat sans grande compensation […] Quand le projet sera amorcé, Investissement Québec devra suivre. Ces 8,4 M$ ne forment pas un montant fini. Disons qu’on aurait pu appuyer des beaux projets de développement régional en Gaspésie avec 30 M$», affirme M. Bergeron.

Capital de risque

Questionnée au sujet de la pertinence que le bras financier de l’État québécois reprenne ses quotes-parts et vende ses actions dans la filière d’hydrocarbures, la ministre responsable de la Gaspésie, Marie-Ève Proulx, s’est montrée prudente lors de sa dernière visite dans la région.

«On ne peut parler de pertes, car c’est un projet en construction», dit-elle, en faisant principalement référence au projet de Galt. Elle note que l’argent injecté par Investissement Québec est du capital de risque.

«Il y a un risque qu’on gagne, et un risque qu’on perde. Tous les projets seront analysés sous l’angle de l’acceptabilité sociale», ajoute-t-elle.

Pascal Bergeron précise qu’Investissement Québec devrait vendre ses actions de Cuda Energy pour une raison supplémentaire. «Ressources Utica n’a pas acquis d’actions de Cuda, mais bien son actif au Québec. Comme Cuda n’a plus l’intention de mener d’activités au Québec, et que les nouvelles règles interdisent à Investissement Québec d’injecter de l’argent dans des initiatives pétrolières hors du Québec, il serait judicieux de se débarrasser de ces actions de Cuda valant encore 482 460 $, avant qu’elles ne perdent encore de la valeur», conclut-il.

Une autre aventure pétrolière a coûté cher à l’État québécois, qui a dû verser un peu plus de 100 M$ aux firmes engagées dans l’exploration d’hydrocarbures à l’île d’Anticosti, à l’été 2017. Junex et Pétrolia-Pieridae étaient du nombre.