Gaston Bédard, directeur général du Conseil québécois de la coopération et de la mutualité, mentionne que l'intercoopération profite aux coopératives  en favorisant la mise en valeur du produit et du marché, tout en offrant un meilleur service aux membres et à la communauté.

Intercoopération: la force du groupe

L'intercoopération - ou la coopération entre coopératives - est un grand principe du modèle coopératif. Un principe, si louable soit-il, n'est pas toujours facile à concrétiser. Mais quand le tout est bien orchestré, l'intercoopération touche à l'essence même du mouvement coopératif qui, dès lors, prend une nouvelle ampleur.
Exit l'action en silo, on veut que le collectif devienne hyper-collectif. L'intercoopération, c'est un peu ça. C'est bien beau, entre coops, de s'apprécier et de se reconnaître, mais il faut aussi partager et s'entraider. Les fédérations de coopératives - pour les coops d'habitation par exemple - visent le partage d'idées, de bonnes pratiques, explique Luc Audebrand, professeur à la Faculté des sciences de l'administration de l'Université Laval, où il est un peu le «monsieur coop». «Mais il faut pousser plus loin, dit-il. Il faut favoriser les échanges et les partenariats, il faut se reconnaître en tant que mouvement et voir plus loin que les fédérations.»
 Selon Gaston Bédard, directeur général du Conseil québécois de la coopération et de la mutualité, «l'intercoopération n'est pas rare, c'est un grand levier et un outil de développement» pour les coopératives. «Ça permet la mise en valeur du produit, la mise en valeur du marché, ça garde l'économie locale très vivante», dit-il, en ajoutant que cette formule vise toujours à offrir un meilleur service aux membres, à la communauté.
 «En agriculture, les coopératives de producteurs qui travaillent en lien avec des coopératives d'équipements agricoles, ou qui créent ces coops, sont de bons exemples d'intercoopération», souligne le directeur du Conseil. Dans les coopératives d'équipement, la machinerie est achetée en commun, puis louée aux membres à moindre coût, permettant ainsi de diminuer les coûts de production.
 «Les coops forestières produisent du bois et les coops funéraires doivent fabriquer des cercueils», lance Luc Audebrand. Ce type de partenariat mènerait la logique d'intercoopération plus loin, puisque les deux coopératives, dans leur mission respective, n'ont rien en commun, mais peuvent tirer avantage à coopérer.
Boire mieux et plus loin
Distribières est une coopérative de producteurs de bières. Le but premier : travailler de concert pour distribuer les produits des microbrasseries membres. «On s'est rendu compte que souvent, lors de la distribution, les camions se suivaient», relate Jean-François Genest, directeur général de la Barberie. «On voulait rentabiliser la distribution», indique-t-il. C'est alors que Distribières a été fondée en 2006. La Barberie est une coopérative, mais d'autres microbrasseries membres n'en sont pas. L'intercoopération n'est donc pas exclusive aux coops.
Outre les coûts de distribution qui ont baissé, Distribières permet la représentation commune des produits ou l'établissement de nouveaux territoires de distribution. «On fait des festivals en commun, se réjouit M. Genest. Plutôt que chaque microbrasserie loue son kiosque, on fait ça ensemble. On a aussi fait des achats de houblon regroupés, on prend des assurances collectives», illustre-t-il.
«Tout ça a tellement bien fonctionné, que certains [microbrasseurs membres] se sont retrouvés au max de leur production. C'est un beau problème!» s'exclame M. Genest. L'intercoopération aura donc permis à certains d'augmenter le volume de production... but pas toujours facile à atteindre quand on est seul. Jean-François Genest évoque même la distribution hors Québec, l'exportation... mais chaque chose en son temps.
«On partage les risques, on partage l'expertise», dit Gaston Bédard à propos de l'intercoopération. Pour les coops, c'est aussi une solution pour rester actuel et compétitif - à l'avantage des membres et de la communauté - dans un marché parfois féroce, estime-t-il. «Ça permet de travailler plus globalement et de répondre aux nouveaux besoins de la population», conclut-il.