Fatale pour les porcelets dans les premiers temps, la diarrhée épidémique porcine devient à la longue une maladie comme les autres avec laquelle les éleveurs doivent apprendre à composer.

Industrie porcine: le virus mortel pour les porcelets peut encore être contré

Il est toujours possible pour le Québec et le Canada d'échapper à une propagation massive du virus de la diarrhée épidémique porcine (DEP) à la condition de maintenir un haut niveau de mesures de biosécurité. Aux États-Unis, par contre, le virus est là pour rester, croit le vétérinaire François Cardinal, de l'Équipe québécoise de santé porcine.
La DEP est un virus très virulent qui prend la forme d'une gastroentérite et touche les porcelets. Entrée aux États-Unis en avril 2013 à partir de la Chine, la maladie a causé à ce jour la mort d'un million de petits cochons et touché 10 % des fermes dans 23 États. Depuis des mois, les éleveurs de porcs du Québec et du Canada se sont mobilisés pour empêcher son passage de ce côté-ci de la frontière.
Mardi soir, une première trace de la DEP a toutefois été découverte sur un quai de débarquement de l'abattoir d'Olymel à Saint-Esprit. Puis, jeudi, le virus a été dépisté dans un troupeau de la région de London, en Ontario.
Le Dr Cardinal estime que si le nombre de cas ne dépasse pas les 20 ou 30 au Canada, il devrait être possible d'éradiquer le virus. «Mais si on monte à 100 ou 200 cas, il faut oublier ça.»
Au Québec, la découverte de mardi est due à un test très pointu effectué par la compagnie Olymel qui «a agi en bon citoyen» en diffusant ses résultats, estime M. Cardinal. Il est probable que le microbe ait voyagé par camion. Aucun animal contaminé n'a été détecté.
Le circuit souvent suivi par les transporteurs qui partent du Québec passe par les États-Unis et les fermes de l'Ontario avant de revenir. Depuis l'automne, les éleveurs québécois demandent à tous ceux qui sortent de la province de laver, de sécher et de désinfecter leurs véhicules avant de revenir sur leurs fermes. La DEP se transmet par le fumier. Une fois entrée à un endroit, elle pourrait facilement voyager vers d'autres fermes par les bottes ou les vêtements d'un visiteur.
Pertes de 30 à 50 millions $
Dans un troupeau où elle apparaît pour la première fois, elle tue 100 % des porcelets de moins de trois semaines. Par la suite, explique le médecin vétérinaire, les truies s'immunisent, les pertes diminuent et la DEP devient à la longue une maladie comme les autres avec laquelle les éleveurs doivent apprendre à composer.
Si le virus devait progresser comme il l'a fait aux États-Unis, les pertes au Québec pourraient s'élever entre 30 et 50 millions $ la première année, pour diminuer par la suite.
Le fait d'avoir pu «bénéficier» de l'expérience des Américains «nous a permis d'établir des plans d'intervention», souligne M. Cardinal. C'est ce qui lui fait croire que la lutte n'est pas perdue et que le processus pourrait encore être inversé.
Le virus de la DEP ne contamine pas les humains ni les autres espèces animales. Il est aussi sans danger pour la viande.