La pression monte sur le Canada pour qu’il respecte sa promesse de mettre fin à toutes les subventions accordées aux producteurs de combustibles fossiles.

Industrie pétrolière de l’Alberta: un plan d’aide de 1,6 G$ sans transparence

OTTAWA — Le plan de sauvetage fédéral de 1,6 milliard $ destiné à l’industrie pétrolière de l’Alberta en difficulté est bien engagé, mais fait peu preuve de transparence quant à savoir qui reçoit l’argent et pour quoi.

Près de 1 milliard $ de l’ensemble des prêts, garanties et subventions gouvernementales annoncés en décembre dernier sont entre les mains des entreprises, mais des détails sont disponibles seulement pour une petite fraction des dépenses.

Le plan d’aide se déploie tandis que la pression monte sur le Canada pour qu’il respecte sa promesse de mettre fin à toutes les subventions accordées aux producteurs de combustibles fossiles, et que des banques européennes abandonnent entièrement ce secteur de l’économie.

La banque centrale suédoise, la Riksbank, a annoncé mercredi avoir vendu ses obligations émises par le gouvernement de l’Alberta, car elle n’investira plus dans des actifs détenus par des gouvernements ou des sociétés ayant une empreinte climatique importante. Un jour plus tard, la Banque européenne d’investissement (BEI), l’institution de prêt sans but lucratif de l’Union européenne, a annoncé qu’elle n’investirait plus dans des projets relatifs aux énergies fossiles après 2021.

Les deux décisions ont fait suite à un avertissement de la banque centrale norvégienne, daté du 5 novembre, selon lequel le risque climatique doit être pris en compte dans toutes les évaluations de risque avant que les investissements ne soient réalisés.

L’industrie énergétique canadienne est bouleversée par le départ d’énormes quantités de capital : 30 milliards $ ont été cédés au cours des trois dernières années, alors même que la demande mondiale de pétrole devrait croître à un niveau presque record. L’Agence internationale de l’énergie a déclaré cette semaine que la demande mondiale augmenterait d’environ un million de barils par jour au cours des cinq prochaines années, mais qu’elle se stabiliserait d’ici 2030 avec l’utilisation de véhicules plus écoénergétiques et de voitures électriques.

«Choix durable»

Une porte-parole de l’Association canadienne des producteurs pétroliers a fait valoir que les investisseurs devaient être informés que le pétrole et le gaz canadiens sont produits de manière plus durable et avec des normes environnementales plus strictes que presque partout ailleurs dans le monde.

«Nous encourageons les groupes qui redéfinissent leurs portefeuilles d’investissement à considérer qu’un investissement dans l’énergie canadienne est un choix durable», a déclaré Tonya Zelinsky.

Les commentaires de Mme Zelin­sky font écho à ceux du gouvernement de l’Alberta. Le gouvernement conservateur uni du premier ministre Jason Kenney a été élu au printemps dernier avec la promesse de rétablir la confiance dans le secteur de l’énergie de l’Alberta.

Ce qui est peut-être le plus préoccupant pour les travailleurs de l’énergie au Canada, c’est que le gaz naturel est également sur le billot européen. Le gaz naturel liquéfié, qui produit moins d’émissions que le charbon lorsqu’il est brûlé pour produire de l’électricité, a été retenu comme carburant de rechange et le Canada est responsable de plus du tiers des nouveaux projets gaziers mondiaux en développement.

Nicholas Browne, directeur de recherche chez Wood Mackenzie, un groupe mondial de conseil en énergie établi au Royaume-Uni, a souligné vendredi que la décision de la BEI place le gaz naturel sur la sellette autant que le pétrole.

«Les nouveaux critères de financement de la BEI vont rendre très difficiles les opérations de prêt aux projets gaziers», a-t-il déclaré dans un communiqué.

Promouvoir une croissance propre

Les militants environnementaux souhaitent que les investisseurs canadiens utilisent leur argent pour promouvoir une croissance propre aux dépens des combustibles fossiles. James Rowe, professeur d’écologie politique à l’Université de Victoria, a déclaré que les prêteurs canadiens ont été beaucoup plus lents à agir contre les sociétés pétrolières traditionnelles que les sociétés européennes.

Il a ajouté que, alors que les investisseurs européens sont conscients de la réalité d’une date de péremption de l’industrie des combustibles fossiles en s’en dissociant pour éviter d’être pris avec des actifs immobilisés, des prêteurs, des entreprises d’investissement et des fonds de pension canadiens adoptent une approche beaucoup plus risquée.

Il n’est pas clair si l’aide de 1,6 milliard $ annoncée par le ministre des Ressources naturelles, Amarjeet Sohi, a eu un impact significatif sur le secteur pétrolier. On ne sait pas non plus où va la majeure partie de l’argent.

Ressources naturelles Canada a déclaré cette semaine que sur les 50 millions $ prévus dans le cadre de son programme de croissance propre, 37 millions $ ont été promis pour neuf projets qui aident les sociétés pétrolières et gazières à réduire leur empreinte carbone.