Industrie hôtelière: l'épisode de «restructuration» tire à sa fin selon la CSN

Sans écarter l'éventualité de la fermeture d'autres hôtels à Québec ou ailleurs en province au cours des prochains mois, la Fédération du commerce de la Confédération des syndicats nationaux (CSN) aperçoit une «embellie» à brève et à moyenne échéance dans les conditions de marché, ce qui laisserait entrevoir, selon elle, la fin de l'épisode de «restructuration» qui caractérise l'industrie hôtelière depuis quelques années.
«De plus, la volonté annoncée du gouvernement du Québec, des villes et des associations hôtelières de travailler sérieusement et conjointement à l'éradication de l'hébergement illégal permettra certainement aux établissements légitimes de profiter d'une plus grande part des hausses attendues d'achalandage et d'opérer selon des marges d'exploitation plus confortables», suggère un rapport préparé par la firme MCE Conseils pour le compte de la Fédération du commerce. Celle-ci tente d'identifier les causes des fermetures d'hôtels qui sont survenues ces derniers mois au Québec, notamment celle du Loews Le Concorde à Québec. Le rapport complet sera publié en mars, mais une note de conjoncture préliminaire circule actuellement.
S'inspirant largement des données diffusées récemment par le Conference Board du Canada, la CSN estime que les perspectives dans l'industrie touristique sont «clairement positives» à court et à moyen terme.
Québec et Montréal
«Pour la ville de Québec, le Conference Board table sur une hausse de la fréquentation touristique de 2,1 % par année jusqu'en 2017, le tout assorti d'une augmentation des dépenses des visiteurs de l'ordre de 4,6 % par année», souligne le rapport dont Le Soleil a obtenu copie.
«Dans le cas de Montréal, le Conference Board est plus optimiste encore, et prévoit une croissance de la fréquentation touristique de 2,2 % par année en moyenne de 2014 à 2016 inclusivement et de 5,8 % en 2017, grâce aux festivités entourant le 375e anniversaire de la métropole. Les dépenses des visiteurs augmenteront de quelque 4,7 % par année pour la période 2014-2016 et de 10,0 % en 2017.»
Selon le trésorier de la Fédération du commerce, Michel Valiquette, la chute de la valeur de la devise canadienne par rapport au dollar américain devrait contribuer à apporter de l'eau au moulin de l'industrie touristique québécoise.
Perte nette de 57 hôtels et de 3011 chambres
La Fédération du commerce, qui représente 32 500 travailleurs dans les secteurs du tourisme, du commerce, de l'agroalimentaire et de la finance, a recensé la fermeture concrétisée ou annoncée de 66 établissements hôteliers au Québec en 2013, ce qui a entraîné la disparition de 3585 chambres. Par ailleurs, neuf établissements totalisant 574 chambres se sont ajoutés en cours d'année ou s'y ajouteront en 2014-2015. Cela donne donc une perte nette de 57 établissements et de 3011 chambres.
Dans la région de Québec, il y a eu huit fermetures (notamment celles du Manoir St-Castin, du Manoir Sainte-Anne et du Loews Le Concorde au début de 2014), mais aucune ouverture de nouveaux hôtels.
Dans la région de la Chaudière-Appalaches, il y a eu sept fermetures (notamment celles du Manoir des Érables à Montmagny et du Manoir de Tilly à Saint-Antoine-de-Tilly). Aucune nouvelle ouverture à signaler non plus.
La région des Laurentides a perdu 11 établissements. Pour sa part, Montréal a enregistré une perte nette de trois établissements.
Contrairement à l'Association des hôteliers du Québec, qui constatait dans Le Soleil du 25 janvier que l'industrie était en «crise» et que les temps durs n'étaient pas encore passés, la CSN préfère parler de «restructuration» et refuse de tracer un portrait apocalyptique de la situation.
«La compilation des données relatives aux fermetures d'établissements depuis les cinq dernières années montre que le recul du parc hôtelier en 2013 s'inscrit dans une tendance amorcée en 2009 et qui s'est endurcie en 2011 et en 2012», fait remarquer le rapport. «Déjà en 2013, la situation s'est légèrement redressée», ajoute M. Valiquette.
Le plafonnement, voire le recul, notamment en période estivale, des taux d'occupation au sein des grands établissements de plus de 200 chambres et la concurrence des gîtes et résidences de tourisme en région, mais surtout de l'hébergement illégal dans les agglomérations urbaines, sont en partie responsables de la restructuration.
Il y a aussi tous ces propriétaires d'établissements - qui ne sont pas des hôteliers dans l'âme, mais plutôt les bras immobiliers de fonds de retraite - qui estiment qu'ils feront rapidement plus d'argent en vendant leur propriété ou en la convertissant en résidences pour étudiants ou retraités qu'en investissant des millions pour retaper leur hôtel vétuste.
Qu'un hôtel soit syndiqué ou non ne change pas la donne, estime la CSN. En effet, les fermetures ont frappé en plus grand nombre les établissements non syndiqués (56) que syndiqués (10). «Néanmoins, en raison du taux de syndicalisation prévalant au sein du groupe des grands établissements, ce sont aux hôtels syndiqués, comme le Loews Le Concorde ou le Delta Centre-Ville à Montréal, que sont associés les retraits les plus importants en termes de nombre de chambres», fait-on remarquer.
Même si une «embellie» pointe à l'horizon, Michel Valiquette croit que l'industrie touristique doit s'interroger sur son avenir. «L'offre touristique doit être revue. C'est bien beau le Québec et ses paysages pittoresques, mais les touristes veulent vivre aussi d'autres choses. Dans le cas de l'hébergement, ils sont de plus en plus exigeants. Ils veulent vivre une expérience différente. Se sentir loin de la maison dans un environnement qu'ils ne retrouveront pas ailleurs.»