Le président-directeur général de Supermétal, Jean-François Blouin.

Importations d'acier des États-Unis: Ottawa pénalise des entreprises du Canada

Une grosse livraison est attendue au cours des prochaines semaines chez Supermétal. Il s’agit du dernier chargement d’acier provenant de son fournisseur américain Nucor.

Cette matière première sera utilisée pour la reconstruction de l’échangeur Turcot à Montréal. Un projet de 3,7 milliards $ pour lequel Supermétal doit fournir 16 000 tonnes métriques d’acier.

Cet acier-là, l’entreprise de Lévis spécialisée dans la fabrication et l’installation de charpentes métalliques destinées à des immeubles commerciaux, à des projets d’infrastructure et de bâtiments industriels complexes devra le payer 25 % plus cher que le montant inscrit sur le contrat avec Nucor.

Supermétal n’échappe pas à la partie de bras de fer impliquant les États-Unis avec la plupart de ses partenaires commerciaux sur la planète, dont le Canada.

La première salve est venue de Washington.

Depuis le 1er juin, des tarifs douaniers américains de 25 % sont entrés en vigueur sur les importations d’acier et de 10 % sur celles d’aluminium en provenance du Canada, du Mexique et des 28 pays membres de l’Union européenne.

«Pour l’instant, cette mesure n’a aucun impact sur nos affaires», constate le pdg de Supermétal, Jean-François Blouin.

En riposte à cette disposition protectionniste de l’administration de Donald Trump, le Canada a décidé d’imposer des surtaxes qui seront également de 25% sur les importations d’acier et d’aluminium et de 10 % sur d’autres produits des États-Unis. Cette mesure est en vigueur depuis le 1er juillet.

«Là, ça nous touche directement», signale le patron de l’entreprise fondée en 1959 qui possède des usines à Lévis, à Sherbrooke, à Edmonton et à Rock Hills en Caroline du Sud et qui fait travailler 650 personnes.

«Même si notre contrat avec Nucor pour l’achat de l’acier a été signé il y a deux ans, la surtaxe s’applique à compter du 1er juillet. Tout l’acier qui entre au Canada en provenance des États-Unis est frappé par cette surtaxe de 25 % et ce, peu importe le fait que la commande a été passée il y a deux ans», expose Jean-François Blouin. «C’est un coup dur pour les entreprises canadiennes qui ont passé des commandes auprès de fournisseurs avant le 1er juillet.»

«Nous avons vainement tenté de faire comprendre raison au gouvernement canadien afin qu’il nous accorde un sursis pour nous permettre de faire entrer au Canada les dernières commandes.»

Selon M. Blouin, il va donc en coûter quelques centaines de milliers de plus pour acheter l’acier du partenaire d’affaires américain. La facture sera refilée au client, soit le ministère des Transports du Québec. «Ce n’est quand même pas faramineux compte tenu de l’importance de notre contrat pour la reconstruction de l’échangeur Turcot dont la valeur avoisine plusieurs dizaines de millions de dollars $. Nous sommes d’ailleurs en discussions avec le ministère.»

Un marché qui tourne au ralenti

Il y a quelques semaines, le Groupe ADF, un compétiteur de Supermétal dans le marché des charpentes métalliques, annonçait des mises à pied et des mesures de réduction des heures de travail de ses employés à son usine de Terrebonne. Une triste conséquence de l’incertitude entourant les tarifs douaniers.

«Ce n’est pas notre cas», témoigne le pdg de Supermétal. «Nous continuons d’embaucher. Et comme toujours, nous sommes à la recherche de soudeurs et d’assembleurs de charpentes métalliques.»

Et sa matière première, Supermétal ne l’achète plus aux États-Unis. «Les prix de l’acier sont moins élevés sont actuellement moins élevés ailleurs dans le monde.»

Ce qui pourrait venir gâter la sauce, c’est l’imposition de nouveaux tarifs sur les charpentes métalliques fabriquées au Canada.

«Ça pourrait carrément nous fermer le marché américain», craint Jean-François Blouin en mentionnant que ses compétiteurs au sud de la frontière multipliaient les pressions auprès de l’administration Trump.

M. Blouin mentionne au Soleil que le marché de la construction lourde ne roule pas à plein régime par les temps qui courent. Il ne se construit plus beaucoup de nouveaux stades en Amérique du Nord. C’est plutôt tranquille du côté des sables bitumineux et des mines. Et les marges de rentabilité sont «anémiques».

«Nous soumissionnons sur de plus petits contrats. Nous nous éloignons un peu de nos marchés naturels comme le Québec et l’Ontario», explique-t-il. Supermétal vient notamment de décrocher un contrat pour la construction d’un immeuble de 25 étages à Vancouver.

«Notre carnet de commandes se porte relativement bien. Évidemment, nous souhaiterions qu’il soit plus garni.»