Le traité de libre-échange entre le Canada et l'Union européenne permet l'importation au pays de 17 700 tonnes supplémentaires de fromage européen. Pour aider l'industrie canadienne à s'adapter à cette intrusion dans un marché sous gestion de l'offre, Ottawa a mis de côté une enveloppe de 350 millions $ sur cinq ans.

Importation de fromages européens: la compensation fédérale jugée insuffisante

Ottawa doit bonifier de manière significative les sommes accordées aux producteurs laitiers pour compenser l'entrée sur le marché canadien de fromages européens.
C'est ce que réclament tant le ministre de l'Agriculture du Québec, Laurent Lessard, que l'Union des producteurs agricoles, alors qu'entre en vigueur jeudi l'Accord économique et commercial global (AECG).
Le ministre Lessard a fait valoir, jeudi à son entrée à l'Assemblée nationale, qu'il a fallu moins d'une semaine pour engager les sommes prévues pour les trois prochaines années dans l'enveloppe dédiée aux producteurs laitiers, ce qui a forcé le gouvernement fédéral à cesser d'accepter les demandes avant même qu'un seul kilo additionnel de fromage européen n'ait fait son entrée au Canada.
M. Lessard devait rencontrer son homologue ontarien, Jeff Leal, plus tard jeudi afin de réclamer d'une voix commune une majoration importante de cette enveloppe. Le ministre Lessard n'était toutefois pas encore en mesure de dire combien il entend réclamer, précisant qu'il devait d'abord obtenir davantage d'informations du gouvernement fédéral, des producteurs agricoles et de l'Ontario avant de quantifier ses demandes.
Le traité de libre-échange entre le Canada et l'Union européenne permet l'importation au pays de 17 700 tonnes supplémentaires de fromage européen. Pour aider l'industrie canadienne - principalement localisée au Québec et en Ontario - à s'adapter à cette intrusion dans un marché sous gestion de l'offre, Ottawa a mis de côté une enveloppe de 350 millions $ sur cinq ans.
De cette somme, 250 millions $ sont destinés aux producteurs laitiers et 100 millions $ iront aux transformateurs et fromagers. Il s'agit cependant d'un montant réservé aux investissements dans la production et non d'une compensation comme telle.
Les transformateurs doivent déposer leurs demandes bientôt et, à cet effet, le ministre Lessard a déjà demandé à son vis-à-vis fédéral, Lawrence MacAuley, de s'assurer que les petits transformateurs aient aussi accès à leur part des sommes fédérales au même titre que les grands.
Fausse compensation
L'Union des producteurs agricoles (UPA) se range également derrière cette demande de bonification de l'aide fédérale, mais estime qu'elle ne répond ni aux besoins ni aux engagements d'Ottawa de compenser les producteurs laitiers.
Le porte-parole de la Fédération des producteurs de lait, François Dumontier, rappelle que le gouvernement Harper avait promis que l'ouverture du marché aux fromages européens serait accompagnée de mesures de compensation afin d'assurer qu'il n'y aurait aucun impact pour les producteurs canadiens.
Or, pour l'UPA, la décision du gouvernement Trudeau de transformer l'enveloppe de compensation en fonds pour l'investissement dans la compétitivité vient rompre l'engagement d'Ottawa. M. Dumontier fait valoir que d'investir dans la compétitivité ne change rien au fait que les milliers de tonnes de fromage additionnels en provenance d'Europe viendront prendre une part significative du marché et qu'il faut compenser producteurs et transformateurs en conséquence.
L'UPA réclame donc, en sus d'une bonification de l'enveloppe destinée à l'investissement, une compensation réelle pour en arriver au résultat promis initialement, soit un «impact zéro» sur l'industrie.
Par ailleurs, le syndicat agricole se range derrière la demande des transformateurs qui réclament la totalité des permis d'importation de fromages européens. Les règles actuelles prévoient que la moitié de ces permis leur soit accordée, l'autre moitié étant destinée aux détaillants.
Les transformateurs, à l'instar des producteurs, craignent que les détaillants remplacent les produits locaux par des produits importés, ce que les transformateurs locaux ne feraient évidemment pas.
Par ailleurs, M. Dumontier fait valoir que les permis représentent en eux-mêmes une forme de compensation puisque ce sont les transformateurs qui empocheraient les profits générés par l'importation.