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Les plus importants contingents de travailleurs arriveront au début de mai et au début de juin, pour les récoltes, entre autres, des fraises.
Les plus importants contingents de travailleurs arriveront au début de mai et au début de juin, pour les récoltes, entre autres, des fraises.

Île d’Orléans: les premiers travailleurs étrangers saisonniers débarquent

Paul-Robert Raymond
Paul-Robert Raymond
Le Soleil
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Deux semaines plus tôt qu’à l’habitude, les premiers travailleurs étrangers, arrivant du Guatemala, fouleront le sol de l’île d’Orléans dimanche. Pandémie oblige.

François Blouin, propriétaire de la ferme François Blouin à Sainte-Famille de l’île d’Orléans, à qui Le Soleil a parlé, fait partie des producteurs qui ont recours à cette main-d’œuvre saisonnière. Il fait lui-même son recrutement chaque année au Guatemala et a réussi à convaincre certains Guatémaltèques à devancer leur voyage au Canada. Même à Pâques, une fête importante pour eux.

Cependant, toute une logistique accompagne ce recours à la main-d’œuvre étrangère, en raison des mesures sanitaires liées à la pandémie de COVID-19.

«Le premier contingent va arriver franchement un bon deux semaines avant», affirme M. Blouin. «L’année passée, on a fait venir nos 34 gars en seulement deux contingents. C’est immensément exceptionnel. Parce que normalement, on les faisait arriver à cinq ou six gars chaque fois. Un peu à toutes les semaines. Là, ça prenait des avions nolisés, parce qu’il y avait beaucoup moins de transport de disponible. Normalement, au mois d’avril, j’en fais venir quatre ou cinq, mais là, cette année, ils vont être 16!»

Au moins, en fin de semaine, les 16 travailleurs arriveront sur un vol assuré par une ligne aérienne. Mais il se peut que le prochain contingent arrive par un vol nolisé, car d’autres producteurs québécois en feront venir en même temps que M. Blouin.

Procédures à l’arrivée

Les travailleurs sont soumis à une multitude de conditions avant d’entrer au Canada. «D’abord, à cause de la COVID, nos gars sont obligés de passer un test là-bas au Guatemala. On essaie de les motiver à le faire, parce que c’est sûr s’ils n’ont pas leur test, ils ne peuvent pas embarquer dans l’avion. Ce test-là est à leurs frais», ajoute le producteur. «Ensuite, ils sont obligés de télécharger l’application ArriveCAN. Cette semaine, on a appris qu’elle était maintenant traduite en espagnol. Ça, au moins, c’est le fun. Une fois arrivé à l’aéroport, il y a un autre test de détection de la COVID-19 qui est pris là-bas.»

Toute une logistique accompagne ce recours à la main-d’œuvre étrangère, en raison des mesures sanitaires liées à la pandémie de COVID-19.

L’application ArriveCAN permet aux travailleurs de dire aux autorités quelle sera la destination finale au Canada.

Les 16 Guatémaltèques arriveront à l’aéroport Montréal-Trudeau dans la nuit de samedi à dimanche, selon M. Blouin. «Ça va prendre plusieurs heures avant qu’ils sortent de l’aéroport. À cause du test et de toutes les procédures et vérifications. Ils vont manger là-bas, parce qu’ils seront partis de chez eux depuis un bout de temps. On a demandé à ce qu’ils mangent là-bas, à nos frais. Parce que normalement, ils n’ont pas d’argent canadien sur eux quand ils arrivent ici», dit-il.

Transport terrestre exclusif

Un autre élément qui ajoute à la complexité : le transport des travailleurs une fois arrivés au Canada. Le transport vers Sainte-Famille se fera avec un autobus nolisé qui n’accueillera que les travailleurs assignés à la ferme François Blouin.

«Service Canada et la CNESST [Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail] ne veulent pas que les travailleurs destinés à plusieurs fermes et producteurs soient mélangés dans des autobus. Nous, on devrait louer un autobus expressément pour nos 16 travailleurs qui partiront de l’aéroport [Montréal-Trudeau] et qui s’en viendront directement à la ferme, sans aucun autre arrêt en route», affirme M. Blouin. «Pour les fermes qui font venir deux ou trois gars, c’est une autre histoire. C’est soit par taxi ou que les producteurs vont les chercher eux-mêmes.

«Une fois arrivés ici, il faut déclarer à la CNESST et au gouvernement canadien qu’ils sont arrivés. Normalement, la police devrait venir une fois par semaine pour vérifier si les gars sont vraiment là.»

Ensuite, un registre est rempli quotidiennement avec la température des travailleurs et les possibles symptômes de la COVID-19. Les producteurs doivent tenir ce registre pour la CNESST.


« L’année passée, on a fait venir nos 34 gars en seulement deux contingents. C’est immensément exceptionnel. Parce que normalement, on les faisait arriver à cinq ou six gars chaque fois. […] Là, ça prenait des avions nolisés, parce qu’il y avait beaucoup moins de transport de disponible. »
François Blouin, propriétaire de la ferme François Blouin

Les travailleurs sont «confinés» à leur maison sur la ferme. «C’est sûr qu’ils ne peuvent pas quitter la propriété de la ferme. Sauf que nous, on les encourage à sortir et à prendre des marches au moins deux fois par jour», explique M. Blouin. Ils sortent dehors avec leur masque, mais ils ne peuvent pas quitter la propriété. C’est une ferme, c’est à la campagne. Il n’y a pas de monde. Nous, on n’a pas de kiosque d’ouvert et le public ne vient pas ici.»

Et toute la logistique quant à l’épicerie pour les Guatémaltèques est déjà prévue. «C’est nous qui nous occupons de leur épicerie. […] Les commandes sont déjà faites d’avance», renchérit-il. «On fait affaire avec deux supermarchés, qui sont de nos clients. On se fait préparer ça et on se fait livrer ça. Parce que c’est 16 gars et de la bouffe pour plusieurs jours.»

Les premiers travailleurs s’occuperont notamment de l’entretien des plantations. Les plus importants contingents de la saison arriveront au début de mai et au début de juin, pour les récoltes, entre autres des fraises. «Ça prend le plus de monde possible pour les récoltes.»

Et même les travailleurs assignés à la récolte arriveront au moins deux semaines plus tôt pour observer la quarantaine de 14 jours. «La quatorzaine, c’est pour tout le monde! Sauf pour les joueurs de hockey pour qui ce n’est que cinq jours.»

Contexte plus difficile

Depuis trois ans la ferme François Blouin accueille le même nombre de travailleurs étrangers.

«Parce qu’on a cessé l’expansion de la ferme. Ce sont des années qui sont assez difficiles, surtout à cause de l’augmentation du salaire minimum. Les prix auxquels on peut vendre ne suivent pas vraiment les augmentations de salaire. Tout coûte plus cher. On veut essayer de faire autre chose. On a parti un aménagement pour transformer certains produits. On n’agrandit plus depuis trois ans. On est plusieurs fermes comme ça», conclut le propriétaire.