Centrale au gaz de Bécancour

Hydro-Québec versera 250 millions $ à TransCanada Energy

Pour suspendre de nouveau la production de la centrale au gaz naturel de Bécancour en 2010, Hydro-Québec prévoit verser 250 millions $ à la multinationale TransCanada Energy (TCE), a appris Le Soleil.
Dans des documents déposés devant la Régie de l'énergie, la société d'État refuse toutefois d'exposer les montants fixes qui seront versés à TCE en 2010. Des passages complets de l'accord ont d'ailleurs été biffés.
Or, les données obtenues par Le Soleil font état d'une entente de 250 millions $. D'une part, Hydro-Québec s'engage à payer à TCE un dédommagement de 157 millions $ (13,1 millions $ par mois). Une «prime fixe» de puissance d'environ 93 millions $ fait également partie du contrat.
La centrale privée de 507 mégawatts (MW) située à Bécancour n'est pas en service cette année. En fait, cette centrale construite en 2007 n'a jamais fourni du courant au réseau électrique québécois depuis deux ans.
Ces deux dernières années, Hydro-Québec a conclu un accord avec TCE pour ne pas faire tourner les turbines de cette centrale, moyennant des dédommagements de 150 millions $ (2008) et 190 millions $ (2009).
Si elle reçoit le feu vert de la Régie, Hydro-Québec aura ainsi versé depuis 2007 tout près de 600 millions $ à TCE pour éviter d'avoir à acheter l'électricité produite par la centrale au gaz naturel à Bécancour.
Le contrat ferme d'approvisionnement liant Hydro-Québec à TCE est d'une durée de 20 ans. Ce contrat a été approuvé par la
Régie de l'énergie en 2004. Pour suspendre cette entente, Hydro-Québec doit d'abord obtenir le feu vert du tribunal réglementaire.
Importants surplus
Chez Hydro-Québec, on fait valoir qu'en raison des importants surplus d'électricité dont elle disposera l'an prochain - environ 10,6 térawattheures (TWh) -, l'achat d'électricité en provenance de la centrale de Bécancour ne sera pas nécessaire
en 2010.
Dans ce contexte, la société d'État préfère plutôt verser 250 millions $ à TCE que d'acheter l'électricité de TCE pour ensuite la revendre avec risques de pertes sur les marchés extérieurs.
«C'est la solution la moins coûteuse pour nos clients», a fait valoir jeudi Guy l'Italien le porte-parole d'Hydro-Québec Distribution.
Hydro-Québec soutient que cette entente de dédommagement avec TCE lui permettra de limiter les reventes l'an prochain à seulement 1,4 TWh.
À la Fédération canadienne de l'entreprise indépendante (FCEI), section Québec, on comprend la volonté d'Hydro-Québec de vouloir limiter ses reventes d'électricité à l'extérieur du Québec. Mais on explique encore mal la décision d'avoir signé avec TCE un contrat d'approvisionnement ferme de 20 ans en 2003.
«Avec le recul, on peut certainement se poser la question à savoir si cette entente avec TCE a été une erreur», a fait remarquer l'avocat André Turmel.
L'an dernier, la FCEI avait d'ailleurs contesté la décision de la Régie de l'énergie d'autoriser la suspension de la production de la centrale de TCE.
La FCEI faisait valoir que la Régie avait nettement favorisé dans sa décision Hydro-Québec Production, la filiale non réglementée de la société d'État, qui exporte beaucoup d'énergie aux États-Unis, au détriment d'autres joueurs de l'industrie, notamment.