D'ici les deux prochains mois, les autorités new-yorkaises vont solliciter les propositions pour 1500 mégawatts (MW) d'énergie et Hydro-Québec sera sur les rangs.
D'ici les deux prochains mois, les autorités new-yorkaises vont solliciter les propositions pour 1500 mégawatts (MW) d'énergie et Hydro-Québec sera sur les rangs.

Hydro-Québec se prépare à répondre à un appel de propositions à New York

Julien Arsenault
La Presse canadienne
MONTRÉAL — Hydro-Québec se prépare à répondre à un appel de propositions dans l'espoir d'acheminer un important volume d'hydroélectricité vers New York en vertu d'un changement réglementaire survenu dans cet État américain.

Le département des Services publics a décidé d'ajouter une catégorie supplémentaire à sa norme sur l'énergie propre, ce qui, estime la société d'État, rend l'énergie produite dans ses centrales existantes admissible à des crédits d'énergie renouvelable — une forme d'incitatif financier.

D'ici les deux prochains mois, les autorités new-yorkaises vont solliciter les propositions pour 1500 mégawatts (MW) d'énergie et Hydro-Québec sera sur les rangs. Un contrat permettrait la réalisation d'une interconnexion entre le Québec et New York. Selon le document de 134 pages du département des Services publics, à terme, le volume pourrait atteindre 3000 MW.

«Ces crédits vont rendre notre soumission beaucoup plus concurrentielle, a expliqué un porte-parole de la société d'État, Gary Sutherland, au cours d'un entretien téléphonique. Actuellement, dans le marché de New York, on ne reçoit rien sauf le prix de l'énergie alors que les producteurs éoliens touchent ce crédit.»

Interrogé, celui-ci ne s'est pas avancé sur la mécanique entourant l'application de ces crédits d'énergie ou leur incidence sur la soumission d'Hydro-Québec.

Les changements annoncés à New York par le gouverneur Andrew Cuomo s'inscrivent dans un effort visant à ce que l'approvisionnement d'énergie renouvelable représente 70 % de la consommation totale d'ici 2030.

Si les autorités misent sur le solaire et l'éolien, elles ont décidé d'inclure l'hydroélectricité dans leurs critères pour accélérer les choses.

Hydro-Québec discutait déjà directement avec la Ville de New York au sujet d'un éventuel contrat d'approvisionnement. Si elle remportait l'appel de propositions, la société d'État pourrait avoir comme client l'agence new-yorkaise plutôt que la métropole.

Pour Pierre-Olivier Pineau, titulaire de la Chaire de gestion du secteur de l'énergie à HEC Montréal, Hydro-Québec a de bien meilleures chances de rafler un contrat par l'entremise d'un appel de propositions émanant d'une agence new-yorkaise qu'en négociant directement avec la métropole.

«Que le maire de New York s'intéresse à l'électricité sans émission de gaz à effet de serre, c'est une très bonne chose, mais les politiques énergétiques émanent de l'État, qui fixe les règles, a-t-il expliqué. Si les règles de l'État ne convergent pas avec le désir d'approvisionnement (de la Ville), cela pose des défis.»

Étant donné que la société d'État est en mesure d'offrir un prix concurrentiel et d'offrir un approvisionnement en continu — contrairement au solaire et l'éolien — le risque est «très faible» que cette dernière se fasse damer le pion par un autre joueur dans le cadre de l'appel de propositions, a estimé M. Pineau.

Une proposition retenue par l'État de New York permettrait à Hydro-Québec de réaliser une nouvelle interconnexion à la frontière. La société d'État n'a pas nommé de projet, mais la ligne Champlain Hudson Power Express (CHPE), réalisée avec Transmission Developers, dispose de toutes les autorisations nécessaires. Le chantier pourrait s'amorcer avec la signature d'un contrat.

Ce projet peut acheminer entre 1000 et 1250 MW.

La ligne de transport viendrait s'ajouter au New England Clean Energy Connect (NECEC), qui, en sol américain, doit passer par le Maine afin d'approvisionner le Massachusetts dans le cadre d'un important contrat d'approvisionnement. Le Massachusetts paiera 4,8 cents US le kilowattheure — ce qui ne tient pas compte des coûts de transport.

Contrairement à CHPE, le NECEC n'a pas encore obtenu toutes les autorisations nécessaires et fait face à beaucoup d'opposition au sud de la frontière.

En sol québécois, le projet d'interconnexion avec New York prévoit la construction d'une ligne souterraine de 58 kilomètres entre le poste Hertel, à La Prairie, et la frontière américaine. Du côté américain, le câble serait enfoui partiellement sous le lac Champlain et l'Hudson jusqu'à New York.