Entre 2007 et 2012, la dette d'Hydro-Québec a bondi de 9 milliards $, en hausse de 25 %.

Hydro-Québec: les revenus stagnent, la dette explose

Hydro-Québec a-t-elle perdu le contrôle de ses dépenses? Depuis six ans, ses revenus plafonnent, ce qui n'a pas empêché sa dette d'exploser tout comme ses surplus d'électricité. Entre 2007 et 2012, la dette de la société d'État a ainsi bondi de 9 milliards $, en hausse de 25 %.
Mais que s'est-il donc passé? Au 31 décembre 2007, la dette d'Hydro-Québec s'élevait à 34,5 milliards $. Au 31 décembre 2012, cette même dette était passée à 43,5 milliards $. Une progression fulgurante alors que la société d'État a pourtant généré durant ces années des profits annuels de plus de 3 milliards $.
«Nos emprunts reflètent la croissance de l'entreprise», signale le porte-parole d'Hydro-Québec, Gary Sutherland. Entre 2008 et 2012, Hydro-Québec dit avoir mis en service pour 13 milliards $ d'actifs en production, en transport et en distribution.
Parmi les investissements réalisés ces dernières années, Hydro-Québec évoque notamment les installations hydroélectriques d'Eastmain-1-A-Sarcelle-Rupert et de la Romaine (dont les travaux sont en cours).
Or, au bilan annuel de la société d'État dévoilé le mois dernier, on peut constater qu'entre 2007 et 2012, l'actif total de la société n'a progressé que de 5 milliards $, passant de 65 milliards $ à 70 milliards $. Pendant ce temps, le taux de capitalisation d'Hydro-Québec s'est sérieusement effrité, passant de 37,5 % en 2007 à 30,6 % à la fin de 2012, forçant la société d'État à se tourner de plus en plus vers des capitaux empruntés pour financer ses activités.
Hydro-Québec a aussi vu durant cette période son chiffre d'affaires total régresser. L'an dernier, Hydro-Québec a déclaré des revenus totaux de 12,2 milliards $, comparativement à 12,3 milliards $ en 2007.
Pour l'analyste indépendant en énergie Jean-François Blain, l'endettement chronique observé chez Hydro-Québec pourrait lui jouer de fâcheux tours au cours des prochaines années, lorsque les taux d'intérêt remonteront. «Et qui, pensez-vous, va payer la facture? Ce sont des frais qui seront alors refilés à ses clients par des hausses tarifaires», souligne-t-il.
L'analyse en énergie soutient que l'actionnaire d'Hydro-Québec (le gouvernement du Québec) a tout mis en place ces dernières années pour littéralement lui «siphonner» ses profits tout en la rendant vulnérable aux humeurs des marchés financiers.
Depuis 2008, Hydro-Québec doit remettre en dividende non pas 50% de ses bénéfices nets au gouvernement, mais bien de 75 %. À cela, Hydro-Québec doit aussi verser depuis 2008 à son actionnaire une taxe de redevance sur l'eau qui s'élève plus de 600 millions $ chaque année.
Ces deux mesures ont ainsi permis au gouvernement du Québec de mettre la main sur 1,3 milliard$ de revenus annuels supplémentaires qui étaient destinés par le passé aux activités quotidiennes d'Hydro-Québec.
Des ententes non rentables
Selon M. Blain, «les Québécois assistent en ce moment à la confiscation par leur gouvernement du retour de leur investissement prévu dans Hydro-Québec».
Ce dernier rappelle qu'Hydro-Québec a conclu ces dernières années des dizaines d'ententes avec des producteurs privés pour des achats d'électricité dont elle n'avait pas besoin.
Résultat: Hydro-Québec dit maintenant disposer de 28,5térawattheures (TWh) de surplus d'électricité cumulés d'ici la fin de 2020. Il y a à peine deux ans, Hydro-Québec prévoyait pourtant des surplus énergétiques de 11 TWh pour la présente décennie.
Dans le secteur éolien, Hydro-Québec Distribution a notamment signé plus de 20 contrats d'approvisionnement d'un total de 72 TWh d'ici 2020.
Par exemple, dans la région de Thetford Mines, Hydro-Québec a accepté de payer 11,9 ¢ le kilowattheure pour l'électricité que produira le producteur privé Enerfin à partir d'éoliennes, soit 30 % de plus que ce qui sera versé dans un projet voisin mené par 3Ci (8,9 ¢ le kilowattheure).
Comme Hydro-Québec vend son électricité au prix moyen de 7 ¢ le kilowattheure à ses clients québécois, la perte pour chaque kilowattheure d'origine éolienne est énorme.
Cette année seulement, Hydro-Québec Distribution prévoit dépenser tout près de 500 millions $ pour acheter de l'électricité dont elle n'a pas besoin.
Mais il y a plus. Car pour rapporter 99 millions $ de plus qu'en 2011 du côté des exportations, Hydro-Québec a eu recours à une quantité impressionnante d'énergie de son parc de production, soit 30,1 TWh comparativement à 20,8 TWh (2011).
Hydro-Québec a ainsi encaissé en moyenne 4,1 ¢ du kilowattheure exporté. En 2011, la société d'État avait touché en moyenne 5,2 ¢. Il y a quelques années à peine (2007), Hydro-Québec avait écoulé son électricité aux États-Unis à 9 ¢ du kilowattheure.
L'analyste Blain croit qu'Hydro-Québec doit maintenant se tourner vers de nouvelles sources de revenus. Les gros clients industriels (qui paient déjà un tarif d'électricité privilégié) devraient payer davantage, d'après lui.
Hydro-Québec pourrait également faire une offre aux provinces du Nouveau-Brunswick et de la Nouvelle-Écosse pour leur vendre de l'électricité à des tarifs qu'elles ne pourraient refuser. Un moindre mal alors que la société d'État «liquide» ces temps-ci son électricité à moins de 4 ¢ le kilowattheure chez nos voisins du sud.