Pour le pdg d’Hydro-Québec, la croissance de la société d’État passe entre autres par l’attrait d’investissements étrangers et l’augmentation des exportations.

Hydro-Québec en mode croissance

Hydro-Québec se place en mode croissance pour les prochaines années. Son pdg, Éric Martel, entend profiter de la baisse de consommation locale d’électricité pour attirer de nouveaux investisseurs et augmenter les exportations.

La société d’État vise à doubler ses revenus d’ici 15 ans ainsi qu’à assurer une croissance stable, tout en maintenant ses tarifs compétitifs, a soutenu le grand patron d’Hydro-Québec, mardi, à l’occasion d’une activité organisée par la Chambre de commerce de Lévis.

«Le milieu de l’énergie est entré dans une transformation historique. Aujourd’hui, on est forcé d’admettre que le modèle d’affaires est un peu remis en question. Mais il y a moins d’urgence au Québec» qu’ailleurs, a-t-il avancé en début d’allocution devant la communauté d’affaires de Chaudière-Appalaches.

Hydro-Québec mise entre autres sur les exportations pour atteindre ses objectifs. Même si le projet Northern Pass, qui vise à relier le réseau électrique québécois à celui du Massachusetts, rencontre «des pépins» au New Hampshire — qui doit autoriser le projet —, estime M. Martel, ce dernier ne s’inquiète pas outre mesure du dénouement des négociations. L’État américain s’est donné jusqu’au 27 mars pour trouver un terrain d’entente. En cas d’échec, le projet d’interconnexion New England Clean Energy Connect, qui serait réalisé avec la société Central Maine Power, sera retenu comme option de rechange.

«C’est très difficile pour nous de se prononcer. L’enjeu est vraiment de l’autre côté de la frontière. On le savait : il y a un an, on a vu que ce n’était pas garanti», a réagi M. Martel au sujet du projet Northern Pass, dont les retombées pourraient atteindre 10 G $ sur 20 ans. «Pour nous, sur le plan économique, tout est égal. Ça c’était bien important», a-t-il ajouté, soulignant que dans les deux scénarios, Hydro-Québec sort gagnante.

Sortir des frontières

La société d’État lorgne aussi le marché international. M. Martel a souligné qu’Hydro-Québec travaillait à faire des acquisitions notamment en Amérique du Nord. D’autres acquisitions en Amérique du Sud et en Europe seraient aussi dans les cartons, a-t-il soutenu devant les gens d’affaires de la Rive-Sud.

Le Plan stratégique 2016-2020 d’Hydro-Québec prévoit également attirer des investissements étrangers, notamment dans le secteur de l’hébergement de données.

«Aujourd’hui, il y a beaucoup d’énergie de disponible pour attirer de nouvelles industries et augmenter nos exportations», a dit M. Martel.

Le pdg précise toutefois que la prudence est de mise. Même si la société d’État engrange des surplus de production, la capacité de produire de l’électricité «n’est pas illimitée» et ne peut donc pas ouvrir ses portes à tous les joueurs. «Il faut gérer ça comme il faut et voir [quelles potentielles occasions d’affaires] sont les plus attrayantes pour les Québécois et pour Hydro-Québec», a avancé M. Martel.

Ce dernier a indiqué qu’aucun tarif préférentiel pour attirer des entreprises étrangères n’était pour l’instant envisagé. En revanche, un tarif de développement économique offrant une réduction initiale de 20 % a récemment été lancé par Hydro-Québec pour soutenir des projets d’investissements énergivores, comme l’hébergement de données ou la création de mines de cryptomonnaies.

Expansion pour TM4

L’entreprise, une filiale d’Hydro-Québec qui se démarque pour la conception et la fabrication de moteurs électriques, a enregistré un chiffre d’affaires de 60 M $ en 2017. L’affiliation avec une entreprise chinoise pour la vente de batteries a permis à la compagnie québécoise de croître de façon exponentielle, surtout en raison de la hausse de la demande chinoise pour des véhicules 100 % électriques.

«Peut-être que la compagnie pourrait valoir 1 milliard $ dans les 10 ou 12 prochaines années», a laissé entendre M. Martel. Ce dernier n’exclut pas qu’Hydro-Québec se penche sur le secteur de l'hydrogène. «Pour réussir à faire de l’hydrogène, ça prend de l’électricité en grande quantité. Évidemment, on est équipé pour ça donc on pourrait devenir un producteur», a soutenu le pdg de la société d’État, en marge du dîner-conférence organisé par la Chambre de commerce de Lévis, mardi.