Huit traversiers à changer d'ici dix ans

CARLETON — L’obtention du contrat de remplacement du CTMA Vacancier constituerait le premier pas de ce qui pourrait être une longue suite de constructions de traversiers pour le Chantier Davie, considérant le nombre potentiellement élevé de navires du Saint-Laurent à remplacer au cours de la prochaine décennie.

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Le Soleil a recensé huit traversiers qui accusent au moins 37 ans d’âge, entre Sorel et les Îles-de-la-­Madeleine. En plus du CTMA Vacancier, cette même CTMA aura à remplacer le Madeleine, le traversier régulier entre Souris, à l’Île-du-Prince-Édouard et l’archipel madelinot. Il a été construit il y a 37 ans.

Le Trans Saint-Laurent, assurant le lien Rivière-du-Loup-Saint-Siméon, a été construit en 1960, au Chantier Davie d’ailleurs. Le traversier-rail Georges-Alexandre-Lebel, qui relie Matane à la Côte-Nord, aura bientôt 43 ans. Quatre navires de la Société des traversiers du Québec ont également dépassé la quarantaine, dont les deux traversiers reliant Québec et Lévis (voir tableau).

Le porte-parole du chantier Davie, Frédérik Boisvert, est conscient que les propriétaires de traversiers du Saint-Laurent pourraient ne pas opter pour des traversiers neufs dans tous les cas.

«Les gens doivent garder en tête que le premier traversier peut coûter un peu plus cher. On pourrait commencer avec le CTMA Vacancier et le second, le Madeleine, coûterait moins cher. Une fois que le processus de travail est en marche au chantier, la machine avance rondement», analyse M. Boisvert.

Il note que ce sont les arrêts de production, découlant des variations du carnet de commandes, qui causent des maux de tête aux dirigeants d’un chantier, quel qu’il soit. «Nous avions près de 1900 travailleurs de plus ici en 2014», note-t-il.

Frédérik Boisvert rappelle aussi que depuis le changement de direction à Chantier Davie en 2012, la firme offre à ses clients un concept «clé en main» : elle achète un navire répondant aux spécifications du service pour lequel il est destiné, le remet à neuf et le loue à ces clients.

«C’est la formule Astérix, qui garantit que tous les risques sont assumés par le chantier. Nous avons acheté un porte-conteneur, nous l’avons vidé, nous l’avons converti en navire ravitailleur pour l’Armée canadienne. Il a fait tous les essais dans le Rim Pac (la ceinture du Pacifique), à Honolulu […] Nous avons signé un contrat de location de dix ans. Le gouvernement paie lorsque le navire est prêt et opérationnel», explique M. Boisvert.

Le même modèle pourrait être offert par Chantier Davie à des propriétaires de traversiers.

Chantier Davie a confié à une firme externe, OMX, le soin d’étudier l’impact qu’aurait au chantier et dans sa chaîne d’approvisionnement le contrat de remplacement du CTMA Vacancier et du Madeleine. Pour un coût cumulé de 600 millions $, l’impact au pays s’élèverait à 852 millions $.

«C’est infiniment supérieur comme impact à 30 % de contenu québécois d’un navire construit à l’étranger, pour 300 millions $, ce qui reviendrait à 90 millions $», signale Frédérik Boisvert.

Et les autres chantiers?

Le chantier Verreault, des Méchins, se concentre sur la réparation de navires et non sur la construction. «Toutefois, on est solidaires des demandes pour un plus grand contenu québécois», indique Simon Riopel, vice-­président exécutif du Groupe maritime Verreault.

«On trouve déplorable de confier à l’étranger des contrats pour lesquels on a une expertise», ajoute M. Riopel, mentionnant que dans son domaine, des sociétés d’État fédérales envoient des navires se faire réparer aux États-Unis.

Il note qu’augmenter la part de contenu québécois à 50 %, pour le remplacement du CTMA Vacancier, reviendrait pour l’État à signer un contrat de gré à gré avec le Chantier Davie.

Au Groupe Océan, qui possède un chantier à L’Île-aux-Coudres et un atelier à Québec, le porte-parole Philippe Filion note que le remplacement du CTMA Vacancier «est trop gros pour nous, mais si quelqu’un nous approche pour de la sous-traitance, nous serons là», qu’il s’agisse d’une entreprise canadienne ou étrangère.

Des joueurs du secteur maritime s’inquiètent aussi de la possibilité qu’un chantier étranger agisse comme banquier pour la CTMA en assurant une partie de l’emprunt, et qu’il réussisse à faire baisser la part de contenu québécois. (Avec Geneviève Gélinas)

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Chantier Davie peu gâté par les programmes gouvernementaux 

CARLETON — Depuis l’instauration de la Politique nationale de construction navale par Ottawa en 2011, le Québec a récolté peu de fruits de ce programme doté d’une enveloppe de 100 milliards $, surtout si on compare avec deux autres provinces. Le chantier Irving de Halifax bénéficie de contrats de 65 milliards $, comparativement à 12 milliards $ pour les chantiers Seaspan, à Vancouver et Victoria, selon des données venant du Chantier Davie. Pourtant, selon Michèle Larose, de Services publics et Approvisionnements Canada, le Québec aurait reçu 1,3 milliard $ de contrats, totalisant 17 % de ce qui a été octroyé au pays. 

Le ministère ne donne aucun détail sur les contrats hors Québec. Lancée en 2014, la Stratégie maritime du Québec renferme aussi un volet de construction navale. Si le contrat de remplacement du CTMA Vacancier est confié au Chantier Davie, «il s’agirait de la première opportunité de la Stratégie maritime en matière de construction navale», note Frédérik Boisvert, de la firme lévisienne. La cible de création d’emplois de la Stratégie maritime pour la construction navale s’établissait à près de 2000 postes. C’est presque le nombre d’emplois qui ont été perdus au Chantier Davie depuis quatre ans. (Gilles Gagné, collaboration spéciale)