La direction de l’hôtel Le Concorde est notamment contre la nouvelle formule pour le crédit marketing.

Hôtellerie: une nouvelle formule de promotion qui sème la discorde

L’Office du tourisme de Québec propose de revoir la formule des crédits marketing, c’est-à-dire le pourcentage de la taxe d’hébergement qui revient dans les poches des hôteliers pour qu’ils réalisent la promotion de leur établissement à l’extérieur du Québec. Une modification qui fait grincer des dents certains propriétaires, qui n’excluent pas d’avoir recours aux tribunaux.

Actuellement, le montant distribué par l’Office à chaque établissement varie en fonction du nombre de chambres et du taux de location. Plus un hôtel possède de chambres, plus le retour est important.

L’argent provient de la taxe d’hébergement (3,5 %) payée par les clients pour chaque nuitée. Aux trois mois, 14 % de ce 3,5 % est reversé en crédits aux propriétaires pour défrayer les coûts de leur promotion.  

Aujourd’hui, l’Office, qui collabore dans ce dossier avec l’Association des hôteliers de la région de Québec (AHRQ), souhaite regrouper les sommes distribuées dans une enveloppe commune pour réaliser des projets de développement touristique d’envergure.

Il a été proposé de revoir le système afin que le retour aux hôteliers diminue graduellement pour atteindre 0 % en 2023. Selon l’Association, cela représenterait une cagnotte d’environ 1,5 million $.

Le 21 septembre dernier, les membres de l’AHRQ devaient se prononcer en faveur ou contre cette nouvelle formule. Le vote a été annulé, car une mise en demeure a été déposée à l’Association par un regroupement d’hôtels.

Le dossier est aujourd’hui entre les mains des avocats et aucune autre date n’a encore été fixée.

Opposition

Plusieurs propriétaires avec qui Le Soleil a discuté affirment qu’ils perdraient au change avec cette nouvelle façon de faire. Ils préfèrent conserver leur autonomie.

C’est le cas de l’homme d’affaires Jean-Guy  Sylvain, patron du Concorde, du Delta Québec et d’Unilofts Grande-Allée. Il détient environ 1200 unités d’hébergement dans la capitale.

Selon lui, cette modification entraînerait un trou de «quelques centaines de milliers de dollars» dans sa stratégie marketing.

«Je suis contre», tranche l’homme d’affaires. «Ils disent qu’ils peuvent faire une meilleure gestion, il faut être réaliste... Ils ont déjà 86 % du montant total, cela leur donne quoi de nous enlever notre petit 14 % pour nos crédits marketing servant à payer la publicité pour nos hôtels. S’ils ne sont pas capables de faire de la publicité avec 86 %, pourquoi ils feraient mieux avec 14 % de plus?», demande-t-il. 

«Ils ont monté mes taxes de 300 000 $ cette année au Concorde et là, ils veulent nous enlever notre crédit marketing», s’insurge-t-il.

Ce dernier chiffre à 14 millions $, le montant total que l’Office a reçu en 2017 en lien avec la taxe d’hébergement.

«Je ne suis pas le seul dans ma position, il y a aussi les hôtels JARO, les hôtels Times et l’Hôtel Classique. Il y en a plusieurs. L’hôtel à Sainte-Foy et celui au centre-ville n’ont pas nécessairement besoin du même marketing», dit M. Sylvain.


« Ils disent qu’ils peuvent faire une meilleure gestion, il faut être réaliste... Ils ont déjà 86 % du montant total, cela leur donne quoi de nous enlever notre petit 14 % pour nos crédits marketing servant à payer la publicité pour nos hôtels »
Jean-Guy Sylvain, patron du Concorde, du Delta Québec et d’Unilofts Grande-Allée

Bon pour l’industrie

Du côté de l’AHRQ, la directrice générale, Marjolaine de Sa, confirme que son organisation est en faveur de la nouvelle formule, dont les projets seront votés conjointement. Elle estime que l’industrie en sortira gagnante.

Elle explique que si le projet va de l’avant, un comité sera mis sur pied pour gérer le fonds. «C’est une très bonne idée et c’est pour la destination. Actuellement, certains hôteliers utilisent parfaitement les crédits marketing, d’autres non. [...] Par exemple, il y a des gens qui utilisent ce montant pour payer des salaires à l’externe», souligne -t-elle.

Mentionnons que plusieurs hôteliers ont aussi souligné au Soleil être favorables à l’idée d’un changement. Et qu’actuellement plusieurs municipalités du Québec ne redonnent pas une partie du 3,5 %.

«C’est notamment le cas de Tourisme Montréal, les hôteliers n’ont rien», donne comme exemple Mme de Sa. «C’est de l’argent qu’on pourrait utiliser pour participer à un salon à l’international en lien avec la pénurie de main-d’œuvre. Nous aurions peut-être aussi pu payer 1 million $ pour que WestJet conserve sa liaison Québec-Montréal», poursuit-elle, ajoutant que cette décision du transporteur aérien a fait mal à l’industrie.«Beaucoup d’hôtels affirment avoir perdu des congrès.»

Selon l’Office du tourisme de Québec, qui tient à rappeler que ce sont les propriétaires de la région qui auront le dernier mot, cette nouvelle formule sera profitable autant aux gros hôteliers qu’aux plus petits.

«Selon nous, l’argent pour le crédit marketing n’est présentement pas utilisé de façon optimum au bénéfice de la destination», soutient le directeur, André Roy. «Est-ce qu’on peut dire que le plus gros joueur est celui qui profite le plus de tous nos efforts marketing?», demande-t-il. «Au net, ils ont peut-être plus d’impacts, mais ils n’ont pas tous la même réaction. Le Château Frontenac et le Hilton pensent plus région».