Les hôteliers de Québec continuent de dénoncer la concurrence leur venant de sites Internet comme Airbnb.

Hébergement illégal: l'inaction de Québec dénoncée

Propriétaires de l'hôtel Château Fleur de Lys depuis trois ans, Olivier Donzelot et Romuald Georgeon ne croient pas que le problème de la concurrence de l'hébergement illégal soit réglé à Québec. Ils demandent que des mesures concrètes soient prises par la Ville et le gouvernement provincial.
«La nature même des réservations qui se font via le site web Airbnb a changé. Ce n'est plus le couple ou l'étudiant qui loue son appartement de temps à autre pour se payer un voyage. Il y a une industrialisation d'Airbnb, des investisseurs qui professionnalisent l'hébergement illégal», déplore M. Donzelot, citant le cas de propriétaires achetant des immeubles spécifiquement pour en louer les appartements à court terme.
Il donne l'exemple d'un immeuble de neuf logements situé non loin de son hôtel et dont le propriétaire loue quatre logements à un jeune Français à 2000 $ par mois chacun. Le locataire met ensuite chacun des quatre baux à un nom différent, mais se charge ensuite de relouer chacun des logements via Airbnb.
«Personne ne louera un logement de 600 pieds carrés dans le Vieux-Québec à ce prix-là, sauf pour en faire le commerce. Et en plus, même si les baux sont à des noms différents, c'est toujours le même type qui est mis comme contact pour les quatre logements sur Airbnb», explique M. Donzelot.
Mis à la porte
L'hôtelier a lui-même vécu un épisode particulier l'été dernier alors qu'il a été mis à la porte de son logement par le nouveau propriétaire de l'immeuble où il habitait, qui prétextait vouloir y loger son père. «Je suis passé à côté cette année et j'ai vu un jeune couple qui attendait devant la porte de mon ancien logement. Je suis allé leur parler et ils attendaient que le propriétaire leur donne la clé du logement qu'ils avaient loué par Airbnb...»
Selon lui, la Ville de Québec et le gouvernement du Québec devraient en faire davantage. «On en parle depuis quatre ans, mais rien ne bouge. Pourtant, il serait si simple pour la Ville de Québec d'embaucher trois stagiaires pour répertorier les adresses sur Airbnb et vérifier lesquelles se trouvent dans des zones où la location de courte durée est interdite! Et au gouvernement du Québec, on pourrait cibler davantage ceux qui, justement, industrialisent Airbnb», poursuit-il.
4 millions $ en taxes
En utilisant des chiffres conservateurs, à savoir ceux de 2013 alors que le nombre de logements illégaux était évalué à 600, un taux d'occupation de 40 % et un prix moyen de 150 $, les deux hôteliers estiment que près de 4 millions $ en taxes échappent ainsi aux différents paliers de gouvernement.
«Ces sommes représentent un gain de 45 $ par nuitée que les hébergeurs illégaux peuvent utiliser à leur guise pour faire tout le dumping tarifaire qu'ils veulent et ainsi devenir des compétiteurs féroces», déplore Olivier Donzelot.
Même s'il avoue qu'il n'est pas à plaindre, il constate comme plusieurs que l'industrie hôtelière pourrait fonctionner davantage en cette période estivale. «En considérant les activités du 150e du Canada, du Festival d'été et de Rendez-vous 2017, tous les hôtels de la ville devraient afficher complet en ce mois de juillet.»
«Mais il reste toujours des chambres quelque part chaque jour...», ajoute Romuald Georgeon. «Et pendant ce temps, on voit de plus en plus de gens rentrer dans un immeuble avec des valises et en sortir trois jours plus tard avec les mêmes valises.»
M. Donzelot  renchérit finalement en citant le cas d'une amie hôtelière qui a vu un client allemand annuler sa réservation tout récemment. «Son client lui a dit qu'il avait trouvé quelque chose de mieux sur Airbnb...»