Ironiquement, Harley-Davidson avait été l’un des premiers groupes manufacturiers à visiter la Maison-Blanche en février 2017 pour illustrer la stratégie industrielle de «l’Amérique d’abord» du président Trump, tout juste élu.

Harley-Davidson envoie une partie de sa production vers l’étranger

NEW YORK — Victime de la guerre commerciale lancée par Donald Trump, le constructeur emblématique de motos américaines Harley-Davidson a annoncé lundi déménager une partie de sa production pour échapper aux tarifs douaniers instaurés par Bruxelles en représailles à ceux de Washington.

La célèbre marque de motos, née il y a 115 ans, a déploré que les taxes douanières européennes soient passées de 6 % à 31 % sur ses produits entrant sur le marché européen, ce qui renchérit le prix au détail de chaque véhicule de 2200 $US.

Depuis le 22 juin, Bruxelles a en effet frappé une série de produits typiquement américains de droits de douane de 25 %, des mesures de rétorsion après les taxes infligées par l’administration Trump sur l’acier (25 %) et l’aluminium (10 %) européens. Ainsi, les célèbres motos, mais aussi les jeans, le bourbon ou encore le beurre d’arachides sont dans le collimateur de Bruxelles.

Certains de ces produits semblent être savamment ciblés par l’UE parce qu’ils sont fabriqués dans des États politiquement proches de Donald Trump. C’est le cas de Harley-Davidson dont le siège est à Milwaukee (Wisconsin), l’État de Paul Ryan, le chef des républicains à la Chambre des représentants. «Voilà une nouvelle preuve des dommages entraînés par l’application unilatérale de taxes. La meilleure façon d’aider les travailleurs et manufacturiers américains est de leur ouvrir de nouveaux marchés et pas d’imposer de nouvelles barrières sur leurs propres marchés», a déclaré M. Ryan.

Surprise présidentielle

Donald Trump a réagi dans un tweet se disant «surpris» que, «de toutes les compagnies américaines», Harley-Davidson soit «la première à agiter le drapeau blanc».

«J’ai bataillé dur pour eux et au bout du compte ils ne paieront pas de droits de douane vers l’Europe [...] Les taxes douanières ne sont qu’un prétexte. Soyez patients», a affirmé le président.

«Le problème n’est pas qu’Harley n’est pas patriotique, c’est que les taxes douanières sont stupides», a rétorqué le sénateur républicain Ben Sasse pour qui ces nouvelles mesures «ne fonctionnent pas».

Harley-Davidson, qui ne veut pas répercuter l’augmentation des droits de douane sur ses clients au risque de faire plonger ses ventes européennes et de «menacer la viabilité des concessionnaires», a donc annoncé qu’il allait déplacer une partie de sa production.

Les motos destinées à l’exportation seront désormais fabriquées dans ses usines internationales hors du territoire américain.

Lieu pas précisé

Le groupe, qui vend quelque 40 000 motos par an en Europe — son deuxième marché après les États-Unis —, n’a pas spécifié dans quelles usines il allait transférer sa production ni si cela allait entraîner des réductions d’emplois sur le sol américain. Harley-Davidson a des usines au Brésil, en Inde, en Australie et une en cours de construction en Thaïlande.

La compagnie prévoit que le coût immédiat des tarifs ainsi que les investissements liés au transfert de production affectent les comptes de l’entreprise à hauteur de 30 à 45 millions $US pour la fin de l’année 2018. Sur un exercice entier, le coût se chiffrera entre 90 et 100 millions $US.

Non seulement le constructeur est touché par les taxes sur ses motos, mais les droits qui frappent les échanges d’acier renchérissent aussi le coût de cette matière première, avait déjà prévenu en avril le directeur financier du groupe.

Si la marque de motos mythique apparaît comme une victime collatérale de la confrontation commerciale lancée par Donald Trump, l’essoufflement de ses ventes n’est pas nouveau. Elles souffrent d’un vieillissement de la clientèle et de la concurrence des véhicules japonais.

Les exportations essentielles

Le groupe compte donc beaucoup sur ses exportations pour tenir sa production à flots alors que dans l’ensemble, ses ventes ont chuté de 6,7 % l’an dernier, dont 8,5 % pour les seuls États-Unis, son principal marché.

En 2017, Harley-Davidson a vendu 242 788 motos dans le monde, contre 260 289 l’année précédente, et ne prévoit en vendre que 231 000 à 236 000 cette année, soit un nouveau recul compris entre 3 et 5 %, selon les derniers chiffres donnés par l’entreprise en mars avant l’instauration des droits de douanes.

Le nouveau transfert de sa production à l’étranger devrait prendre de 9 à 18 mois.