Si rien ne bouge au cours des prochaines semaines, des mises à pied sont à prévoir chez le Groupe Océan.

Groupe Océan craint pour l’avenir

«On ne demande pas directement des contrats, on souhaite seulement qu’Ottawa lance ses appels d’offres dans le cadre de sa Stratégie nationale de construction navale pour ses petits navires afin qu’on puisse soumissionner».

Groupe Océan n’a pas l’habitude de sortir dans les médias. Mais là, il est question de l’avenir de ses travailleurs. Si rien ne bouge au cours des prochaines semaines, des mises à pied sont à prévoir. Déjà, une vingtaine de coupes ont eu lieu au cours des dernières semaines au sein de l’organisation.

Pour se rafraîchir la mémoire, dans sa Stratégie nationale de construction navale, Ottawa avait prévu une enveloppe de 2 milliards $ pour son programme de construction de petits navires, soit moins de 1000 tonnes. Au total, 116 navires, des remorqueurs, des bateaux de recherche et sauvetage et des patrouilleurs semi-hauturiers, pour ne nommer qu’eux, étaient ciblés.

Devant ces contrats potentiels, la direction de Groupe Océan affirme avoir revu un peu sa stratégie d’affaires depuis 2010 afin de conserver le plus de travailleurs disponibles sur ses chantiers maritimes pour pouvoir lever la main rapidement pour répondre aux besoins du fédéral. Le hic, c’est que les contacts se font attendre et le processus est très long.

«Au départ, le gouvernement a réalisé d’importantes annonces pour des navires de la Garde côtière et de la Défense nationale. En parallèle, il y avait énormément de petits navires qui devaient être construits. Jusqu’à présent, ces contrats sortent au compte-gouttes», déplore Jean-Philippe Brunet, vice-président exécutif, affaires corporatives et juridiques chez Groupe Océan.

«Garder son expertise»

«Le nerf de la guerre pour un chantier maritime est aujourd’hui de garder son expertise. Lorsqu’on fait des mises à pied, c’est très difficile de réembaucher. Pour éviter des coupes, nous avons essayé de niveler notre production dans le temps avec nos constructions pour le Groupe Océan», poursuit-il.

Jusqu’en 2013, Groupe Océan affirme avoir pu profiter du programme Mécanisme de financement structuré du fédéral qui permettait de diminuer la facture de construction de navires en sol canadien. Aujourd’hui, ce coup de pouce financier qui pouvait éponger jusqu’à 15 % de la facture n’existe plus.

«Il fallait démontrer qu’avec l’aide du gouvernement, on pouvait prioriser une construction au Canada plutôt qu’à l’étranger», explique M. Brunet. «Nous l’avons utilisé à cinq reprises. Sinon, cela aurait été plus avantageux pour nous de faire construire nos navires à l’étranger. Sans ce programme et avec très peu de contrats du fédéral, c’est plus difficile de garder notre monde», poursuit-il.

À la recherche de solutions pour conserver son personnel, Groupe Océan a réalisé au cours des derniers mois le démantèlement de navires et de barges. «Il y a toutefois une limite, on veut garder notre monde, mais cela va devenir difficile. Année après année, les contrats du fédéral sont retardés», prévient M. Brunet.

Ce qui pourrait apporter de l’eau au moulin au cours des prochaines semaines, c’est le fait que l’entreprise a récemment soumissionné pour construire quatre remorqueurs pour la Défense nationale. Un contrat qui devrait osciller entre 75 et 100 millions $ et qui assurerait du boulot à près de 80 travailleurs durant quatre ans.

«Cela fait environ six ans que le gouvernement discute de ce contrat. Nous avons soumissionné au mois d’octobre. Nous attendons la réponse. Depuis 1997, nous avons bâti 15 remorqueurs. Nous sommes les mieux positionnés», estime M. Brunet, qui se croise les doigts.

Groupe Océan, qui compte 950 employés, brasse des affaires au Québec, au Nouveau-Brunswick, en Ontario, en Alberta et depuis peu sous le soleil des Caraïbes. L’entreprise possède des chantiers à L’Isle-aux-Coudres, au Nouveau-Brunswick et à Québec.