Pendant sa jeunesse, Christiane Germain, coprésidente du Groupe Germain, ne pensait pas posséder des hôtels. Et pourtant, avec son frère Jean-Yves, elle en possède 13.

Groupe Germain: une affaire de famille

Depuis la fin des années 80, Christiane Germain, en collaboration avec son frère Jean-Yves, a développé depuis Québec un réseau d'hôtels qui ne cesse de prendre de l'expansion d'un océan à l'autre. Maintenant que la firme a pris une vitesse de croisière, la femme d'affaires, qui se définit comme une «chef d'équipe», a décidé d'élargir ses horizons, que ce soit comme «dragonne», sur les ondes de Radio-Canada, ou comme présidente du conseil d'administration du Musée national des beaux-arts du Québec. Le Soleil l'a rencontrée cette semaine.
Comme Obélix dans la potion magique, Christiane Germain est tombée dans la marmite des affaires quand elle était toute petite. Fille du restaurateur Victor Germain, propriétaire du Fiacre, le premier steak house de la capitale, la coprésidente de Groupe Germain Hôtels conserve des souvenirs d'une maisonnée «où l'on ne parlait que de ça».
Avant d'ouvrir leur restaurant, dans les années 50, ses parents ont été propriétaires d'un dépanneur, sur le chemin Sainte-Foy, près de la tristement célèbre grande mosquée. Elle en a passé des heures à cet endroit, la petite Christiane, à observer le va-et-vient des clients.
Elle se souvient aussi que la résidence familiale et le restaurant ne faisaient qu'un. «Ma mère nous faisait à manger et ensuite on y allait. Parfois, on mangeait aussi au resto, mais quand il commençait à y avoir du monde, on laissait notre table», confie la femme d'affaires, en entrevue au restaurant Bistango, attenant à l'hôtel ALT, l'un des 13 hôtels que le Groupe Germain compte au Canada.
Dans sa jeunesse, la jeune Christiane ne pensait pas nécessairement suivre les traces familiales. «Je n'ai pas beaucoup de souvenirs de ce que je voulais vraiment faire dans la vie à ce moment-là. C'est sûr que je voulais réussir et travailler, mais je voulais aussi voyager. Je ne me voyais pas avoir des hôtels, des hôtels et encore des hôtels.»
20 hôtels en 2020
Après des études en techniques hôtelières, à Toronto, surtout pour apprendre l'anglais, Christiane Germain se lance avec son frère Jean-Yves, son associé de toujours, dans la gestion des restaurants Le Cousin Germain et le Saint-Honoré, sur Grande Allée. «J'ai appris de mes parents, mais aussi sur le tas.»
«Ça marchait très fort, poursuit-elle, et je me suis mise à terre avec ça, je n'en pouvais plus. J'avais le goût de faire autre chose. Lors d'un séjour à New York, moi et Jean-Yves cherchions une idée et c'est alors qu'on a vu cet hôtel, Le Morgan.» Le concept d'hôtel-boutique venait de voir le jour.
Aujourd'hui, Christiane et Jean-Yves Germain sont à la tête de 13 établissements, soit six Hôtels Germain et sept Hôtels ALT, d'un bout à l'autre du pays. Cinq autres sont en construction, à St-John, Saskatoon, Ottawa, Calgary et sur la Rive-Sud de Montréal (Quartier Dix30). Le seul marché important qui leur échappe reste Vancouver. «C'est toujours dans la mire, mais c'est très dur. L'immobilier y est très cher. Mais on continue à faire du démarchage.»
À court terme, l'objectif de Groupe Germain Hôtels est de compter 20 établissements au pays en 2020. À l'issue de cette expansion, la firme comptera quelque 1300 employés. «Mais on reste quand même un très petit joueur à l'échelle nord-américaine», glisse Mme Germain, ajoutant garder un oeil sur les «opportunités» pouvant se présenter à tout moment sur le marché américain.
Une troisième génération de Germain veille au grain. Sa fille Marie-Pier, sa nièce et son neveu (enfants de Jean-Yves) font leurs classes dans l'entreprise. «C'est une chance d'avoir nos enfants avec nous et qu'ils deviennent les gardiens des valeurs de l'entreprise.»
Nouveau défi au MNBAQ
Ayant toujours été «très engagée dans la communauté», Christiane Germain vient d'ajouter une autre corde à son arc avec sa nomination comme présidente du conseil d'administration du Musée national des beaux-arts du Québec. Une façon pour elle de joindre ses aptitudes professionnelles - «J'aime être un chef d'équipe, je suis bien là-dedans» - à son amour des arts visuels. 
«J'adore mon travail, mais j'ai besoin de distractions. Quand on m'a proposé la présidence, j'y ai réfléchi un moment, car succéder à Pierre Lassonde, ce n'est pas rien. C'est quelqu'un qui a marqué l'histoire du musée. En même temps, c'était le bon moment pour moi. J'ai toujours été intéressée par les arts, surtout les arts visuels, même si je n'ai pas beaucoup de temps pour aller dans les musées. Je ne suis pas [dans ce poste] parce que je connais tout, mais parce que je suis curieuse.»
Le stress de la nouvelle «dragonne»
Christiane Germain participera à la prochaine saison de l'émission Dans l'oeil du dragon, à ICI Radio-Canada Télé.
Christiane Germain a commencé la semaine dernière l'enregistrement de la nouvelle saison de l'émission Dans l'oeil du dragon, en ondes en avril. «C'est une belle et très grosse aventure. Je ne me souviens pas d'avoir été aussi stressée...»
Embauchée en compagnie de l'ex-chanteuse et comédienne devenue femme d'affaires, Caroline Néron, pour prendre la relève de Danièle Henkel et d'Alexandre Taillefer, Mme Germain explique avoir accepté l'offre de Radio-Canada pour se «projeter dans le vide et faire autre chose», après une trentaine d'années à se consacrer exclusivement au développement de son réseau pancanadien d'hôtels.
Sa nervosité, confie-t-elle, découle d'abord du fait de se retrouver dans un studio de télévision pendant neuf jours, mais surtout de devoir miser ses propres billes sur un entrepreneur qu'on doit apprendre à jauger dans un court laps de temps. «Il y a la personne, sa motivation, son énergie, son concept et sa capacité à l'exécuter, les ratios financiers, il faut que tout ça ait du sens.»
«C'est mon argent, alors je ne veux pas me tromper. J'ai toujours investi dans mes propres entreprises, je n'ai jamais été un ange investisseur, explique-t-elle, ajoutant du même souffle ne pas vouloir décourager ceux laissés sur la touche. «Tu as aussi une mission d'encouragement à l'égard des participants, tu veux les encourager à continuer. Je prends ça à coeur.»
En trois jours d'enregistrement jusqu'à maintenant (il en reste six à tourner le mois prochain), Mme Germain a vu défiler environ 25 entrepreneurs. Dans le lot, quelques coups de coeur. «Disons que j'ai fait des offres sur plus qu'un et sur moins de dix... Reste à voir si on va aller jusqu'au bout», se contente-t-elle de dire, désireuse de garder le secret sur ses investissements avant la diffusion des émissions.
Découvrir la fibre entrepreneuriale
Avant sa participation aux Dragons, la femme d'affaires avait pris l'habitude d'aller dans des incubateurs d'entreprises pour constater de visu la fibre entrepreneuriale des hommes et femmes d'affaires de demain. «Je les aimais tous, ces jeunes passionnés. Mon problème, c'était de leur découvrir des défauts.»
Une approche empathique qui, quelque part, la renvoie à ses premiers pas dans le monde de l'hôtellerie. «Je me revois, à mes débuts, quand je demandais de l'argent à du monde et que je me faisais recevoir comme un chien dans un jeu de quilles.»
Compte-t-elle être de retour aux Dragons l'an prochain si l'occasion se présente? «On va commencer par une année, on va bien la faire, ensuite on verra...»
En rafale
Un politicien?
Barack Obama. Je suis une fan. Après son élection, je suis allée à Chicago et j'ai embauché un guide pour me faire visiter les endroits qu'il fréquente.
Un personnage historique?
Coco Chanel (1883-1971), une pionnière qui a marqué l'histoire de la mode. Elle n'a pas eu peur de faire les choses différemment. C'est une femme qui m'inspire.
Un écrivain?
Je n'ai pas beaucoup de choix à vous donner. Je lis surtout des journaux et des magazines, mais quand je pense littérature, je pense d'abord à Marie Laberge, dont j'ai lu la trilogie (Le goût du bonheur).
Un réalisateur?
Claude Lelouch. Tu sens une âme dans ses films.
Un musicien?
Leonard Cohen, et aussi Simon & Garfunkel.
Un peintre?
L'hiver, les toiles de Jean-Paul Lemieux viennent me chercher. On a l'impression qu'il est partout autour de nous.
Un musée?
Le Musée national des beaux-arts de Québec. C'est un endroit qui a de l'envergure. Je souhaite que les Québécois l'apprécient, mais je veux aussi le faire découvrir aux gens d'ailleurs.
Une ville?
Chicago. C'est une ville tellement complète, avec une architecture fabuleuse et une offre culturelle extraordinaire. La plus belle réalisation d'un parc dans un centre-ville, le Millennium Park, c'est à Chicago qu'on le trouve.