Le président et chef de la direction du Groupe Canam, Marc Dutil.

Groupe CANAM: «l’année la plus agréable!»

«J’ai commencé à l’usine à 14 ans, cela fait 39 ans. La dernière année a été la plus agréable!»

Même si le Groupe Canam n’est plus sous le feu des projecteurs — l’entreprise beauceronne s’est retirée du parquet torontois l’été dernier — la compagnie a poursuivi, dans l’ombre, sa croissance. 

Loin des caméras et des assemblées d’actionnaires. Aujourd’hui, la famille est même plus imposante.

Les derniers mois n’ont toutefois pas été de tout repos, concède au Soleil le grand patron, Marc Dutil. Une restructuration a été réalisée à l’interne dans certaines divisions afin de miser davantage sur les forces de la compagnie. Des amis et des collègues de longue date ont quitté le navire. De nouveaux talents ont joint l’organisation.

La division des grands projets a entre autres été délaissée. Plus question d’être le chef d’orchestre pour la construction de stades de la NFL ou de la LNH. 

À l’inverse, la filiale FabSouth, spécialisée dans les charpentes d’acier, a pris du galon du côté du pays de Donald Trump avec l’acquisition de trois usines, à Greenville, en Caroline du Sud, et à Victoria et à Waco au Texas. Un investissement de plusieurs dizaines de millions de dollars qui a fait bondir de 240 le nombre de bras chez Canam.

La branche Structure Fusion gère également maintenant une usine pour faire de la fabrication de bois. Les installations sont situées à Saint-Augutin.

Moins de «niaisage»

Aujourd’hui, la direction estime avoir plus de flexibilité et de liberté qu’en 2017. La famille Dutil doit rendre des comptes seulement à leurs associés, le Fonds de solidarité FTQ, la Caisse de dépôt et placement du Québec et le fonds d’investissement American Industrial Partners (AIP). 

Il y a un an, cette firme new-yorkaise devenait propriétaire à 60 % de la compagnie pour 875 millions $.

Les employés sont eux aussi aujourd’hui mieux informés. Chaque mois, ils reçoivent des données financières sur l’employeur, bonnes ou mauvaises. Pas de surprise pour personne.

Lorsque le fabricant de structures d’acier pour l’industrie de la construction réalise une acquisition ou un bon coup, les travailleurs peuvent le savoir la journée même. Le communiqué n’a plus à être approuvé par tous. Moins de «niaisage», comme le dit M. Dutil.  

Pour le président et chef de la direction, la dernière année a été la plus agréable «en terme de destination, de clarté et de vitesse d’action». Il refuse toutefois de dire le mot facile. 

«Cela a été une année de contraste. De juillet à décembre a été relativement difficile, avec une réduction des dépenses, de l’incertitude dans l’organisation et un nouveau rythme avec de nouveaux partenaires d’affaires», raconte-t-il. «Aujourd’hui, on s’est décroché du rythme trimestriel d’une entreprise publique. On agit beaucoup plus vite».

Lorsque la direction dresse son bilan des derniers mois, les résultats financiers auraient peut-être fait sourire certains actionnaires par le passé. Si on compare 2017 et 2018, entre janvier et juin, les chiffres sont à la hausse.

«Les poutrelles au Canada et aux États-Unis sont en croissance. FabSouth et Structure Fusion sont en croissance. Cela va bien. Groupe Canam va beaucoup mieux, même si les ventes sont légèrement en dessous de 2017», fait valoir M. Dutil. 


« Cela a été une année de contraste. De juillet à décembre a été relativement difficile, avec une réduction des dépenses, de l’incertitude dans l’organisation et un nouveau rythme avec de nouveaux partenaires d’affaires »
Marc Dutil

Rappelons que Canam a abandonné en 2017 la construction de stades en Amérique du Nord, ce qui a eu un impact sur les ventes. 

«Ce ne sont pas les américains qui ont pris cette décision», tient à préciser le numéro un du groupe. «À l’automne 2016, nous avions fait le constat qu’il y avait des activités dans lesquelles nous n’avions pas réussi à faire une marge. C’est pourquoi nous avons rétréci l’équipe et le focus».

Année record 

Sans surprise, motus et bouche cousue sur les détails financiers. Canam est maintenant privée. «On s’en va vers une année record», se contente de répondre M. Dutil, ajoutant que sa compagnie a investi entre 30 et 35 millions $ au cours des derniers mois dans l’automatisation, l’achat et la réparation d’équipements à travers son réseau.

En 2018, les revenus du groupe devraient osciller aux alentours des 2 milliards $.

Au cours des prochaines semaines, le fleuron québécois réalisera une autre étape importante dans sa nouvelle aventure. Il y aura la mise en place d’un nouveau système de partage des profits avec les employés. Question de motiver les troupes et de conserver la main-d’oeuvre.

En 2017, lors de la privatisation, Canam comptait 4650 employés. Aujourd’hui, plus de 4700 personnes travaillent pour l’entreprise enracinée à Saint-Georges. La compagnie possède des bureaux en Amérique du Nord, en Roumanie et en Inde. Le groupe compte 25 usines au Canada (7) et aux États-Unis.

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DES DIZAINES DE MILLIONS À SAINT-GÉDÉON

Signe que les affaires vont bien pour le Groupe Canam dans Chaudière-Appalaches, pour une rare fois dans son histoire, aucune mise à pied saisonnière n’a eu lieu cette année à l’usine de Saint-Gédéon.

«Nous sommes dans une industrie cyclique. En février, c’est normalement plus difficile et au mois d’octobre, on s’arrache les cheveux. Cette année, c’est la première fois en 40 ans qu’il n’y a aucune mise à pied à Saint-Gédéon», se réjouit Marc Dutil, président et chef de la direction.

Par ailleurs, pour accueillir de nouveaux équipements, Canam prévoit investir dès cet automne des dizaines de millions de dollars pour agrandir de 12 000 pieds carrés ses installations en Beauce.    

Défi de main-d’oeuvre

Comme plusieurs autres compagnies, l’entreprise beauceronne a aussi un défi de taille avec le recrutement. Une cinquantaine de bras de plus seraient les bienvenus à Saint-Gédéon.

«La pression sur la main-d’oeuvre demeure. Elle est plus forte qu’il y a un an. Aujourd’hui, il a plus de monde dans l’organisation, mais il y a moins de gens dans les bureaux», explique M. Dutil.

Pour l’aider dans son processus d’embauche, Canam fait entre autres appel à ses employés. 

Un travailleur qui recommande un premier candidat reçoit 500 $ lors de son embauche et 150 $ de plus lors de son entrée en poste. Après quatre mois de service continu, le «recruteur» reçoit un chèque additionnel de 350 $. Ce qui signifie qu’il peut recevoir 1000 $ pour une première référence.

Chaque candidat qu’il recommande s’additionne. À 10 candidats, le travailleur chez Canam reçoit 1000 $ pour chaque personne embauché par l’entreprise et 350 $ pour son entrée en poste. Si le travailleur est toujours en poste après quatre mois, le recruteur reçoit comme prime additionnelle 650 $.

Lors de sa transaction avec le fonds d’investissement American Industrial Partners (AIP), la direction du Groupe Canam a statué qu’il n’était pas question de couper dans tous les secteurs qui touchaient la reconnaissance, la formation, la rétention et l’attraction des employés. 

«Dans le climat actuel, c’est un endroit où il faut investir», estime M. Dutil, précisant avoir beaucoup de souplesse avec AIP. «Ils sont plus disciplinés sur les investissements».

Comme plusieurs autres compagnies, le Groupe CANAM a aussi un défi de taille avec le recrutement.

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TARIFS DOUANIERS: «C'EST TOUJOURS LE CONSOMMATEUR QUI PAYE»

Le bras de fer entre les États-Unis et le Canada au sujet des tarifs sur l’acier aura forcé le Groupe Canam a haussé jusqu’à 10 % ses prix sur certains produits. 

«Ultimement, c’est toujours le consommateur qui paye», ne cache pas le président Marc Dutil. «Il n’y a actuellement pas de tarifs sur les produits fabriqués, comme la charpente d’acier et la poutrelle. Il y a toutefois une inflation sur la matière première. Même les gens qui ne subissent pas les tarifs ont augmenté leurs prix», poursuit le patron. 

Depuis le 1er juin, des tarifs douaniers américains de 25 % sont entrés en vigueur sur les importations d’acier et de 10 % sur celles d’aluminium en provenance du Canada, du Mexique et des 28 pays membres de l’Union européenne. «Aujourd’hui, il n’y a pas un fournisseur d’acier qui va nous garantir un prix durant six semaines», précise M. Dutil, pour illustrer la situation.

En riposte aux décisions de Donald Trump, le Canada a imposé des surtaxes qui sont également de 25 % sur les importations d’acier et d’aluminium et de 10 % sur d’autres produits des États-Unis.

Fait cocasse, M. Dutil rappelle que Canam est venu au monde en 1960 en raison de mesures sur l’acier imposés aux pays communistes par les États-Unis. «Si tu voulais acheter de l’acier de la Russie ou de la Tchécoslovaquie, aux États-Unis, il y avait des tarifs, mais pas au Canada», raconte-t-il.

Pour éviter d’être trop impacté par des mesures protectionnistes, le Groupe Canam indique avoir fait des choix stratégiques au fil du temps, comme avoir un pied-à-terre de chaque côté de la frontière. 

«S’il y a trois ans, les gens qui font des affaires aux États-Unis avaient dressé une liste de leurs plus grands risques, l’ALENA, les tarifs, une pénurie de main-d’oeuvre, la compétition asiatique, ils auraient peut-être réalisé un geste concret pour diminuer ce risque», estime M. Dutil. «Le fait d’être dans les deux pays, aujourd’hui, nous sommes moins vulnérables», conclut-il.

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LA QUESTION

Pourquoi avoir délaissé la division des grands projets?

Réponse: «Lorsque tu réalises un projet majeur pour un gouvernement ou un propriétaire d’une équipe de sports, la fréquence de la relation est nulle. On se voit une fois. Il y a eu des gens qui se sont très bien comportés, d’autres à la fin de la journée n’ont rien à foutre du fournisseur. Si vous rénovez votre cuisine et que votre budget est de 20 000 $ et à la fin, la facture est de 20 200 $. Êtes-vous satisfait? Vous avez dépassé de 1 %. Il y a un stade de hockey qui a dépassé de 1 % et la direction a poursuivi l’architecte et l’ingénieur. C’est le respect que ces gens-là ont pour le métier».