L'Administration portuaire de Montréal se dit préoccupée par la grève, expliquant que les activités portuaires sont essentielles à la bonne marche de l'économie.
L'Administration portuaire de Montréal se dit préoccupée par la grève, expliquant que les activités portuaires sont essentielles à la bonne marche de l'économie.

Grève de quatre jours déclenchée au port de Montréal

MONTRÉAL — Les débardeurs du port de Montréal ont déclenché lundi matin une grève qui devrait durer quatre jours.

Vendredi dernier, le président du syndicat, Martin Lapierre, avait signifié à ses membres qu'il avait fait parvenir un préavis de 72 heures à l'Association des employeurs maritimes (AEM).

En plus des débardeurs, les grands contremaîtres et les préposés à l'entretien ont aussi arrêté le travail.

Le conflit porte essentiellement sur les horaires de travail des débardeurs, selon le syndicat qui les représente, qui dénonce la lenteur des négociations et croit que la grève permettra de «mettre de la pression sur l'employeur».

«C'est pour mettre une pression économique sur les compagnies maritimes et qu'ils bougent leur mandat à la table des négociations, mais force est de constater que la seule réponse qu'on a eue ce matin, c'est l'utilisation de briseurs de grève», a déploré le conseiller du Syndicat des débardeurs du port de Montréal (SCFP), Michel Murray, lors d'une conférence de presse lundi après-midi.

L'Administration portuaire de Montréal s'est notamment dite préoccupée par cette situation, expliquant que les activités portuaires sont essentielles à la bonne marche de l'économie.

«Déclaration de guerre»

Selon Michel Murray, Termont, l'une des compagnies qui oeuvrent dans le port de Montréal, aurait demandé à ce que certains gestionnaires soient «secrètement formés sur certaines pièces de machinerie».

«Lorsqu'on a constaté ce matin qu'il y a avait l'utilisation de "scabs" dans le port de Montréal par la compagnie Termont, on a considéré cela comme un affront, comme un geste de provocation de la part de la compagnie Termont, et comme une déclaration de guerre aussi, contre le syndicat», a affirmé Michel Murray.

L'Association des employeurs maritimes s'est dite «surprise et extrêmement déçue» par la décision du syndicat «d'utiliser des moyens de pression comme une grève».

Une entreprise «a recours au travail de certains cadres pour effectuer des tâches conformément aux dispositions de la loi à des fins de sécurité et pour libérer les voies ferrées» le long du port de 26 kilomètres de long, a indiqué l'association.

L'impasse fait suite à une bataille de 21 mois sur la définition de «service essentiel» au milieu des négociations pour une nouvelle convention collective.

Le Conseil canadien des relations industrielles a conclu le mois dernier que l'association des employeurs n'avait pas démontré «de risques imminents et graves pour la santé et la sécurité du public» — les critères d'un service essentiel — en cas de grève.

L'Association des employeurs maritimes avait demandé au conseil en octobre 2018 d'examiner si les débardeurs effectuent des travaux essentiels dans le but de protéger les quais contre les menaces de grève.

Le syndicat soutient avoir déposé des offres pour revoir de façon fondamentale les horaires de travail, mais déplore qu'il n'y ait «pas de mouvement du côté de la partie patronale».

Le conseiller syndical au SCFP, Michel Murray, a expliqué que les débardeurs sont sollicités pour travailler 19 jours sur 21, avant d'avoir un congé de deux jours, à cause de la forte activité au port de Montréal.

En 2015, les débardeurs du Québec gagnaient en moyenne 110 000 $ avant les prestations, selon les chiffres du ministère du Travail de la province. Les avantages sociaux des débardeurs montréalais s'élèvent à 22 000 $ annuellement, y compris un régime de retraite à prestations déterminées payé par l'employeur.

Craintes économiques

Le milieu des affaires s'inquiète de la perspective d'une grève prolongée.

«Je ne crois pas que nous puissions avoir une grève à long terme. L'impact serait tout simplement trop grand», a déclaré Michel Leblanc, qui dirige la Chambre de commerce du Montréal métropolitain.

Les syndiqués affiliés au Syndicat canadien de la fonction publique ne fourniront aucun service d'amarrage pendant la grève, sauf pour l'approvisionnement de Terre-Neuve-et-Labrador et pour des navires céréaliers afin de respecter une décision rendue le mois dernier avec le Conseil canadien des relations industrielles (CCRI). Pour ce faire, une poignée de syndiqués seront à l'oeuvre.