Régis Michaud, président fondateur de RM Recrutement International, a profité de la crise pour réinventer son entreprise en lui donnant une tangente plus accompagnement-ressources humaines. Il a aussi démarré un programme de francisation et il a fait davantage de mobilité internationale.
Régis Michaud, président fondateur de RM Recrutement International, a profité de la crise pour réinventer son entreprise en lui donnant une tangente plus accompagnement-ressources humaines. Il a aussi démarré un programme de francisation et il a fait davantage de mobilité internationale.

[GÉRER LA CRISE] RM Recrutement International: l’accompagnement et les ressources humaines 

Jean-François Tardif
Jean-François Tardif
Le Soleil
La pandémie de coronavirus a tout changé pour les entrepreneurs d’ici qui en ont souffert mais qui ont aussi rebondi dans la tempête, faisant parfois jaillir de nouvelles façons de faire. À l’heure de la seconde vague, nous poursuivons les rencontres de cette série «Gérer la crise».
  • Entreprise: RM Recrutement International
  • Type d’entreprise: Recrutement international de main-d’œuvre
  • Contact: Régis Michaud, président fondateur

Q Votre situation avant la crise?

RM Recrutement International a débuté ses activités en janvier 2018, mais c’est en 2017 que j’ai fait les premières démarches pour fonder mon entreprise. Je travaillais à l’époque dans les ressources humaines et Véronique Lemieux était ma directrice des ressources humaines. J’étais tanné de toujours tomber dans les mêmes patterns de chercher du monde. Je suis donc parti trois semaines aux Philippines et je me suis cherché une firme de recrutement locale qui pourrait être ma partenaire. J’en ai rencontré une quinzaine. J’en ai finalement choisi une et nous nous sommes entendus.

La mission de mon entreprise était de faire du recrutement international afin d’aider les entreprises d’ici à combler leur manque de main-d’œuvre. Nous voulions consolider les emplois ici afin de permettre aux entreprises de continuer leurs opérations et de faire en sorte qu’elles n’aient pas à fermer à cause d’une pénurie de travailleurs. À l’époque, je croyais pouvoir emmener entre 25 et 30 personnes au Québec la première année, puis une cinquantaine lors de la seconde. Mon premier mandat a été de 22 travailleurs et au bout de la première année, j’avais permis à 182 personnes d’occuper des postes dans des entreprises d’ici. Je savais qu’il y avait une pénurie de main-d’œuvre au Québec, mais je ne pensais pas qu’elle était aussi importante. Les choses ont donc vraiment démarré vite et bien.

Q Comment avez-vous vécu la crise?

R Quand elle s’est amorcée, nous étions en pleine expansion. Nous ne faisions que du recrutement international. On allait aux Philippines avec nos clients, on les aidait à établir les liens là-bas et on les encadrait avec les entrevues avec des candidats, les tests pratiques, etc.. J’avais aussi un avocat en immigration dans mon équipe afin de régler tous les détails concernant la venue des travailleurs au pays.

Le début de la pandémie a signifié la fermeture des frontières, et donc, l’impossibilité d’aller recruter des travailleurs. Celle-ci a occasionné chez nous une grosse remise en question parce que l’on annonçait une récession. C’était très inquiétant. On a passé le mois de mars et le début d’avril dans cet état d’esprit-là. Par la suite, on s’est dit que nous voulions garder notre monde à l’emploi. Et pour y arriver, il fallait se réinventer un peu.

On a alors pris une tangente plus accompagnement-ressources humaines afin d’aider les entreprises à passer à travers la pandémie. Nous avons aussi démarré un programme de francisation avec des professeurs ayant un profil neurolinguistique. Et comme on ne pouvait plus faire de recrutement, nous avons fait plus de mobilité internationale. Beaucoup de travailleurs immigrants ont été mis à pied pendant la pandémie. Alors nous avons été capables de nous en occuper, de changer leur permis de travail et leur trouver un nouvel emploi dans une entreprise qui recrutait. 

Aujourd’hui on se demande si la pénurie de main-d’œuvre n’est pas pire qu’avant la pandémie. Mars, avril et juin ont été tranquilles chez nous, mais depuis juillet, les entreprises recrutent énormément. Je pense que la pandémie a accéléré leur prise de décision parce qu’elles se sont rendues compte qu’il n’y aurait pas énormément de travailleurs disponibles à la suite de mise à pied importantes.

Q Quelles sont été les conséquences de la crise?

R La pandémie nous a montré nos faiblesses. Ainsi, nous étions trop dépendants du recrutement. En nous réinventant comme nous l’avons fait en nous occupant de mobilité, de relations humaines et de francisation et parce que le recrutement a recommencé, nous avons été obligés de réembaucher. Nous avons maintenant une plus grosse équipe que celle que nous avions avant la pandémie. Nous sommes passés de quatre personnes à une dizaine. Nous avons, par exemple, grossi notre département juridique.

La pandémie nous a aussi permis de retourner voir nos travailleurs. Et on a commencé à faire plus de travail pour emmener leur famille ici, inscrire les enfants à l’école, etc.

Q Quels sont vos défis actuellement?

R Même si les affaires sont reparties en ce qui concerne le recrutement, nous sommes confrontés à une problématique importante. Nous avons de la difficulté à obtenir des visas. En huit mois, nous en avons 15-20 alors qu’on en attendait près de 200. Les frontières sont ouvertes, on peut emmener nos travailleurs au Québec, mais l’obtention des visas est encore compliquée. Avant, ça prenait environ huit mois avant qu’un travailleur arrive chez nous. Là, il y a des gens qui sont dans le processus depuis 15 mois. Pour une entreprise, c’est épouvantable.

Q Comment voyez vous l’avenir?

Grâce à toute la gamme de services que nous offrons, nous sommes beaucoup plus complets que nous l’étions. Il y a beaucoup de joueurs dans le domaine du recrutement international, mais la plupart sont de petits joueurs. Je pense qu’à la suite de la pandémie, les entreprises vont chercher un accompagnement plus personnalité et plus proche, offert par une firme de recrutement avec laquelle elles développeront des liens. Le volet ressources humaines deviendra plus important et c’est vraiment ça que l’on a réussi à aller chercher. Je pense que c’est ça qui va faire la différence dans l’après-pandémie. 

Je ne suis donc pas inquiet. Surtout que le jour où la pandémie sera derrière nous, ça va être quelque chose. Les besoins de main-d’œuvre dans certains domaines sont tellement grands que le recrutement international continuera d’augmenter pendant facilement 10 ans encore. Et pendant ces 10 années-là, je pense que le gouvernement devra se demander comment emmener les jeunes dans les DEP (diplômes d'études professionnelles) et comment rendre ces programmes intéressants. Parce que même si c’est ma vie le recrutement international, c’est ça qui me fait vivre, je pense que comme société, il faut réévaluer l’attrait pour les métiers manuels. Je ne crois pas que l’immigration peut être et doit, à long terme, être la seule solution aux besoins de main-d’œuvre dans certains domaines.